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Le Médicis à Dany Laferrière - «Je n'ai aucun sens de la carrière. J'écris des livres, c'est tout.»

Isabelle Paré   5 novembre 2009  Livres
Dany Laferrière, Prix Médicis 2009
Photo : Agence France-Presse
Dany Laferrière, Prix Médicis 2009
Avec toute la désinvolture qu'on lui connaît, Dany Laferrière était l'objet de l'attention du Tout-Paris hier, après avoir été sacré lauréat du prix Médicis pour son dernier livre, L'Énigme du retour, devenant ainsi le second écrivain québécois à accéder à ce cercle littéraire restreint.

Décrété vainqueur dans la catégorie «roman français» dès le premier tour de scrutin devant Alain Blottière pour Le Tombeau de Tommy, Laferrière s'est dit hier comblé de remporter ce prix qui, a-t-il dit au Devoir, lui sied comme un gant.

Toujours fanfaron, il s'est empressé d'ajouter que ce prix lui allait d'ailleurs bien mieux que le Goncourt, décerné plus tôt cette semaine à l'auteure sénégalaise Marie NDiaye par les pontes de la littérature française.

«Le Médicis est un prix à part. C'est un prix élégant et discret en dehors du grand bruit qui touche le lecteur qui est à l'affût de la grande littérature. Ça va avec mon livre, qui n'est pas gras, mais fait d'une structure plus maigre», a-t-il dit, grasseyant bien ses «r» avec la verve qui le caractérise.

Quarante-trois ans après Marie-Claire Blais, lauréate du prix Médicis en 1966 pour Une saison dans la vie d'Emmanuel, Laferrière devient ainsi le second écrivain québécois à recevoir cet honneur. Quoique, à Paris, on désignait souvent hier l'écrivain, établi depuis 33 ans au Québec, comme un «enfant de Port-au-Prince».

Sous le feu des projecteurs depuis le début de la journée, Laferrière, éternel débonnaire, était visiblement comme un poisson dans l'eau dans ce tourbillon médiatique, enfilant les entrevues à la chaîne et lançant même à la blague aux photographes de la presse française qui lui demandaient de poser avec son roman dans les mains: «C'est mon corps que vous voulez?»

Celui qui est toujours en lice pour le prix Femina, le prix France Télévision, le prix France culture Télérama et le prix Wepler s'est montré malgré tout humble devant toute cette agitation.

«Je n'ai aucun sens de la carrière. J'écris des livres, c'est tout. Il y a 19 ans, mon premier livre a fait beaucoup plus de tapage que ça. On en a même fait un film et je n'ai pas perdu la tête! Il n'y a pas de raison pour que je la perde maintenant», a lancé l'écrivain prolixe, qui dit ne pas avoir l'intention de passer plus de temps dans l'Hexagone pour autant.

Même si là-bas les prix littéraires les plus prestigieux sont gage de notoriété et de ventes monstres en librairie, l'auteur du Goût des jeunes filles (1992) et de Je suis fou de Vava (2006) ne pense pas que cette médaille changera quoi que ce soit à son emploi du temps.

«J'écris comme je veux, et quand je veux. Je ne vois pas ce que ce prix peut changer. C'est sûr que ça va élargir mon lectorat. Je suppose que mes lecteurs vont avoir une raison de plus de recommander mes livres à leurs amis», dit-il en rigolant.

Pascal Assathiany, le patron de Boréal, la maison d'édition qui publie Laferrière au Québec, était d'ailleurs sur place pour partager ce «moment de bonheur» avec son auteur. «C'est une joie de voir un livre qu'on a aimé être récompensé de la sorte, a-t-il commenté. Je pense que c'est une consécration extraordinaire pour Dany Laferrière.»

Créé en 1958, le prix Médicis est souvent décrit comme le plus culturel et le plus littéraire des prix français. Contrairement au Goncourt, qui peut faire vendre à son lauréat des centaines de milliers de livres, il garantit en France des ventes de 50 000 à 60 000 exemplaires. Au Québec, 20 000 exemplaires du roman ont été vendus à ce jour, mais ce prix viendra gonfler les ventes d'ici Noël.

