Extension du domaine de la caricature
Je suis toujours émerveillé par les caricaturistes, qui parviennent mieux que bien des longs reportages à stigmatiser nos travers et à épingler le comportement ridicule d'un dirigeant.
On décerne une flopée de prix aux journalistes chaque année, dont les prix Judith-Jasmin. À quand un prix pour la meilleure caricature?
Robert Aird et Mira Falardeau, eux, viennent de combler un vide: ils publient le tout premier livre consacré à l'histoire de la caricature au Québec. En 1979, Peter Desbarats et Terry Mosher avaient publié une brique sur l'histoire de la caricature au Canada.
C'est une histoire fort riche, puisque la caricature a toujours représenté un excellent baromètre de l'opinion publique.
Et c'est une histoire méconnue. On ignore peut-être que le XIXe siècle fut une période très mouvementée pour la presse: de 1850 à 1900, pas moins de 500 journaux et revues naissent au Bas-Canada et au Québec!
Toutes ces publications utilisaient le dessin et la caricature à différents degrés. Et certains artistes de l'époque mériteraient d'être redécouverts. Henri Julien, par exemple, illustrateur attitré du Montreal Daily Star au début du XXe siècle, premier caricaturiste canadien engagé à temps plein dans un journal et premier à dépasser les frontières, puisqu'il collaborait régulièrement au Harper's Weekly américain.
Ses dessins sont remarquables. Il était apolitique, mais, par un étrange détour de l'histoire, son dessin le plus célèbre demeure un Patriote de 1837, qui sera utilisé, stylisé par le FLQ comme emblème dans les années 60!
Après-guerre
Pour les auteurs, l'après-guerre est marqué par deux grandes figures: Robert LaPalme et Normand Hudon, deux tempéraments d'exception, qui ont également mené une carrière de peintre, envahi les ondes télévisuelles et établi des ponts entre le monde de l'art et celui de la caricature. LaPalme, «le père de la caricature moderne», écrivent-ils, est très associé au Devoir pour sa lutte acharnée contre Duplessis dans les années 50, mais il a également travaillé pour La Patrie, Le Canada, La Presse, Le Nouveau Journal, etc.
Plusieurs grands noms ont circulé dans plusieurs journaux concurrents, mais certains caricaturistes se sont distingués par leur fidélité, comme Raoul Hunter, 33 ans au Soleil, et Roland Pier, au Journal de Montréal de 1965 à 2001.
Aird et Falardeau dégagent le style respectif de chacun, identifiant deux grandes écoles principales: une plus proche de la tradition anglaise, qui exagère les formes, comme le font Aislin (The Gazette) et Serge Chapleau (La Presse), et une autre de tradition française, plus schématique, plus proche de la ligne claire, comme LaPalme, Berthio, Jean-Pierre Girerd et notre Garnotte du Devoir.
Les deux auteurs explorent également les préoccupations et les obsessions des caricaturistes les plus célèbres, qui peuvent être très variées. Si Raoul Hunter était fédéraliste, un Pierre Dupras, indépendantiste de gauche qui a travaillé à Québec-Presse dans les années 70, a vraiment marqué toute une génération d'étudiants avec ses attaques féroces contre Jean Drapeau, Robert Bourassa et Pierre Elliott Trudeau.
Les relations entre les caricaturistes et leurs victimes sont abordées, tout comme les tensions occasionnelles entre les dessinateurs et leurs éditeurs. On aimerait toutefois en savoir plus.
Mais c'est un excellent travail de défrichage. Qui se termine sur les nouvelles méthodes de travail numériques, dont les personnages de Serge Chapleau à la télévision sont un exemple frappant.
****
Histoire de la caricature au Québec
Robert Aird et Mira Falardeau
VLB éditeur
Montréal, 2009, 250 pages
****
La caricature au Québec en quelques dates
- 1759: Le caricaturiste anglais George Townsend, également officier de James Wolfe, se moque de son général durant le siège de Québec.
- 1866: Jean-Baptise Côté est emprisonné pour avoir caricaturé un fonctionnaire dans La Scie.
- 1877: Naissance du Canard , d'Hector Berthelot. Parmi les journaux satiriques qui font alors une large place à la caricature, on trouve notamment Le Charivari, Le Farceur, Le Grognard, Le Violon, Les Guêpes, Le Bavard.
- 1908: Décès d'Henri Julien, qui a collaboré à la plupart des grands journaux canadiens grâce à son exceptionnel coup de crayon. Naissance à Montréal de Robert LaPalme.
- 1929: La crise favorise la naissance de plusieurs journaux de caricatures, dont les journaux d'extrême droite d'Adrien Arcand et de son comparse Joseph Ménard.
- 1958: Normand Hudon entre au Devoir.
- 1968: Jean-Pierre Girerd devient caricaturiste attitré de La Presse. Serge Chapleau lui succédera après un passage au Devoir.
- 1970: Un dessin d'Henri Julien, «Un vieux de 1837-1838», est utilisé comme symbole par le Front de libération du Québec.
- 1979: Naissance de Croc, qui vivra jusqu'en 1995. Le caricaturiste à The Gazette, Aislin, signe avec Peter Desbarats «le seul livre jamais paru sur le sujet de la caricature au Canada».
- 1997: Naissance du Couac, «dernier représentant de l'humour "bête et méchant"».
