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Essai - La LNH, une ligue d'Anglos ?

Bob Sirois démontre que les joueurs québécois francophones sont victimes de discrimination, tant au hockey junior que chez les équipes de la LNH

Louis Cornellier   7 novembre 2009  Livres
À talent égal, les joueurs anglophones ont plus de chances que les francophones du Québec de se tailler une place dans la LNH.
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
À talent égal, les joueurs anglophones ont plus de chances que les francophones du Québec de se tailler une place dans la LNH.

À retenir

    • Le Québec mis en échec
    • La discrimination envers les Québécois dans la LNH
    • Bob Sirois
    • Éditions de l'Homme
    • Montréal, 2009, 288 pages
Depuis 40 ans, 920 joueurs de hockey québécois ont été repêchés par des équipes de la Ligue nationale de hockey (LNH). De ce nombre, 157 étaient anglophones. Ces derniers ne représentent que 8,5 % de la population québécoise, mais constituent 17 % des joueurs sélectionnés. Le fait de parler l'anglais rendrait-il meilleur au hockey?

C'est ce que semblent croire les dirigeants des équipes de la LNH. Selon Bob Sirois, ancien joueur des Flyers de Philadelphie et des Capitals de Washington, un joueur midget québécois francophone a une chance sur 618 d'être repêché trois ans plus tard par une équipe de la LNH, alors que son compatriote anglophone a une chance sur 334. «Si vous êtes francophone et que votre fils est talentueux au hockey mineur, écrit-il, anglicisez votre nom de famille et vous doublerez ainsi ses chances d'être repêché.» Tous ces jeunes, pourtant, bénéficient d'un encadrement identique.

Dans Le Québec mis en échec. La discrimination envers les Québécois dans la LNH, Sirois, grâce à une avalanche de statistiques, établit clairement que, dans cette ligue, les francophones sont considérés comme d'indésirables voleurs de job. Aussi doivent-ils, pour s'y tailler une place, être vraiment meilleurs que les autres, ce que confirme cette statistique selon laquelle 42 % des joueurs francophones ont remporté des honneurs individuels dans la LNH. Quand on n'a pas le choix, donc, on les prend, mais, à talent égal, on préfère des Anglos.

Depuis 10 ans, la formation Équipe Canada junior (ECJ) n'a compté dans ses rangs que 1,8 joueur québécois par année. Pour justifier cette misère, on a avancé les arguments suivants: les joueurs francophones seraient plus petits et moins lourds que leurs compatriotes anglophones et ils présenteraient un jeu défensif déficient. Sirois montre qu'il n'en est rien. Des écarts de 1 cm et de 1,4 kg ne sauraient justifier cette discrimination. De même, la preuve est faite qu'il ne se compte pas plus de buts dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) que dans les deux autres ligues de hockey junior canadiennes. Cela réfute la thèse des carences défensives des joueurs québécois francophones (majoritaires dans la LHJMQ), par ailleurs plus efficaces, en moyenne, dans la LNH, sur le plan offensif, que les joueurs anglophones.

De même, Sirois démontre que, peu importe l'angle choisi pour aborder la problématique, une seule conclusion s'impose : les joueurs québécois francophones sont victimes de discrimination, autant de la part des instances du hockey junior au Canada que des équipes de la LNH (les pires, à cet égard, étant Dallas, Nashville, Phoenix, Atlanta et la Caroline, alors que Montréal, Buffalo et Philadelphie font mieux).

Des solutions

Pour conjurer le sort, Sirois propose deux solutions: le retour d'une équipe de la LNH à Québec, puisque la grande rivalité Canadiens-Nordiques a incité ces deux équipes à faire une place importante aux francophones, qui ont ainsi pu se faire valoir, et la constitution d'une équipe du Québec junior qui participerait aux championnats mondiaux. S'il était souverain, le Québec, dans l'état actuel des choses, figurerait au quatrième rang, après le Canada, les États-Unis et la Russie, des pays qui fournissent le plus de joueurs à la LNH. «Étant donné que nous sommes une nation, comme le dit si bien Stephen Harper, notre premier ministre du Canada, le Québec pourrait très bien avoir sa propre équipe lors des prochains championnats de hockey junior», écrit Sirois. Il pourrait ainsi faire l'éclatante démonstration que le fait de parler français n'est pas un handicap sur la glace, ni ailleurs, soit dit en passant.

Rédigé dans un style rudimentaire, cet éclairant essai brille surtout par son luxe de statistiques éloquentes (je n'y ai relevé qu'une seule erreur: à la page 31, il est mentionné que 146 Québécois francophones ont joué plus de 200 matchs dans la LNH entre 1970 et 2009, alors que, à la page 186, il est fait mention que 176 d'entre eux auraient réalisé cet exploit). Appliqué au traitement des Québécois francophones dans les diverses instances sportives canadiennes, le même exercice d'analyse conclurait probablement à une semblable discrimination. C'est aussi ça, ne pas être souverain.

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  • Emmanuel Amodeo
    Inscrit
    samedi 7 novembre 2009 15h16
    Réponse édifiante à bob sirois: pris sur rds.ca
    Bonjour, je ne fais que reprendre les propos qu'un certain Claude Trudel avait fait suite à un article semblable sur RDS.ca, que j'avais trouvé très édifiant:

    "Le livre de Robert ''Bob'' Sirois, Le Québec mis en échec, veut démontrer que les francophones québécois sont les laissés pour contre du hockey professionnel américain. Selon lui, la LNH ne repêche pas, proportionnellement à la population, autant de québécois que d'anglo-canadiens.