Double exil

L'Énigme du retour, une oeuvre grave et intimiste, ponctuée de haïkus et de vers, considérée par plusieurs critiques comme étant la plus achevée de Dany Laferrière, traite de la mort du père et du retour dans son pays natal après 33 ans d'exil. Plus que le sujet, c'est la forme du roman qui a séduit le jury, croit Dany Laferrière.

«Ce livre, ce n'est qu'un autre chapitre de mon autobiographie américaine. Ce n'est pas un livre d'idées ni d'idéologie. Et cette Amérique dont je parle n'est pas celle qui fascine les Français. C'est un livre dont le style et la forme le distinguent des autres et, dans ce prix, il faut se démarquer», assure-t-il, très terre à terre.

Né à Port-au-Prince en avril 1953, Dany Laferrière, baptisé Windsor Klébert Laferrière en hommage à son père, a passé sa tendre enfance réfugié à Petit-Goâve avec sa mère. Persécuté par le régime Duvalier, son père, ex-maire de Port-au-Prince et ancien sous-secrétaire d'État au Commerce, était alors déjà en exil. Journaliste, il a subi très tôt les menaces des «tontons macoutes», qui lyncheront son ami journaliste Gasner Raymond, âgé alors de 23 ans. En 1976, il quitte Port-au-Prince précipitamment pour Montréal, où, nouvel immigrant, il travaillera, entre autres, dans des usines.

Avec son premier roman, Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer (1985), Laferrière a acquis une notoriété rapide et a publié par la suite 18 romans dont neuf sont liés à ce que Laferrière surnomme son «autobiographie américaine».

Loquace et gavroche, Laferrière, qui a été tour à tour chroniqueur dans plusieurs médias, éditorialiste et même annonceur météo (!), vit maintenant au Québec, après avoir partagé son temps entre New York et Miami jusqu'à la fin des années 90.

Qualifié d'oeuvre «superbe» par le chroniqueur du Monde en septembre dernier, L'Énigme du retour évoque pour Dany Laferrière plus qu'un voyage au pays de l'exil: un voyage au coeur d'un temps envolé. Un aller simple vers la mort, celle d'un père décédé qu'il n'a jamais connu.

«On est toujours en exil. L'exil géographique est facile à régler, mais l'exil le plus fort et le plus impitoyable est celui du temps. Mon enfance me manque plus cruellement que mon pays», affirmait-il récemment en entrevue.
 
 
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  • Christian Harvey
    Inscrit
    jeudi 5 novembre 2009 02h48
    Pas carriériste ? Vraiment?
    Laferrière pas carriériste? Il se consacre à son autopromotion depuis des décennies sans vergogne et avec succès dans les médias du Québec et ailleurs quand il le peut. Peut-il au moins être honnête? Et son appui stratégique à Michaëlle Jean? Combien a-t-il reçu de prix du gouverneur général depuis? Tant mieux s'il épate la galerie il l'a bien mérité de sa patrie canadienne et de toutes les autres qui lui servent de tremplin.

  • quintalg
    Abonné
    jeudi 5 novembre 2009 06h50
    Pour les mordus de Dany Lafrenière.
    Ceux et celles qui aimeraient en connaître davantage sur l'auteur, il existe une étude approfondie réalisée par une chercheure autrichienne dont je vous livre la référence: MATHIS-MOSER Ursula, «Dany Lafrenière, la dérive américaine», VLB éditeur, 2003, 338 p.
    G. Quintal

  • Augustin Rehel
    Inscrit
    jeudi 5 novembre 2009 07h30
    Les premières impressions...
    Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer ,,,

    J'ai lu quelques pages et j'ai l'impression d,avoir perdu mon temps. On ne m'y reprendra plus!

  • jacques noel
    Inscrit
    jeudi 5 novembre 2009 08h22
    "Écrivain québécois" Quoi?
    Allez lire Le Monde et trouvez-moi l'écrivain québécois?

    http://www.lemonde.fr/livres/article/2009/11/04/le

    On parle bien d'écrivain haitien. (le mot québécois est totalement absent de l'article)

    Laferrière parle comme un Haitien, pense comme un Haitien, réagit comme un Haitien. Laferrière est haitien. Il n'a rien de québécois.