- 2005: Lancement du Doigt, tentative infructueuse conduite par Jacques Hurtubise pour relancer un magazine de type Croc.
On décerne une flopée de prix aux journalistes chaque année, dont les prix Judith-Jasmin. À quand un prix pour la meilleure caricature?
Robert Aird et Mira Falardeau, eux, viennent de combler un vide: ils publient le tout premier livre consacré à l'histoire de la caricature au Québec. En 1979, Peter Desbarats et Terry Mosher avaient publié une brique sur l'histoire de la caricature au Canada.
C'est une histoire fort riche, puisque la caricature a toujours représenté un excellent baromètre de l'opinion publique.
Et c'est une histoire méconnue. On ignore peut-être que le XIXe siècle fut une période très mouvementée pour la presse: de 1850 à 1900, pas moins de 500 journaux et revues naissent au Bas-Canada et au Québec!
Toutes ces publications utilisaient le dessin et la caricature à différents degrés. Et certains artistes de l'époque mériteraient d'être redécouverts. Henri Julien, par exemple, illustrateur attitré du Montreal Daily Star au début du XXe siècle, premier caricaturiste canadien engagé à temps plein dans un journal et premier à dépasser les frontières, puisqu'il collaborait régulièrement au Harper's Weekly américain.
Ses dessins sont remarquables. Il était apolitique, mais, par un étrange détour de l'histoire, son dessin le plus célèbre demeure un Patriote de 1837, qui sera utilisé, stylisé par le FLQ comme emblème dans les années 60!
Après-guerre
Pour les auteurs, l'après-guerre est marqué par deux grandes figures: Robert LaPalme et Normand Hudon, deux tempéraments d'exception, qui ont également mené une carrière de peintre, envahi les ondes télévisuelles et établi des ponts entre le monde de l'art et celui de la caricature. LaPalme, «le père de la caricature moderne», écrivent-ils, est très associé au Devoir pour sa lutte acharnée contre Duplessis dans les années 50, mais il a également travaillé pour La Patrie, Le Canada, La Presse, Le Nouveau Journal, etc.
Plusieurs grands noms ont circulé dans plusieurs journaux concurrents, mais certains caricaturistes se sont distingués par leur fidélité, comme Raoul Hunter, 33 ans au Soleil, et Roland Pier, au Journal de Montréal de 1965 à 2001.
Aird et Falardeau dégagent le style respectif de chacun, identifiant deux grandes écoles principales: une plus proche de la tradition anglaise, qui exagère les formes, comme le font Aislin (The Gazette) et Serge Chapleau (La Presse), et une autre de tradition française, plus schématique, plus proche de la ligne claire, comme LaPalme, Berthio, Jean-Pierre Girerd et notre Garnotte du Devoir.
Les deux auteurs explorent également les préoccupations et les obsessions des caricaturistes les plus célèbres, qui peuvent être très variées. Si Raoul Hunter était fédéraliste, un Pierre Dupras, indépendantiste de gauche qui a travaillé à Québec-Presse dans les années 70, a vraiment marqué toute une génération d'étudiants avec ses attaques féroces contre Jean Drapeau, Robert Bourassa et Pierre Elliott Trudeau.
Les relations entre les caricaturistes et leurs victimes sont abordées, tout comme les tensions occasionnelles entre les dessinateurs et leurs éditeurs. On aimerait toutefois en savoir plus.
Mais c'est un excellent travail de défrichage. Qui se termine sur les nouvelles méthodes de travail numériques, dont les personnages de Serge Chapleau à la télévision sont un exemple frappant.
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Histoire de la caricature au Québec
Robert Aird et Mira Falardeau
VLB éditeur
Montréal, 2009, 250 pages
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La caricature au Québec en quelques dates
- 1759: Le caricaturiste anglais George Townsend, également officier de James Wolfe, se moque de son général durant le siège de Québec.
- 1866: Jean-Baptise Côté est emprisonné pour avoir caricaturé un fonctionnaire dans La Scie.
- 1877: Naissance du Canard , d'Hector Berthelot. Parmi les journaux satiriques qui font alors une large place à la caricature, on trouve notamment Le Charivari, Le Farceur, Le Grognard, Le Violon, Les Guêpes, Le Bavard.
- 1908: Décès d'Henri Julien, qui a collaboré à la plupart des grands journaux canadiens grâce à son exceptionnel coup de crayon. Naissance à Montréal de Robert LaPalme.
- 1929: La crise favorise la naissance de plusieurs journaux de caricatures, dont les journaux d'extrême droite d'Adrien Arcand et de son comparse Joseph Ménard.
- 1958: Normand Hudon entre au Devoir.
- 1968: Jean-Pierre Girerd devient caricaturiste attitré de La Presse. Serge Chapleau lui succédera après un passage au Devoir.
- 1970: Un dessin d'Henri Julien, «Un vieux de 1837-1838», est utilisé comme symbole par le Front de libération du Québec.
- 1979: Naissance de Croc, qui vivra jusqu'en 1995. Le caricaturiste à The Gazette, Aislin, signe avec Peter Desbarats «le seul livre jamais paru sur le sujet de la caricature au Canada».
- 1997: Naissance du Couac, «dernier représentant de l'humour "bête et méchant"».
- 2005: Lancement du Doigt, tentative infructueuse conduite par Jacques Hurtubise pour relancer un magazine de type Croc.
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