    Monsieur Sirois compare la population des provinces canadiennes à celle des joueurs de hockey repêchés dans la LNH. Qu'ont à voir Mme Ratté, présidente du club de l'âge d'or de Chibougameau et Mr White, agriculteur de la Saskatchewan avec le hockey? Rien. Le ratio de joueurs versus la population ne veut absolument rien dire. Un chercheur sérieux n'aurait jamais pris cette mesure de comparaison. Pour pouvoir analyser, il faut prendre les bonnes statistiques.

    Référons-nous à la statistique démographique des joueurs masculins de Hockey Canada. Durant la saison de hockey 2005-06, il y avait 482,483 joueurs de hockey au Canada. De ce nombre 83,215 ( 17,2% ) étaient originaire du Québec. Le pourcentage de joueurs québécois jouant dans la LNH comparé au pourcentage de joueurs québécois au Canada est pratiquement identique. Il y a deux fois plus de joueurs de hockey en Ontario qu'au Québec. Durant la même année, des 518 joueurs Canadiens de la LNH, 199 joueurs venaient de l'Ontario. On parle de 38.4% de tous les joueurs canadiens de la LNH. Les deux saisons suivantes ne nous montre que peu de différences.

    Où est le racisme là-dedans?

    La seule comparaison qui tienne est celle du pourcentage des joueurs de hockey par province comparée au nombre total de joueurs de hockey canadiens. Quand on compare ces données aux nombres de joueurs québécois dans la LNH on voit clairement que les proportions se tiennent.

    Monsieur Sirois critique Hockey Canada pour le nombre de joueurs québécois sélectionnés dans les équipes juniors canadiennes U-20. Il a raison quand il affirme que peu de Québécois sont sélectionnés à Team Canada. Le seul problème c'est qu'il oublie de nous mentionner deux faits importants.

    Premièrement, depuis 1982, il y a eu 6 entraîneurs canadiens français avec l'équipe nationale. Les entraîneurs québécois ont fait la sélection des joueurs dans plus de 20% des fois. Nous avons été très bien représenté derrière le banc lors des championnats juniors.

    Le programme d'Excellence de Hockey Canada envoie les meilleurs joueurs canadiens à la Coupe du monde U-20. Il n'est pas exagéré de dire que la ligue junior canadienne qui gagne la coupe Mémorial le plus souvent aligne les meilleurs joueurs. Les équipes du Québec ont gagné cette coupe 4 fois en 28 ans. L'Ontario l'a gagné neuf fois, et l'Ouest quinze fois. Avec cette domination évidente de l'ouest, il est peu surprenant que les Québécois aient de la difficulté à se tailler un poste avec Équipe Canada Junior. Le racisme n'a rien à y voir.

    Robert Sirois oublie aussi de tenir compte d'une enquête importante de la FIHG sur la participation des Européens dans la LNH. Selon eux, trop de postes dans la LNH sont pris par des joueurs européens peu talentueux au lieu de nord-américains. Il devrait y avoir moins d'européens sur les derniers trios et plus de nord- américains. Les équipes européennes développeraient leurs joueurs. Il y aurait de meilleurs européens disponibles lors du recrutement de la LNH et plus d'argent pour les fédérations. Cette étude, ajoutée à une baisse de la natalité au Canada et au Québec, explique en partie le déclin des joueurs francophones dans la LNH. Cette baisse profite grandement aux Européens. Et le pire, c'est que la LHJMQ, copie le même scénario.

    En 2007, l'association canadienne de soccer a recensé 850,000 jeunes joueurs de soccer au Canada, plus de 19% jouent au Québec. Nous avions 161,500 joueurs de soccer pour seulement 94, 001 joueurs de hockey. Voilà une réelle raison de s'inquiéter.

    ''Si vous êtes un francophone et que vous n'êtes pas un avant de premier trio, un gardien de but partant ou un défenseur de premier plan vous serez rarement recruté et ne resterez pas longtemps dans la ligue nationale.''

    Cette affirmation s'applique aussi très bien au Midget AAA québécois. Plutôt que de développer des joueurs de 16 ans un peu moins talentueux avec un bon gabarit, on préfère prendre de petits joueurs vedettes de 15 ans. Pourquoi? Parce qu'ils sont plus payants pour les équipes midget au repêchage du junior majeur! Nous effectuons une ségrégation de joueurs entre nous, en fonction de leur âge. Plusieurs excellents joueurs de hockey de 16 ans sont laissés de côté au profit de petits patineurs agiles de 15 ans avec des ''mains''.

    Monsieur Sirois nous parle de racisme quand le véritable problème est beaucoup plus profond que cela. Le déclin du hockey québécois face aux nouvelles exigences de la LNH est alarmant. Mettre la faute sur le racisme est faire preuve d'ignorance et d'un manque de connaissance. Objectivement, nous devrions parler des problèmes majeurs du développement de l'élite au Québec : la méthodologie de l'enseignement, la qualification des entraîneurs et surtout, la justesse du système d'encadrement. Mais, il est certain que nos dirigeants du hockey mineur québécois préfèrent que les gens parlent de racisme plutôt que de leur incompétence.·
    Claude Trudel
    Trois-Rivières"
    http://www.rds.ca/hockey/talkbacks/284731/428068.h

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