    Mervill est québécois. Kavanagh est québécois. Gregory Charles est québécois. Mais Laferrière est haitien. Comme Michaelle Jean.

  • Christian Harvey
    Inscrit
    jeudi 5 novembre 2009 08h55
    Pas de plan de carrière?
    Pauvre Laferrière il y a plus de vingt-cinq ans qu'il se promène de médias en médias pour vendre sa personne autant que son oeuvre! Son intervention en faveur de Michaêlle Jean lui a bien valu quelques prix du gouverneur général... Il sait y faire avec ses diverses nationalités bien mieux que de grands écrivains québécois dont on ne parle jamais dans les médias.

  • André Michaud
    Inscrit
    jeudi 5 novembre 2009 10h01
    Bravo!
    Félicitations à M.Laferrière. Un écrivain à la langue vivante qui ne tombe pas dans les piège de l'intélectualisme.
    On sent son amour de la VIE et son humour transcende le parfois dur quotidien.

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    jeudi 5 novembre 2009 11h45
    @ M. Noel
    Vous avez raison, M. Laferrière est Haïtien mais, comme la chef du Canada est Haïtienne aussi "elle a le pouvoir de défaire ou faire nos gouvernements au nome de notre reine britannique", il serait, à la place de Québécois, Canadien itou...genre...à ce moment-ici...plus ou moins... c'est selon.

    D'une façon ou d'une autre, félicitations à M. Laferrière pour un si important prix qui démontre son talent sans lui coller une nationalité spéciale.

  • Jean-Vincent Bergeron-Gaudin
    Abonné
    jeudi 5 novembre 2009 12h37
    Pourquoi toutes ces mauvaises langues?
    Qu'il soit Québécois ou Haïtien ou les deux, quelle importance dites-moi? C'est le roman qui a été consacré, pas sa "nationalité"... Qu'il soit carriériste ou non, ça fait quoi encore? Les gens réagissent drôlement parfois... Hargne? Jalousie? Ne pourrait-on pas seulement se réjouir pour lui et le féliciter? Et, bien entendu, lire le livre?

  • Brun Bernard
    Inscrit
    jeudi 5 novembre 2009 12h39
    C'est un mec...
    ...très sympa. Il est loin d'être un grand écrivain c'est certain et il a souvent trainé les gamelles pour réussir en litérature. Amusant, drôle, très politiquement correcte, cet homme devenu écrivian comme d'autres sont chauffeurs de taxi sait rès bien faire de "la com" comme Sarkosy. Cependant il est un écrivain québécois car son écriture est né icitte et non ailleurs. En France on le dit canadien. Soyons content qu'un québécois réussisse là où d'autres ne le peuvent pas. Ça aide à dire qu'au Québec tout le monde est à égalité puisque tout le monde est québécois car que signifie avoir des ancêtres venus d'ailleurs comme le sont les québécois et les haîtiens. Même combat pour tous. Donc match nul. Nous sommes tous des québécois si on n'est pas amérindiens. Il n'y a pas un québécois de souche qui n'a ses origines d'un autre continent comme Dany. Soyons au moins honnête monsieur Noël. Ça va faire le délire...Le père Noël n'est pas québécois à ce que lon sait et même son nom est encore loin d'être d'origine américaine. Et e whos dans le grinch du Doc seuss, sont-ils américains? Bravo à Dany même si un prix littéraire c'est pas grand chose sauf pour l'argent.

  • Jean-François Trottier
    Abonné
    jeudi 5 novembre 2009 14h18
    LUI, il se considère comment?
    C'est la seule question. Il vit au Québec, alors il est écrivain Québécois. Il fait partie de notre paysage culturel depuis assez longtemps. Il n'a pas l'accent? So what! La beauté de la littérature, c'est de faire ressortir les voix singulières et oui, son parcours est singulier.
    P.S. Est-ce qu'il aurait seulement eu une carrière littéraire s'il était resté là-bas? Il y a une part du Québec dans son succès, et tant pis si les Français ne le voient pas.

  • Jacques Gagnon
    Abonné
    jeudi 5 novembre 2009 14h25
    Un écrivain
    Nous avons devant nous un écrivain et pour reprendre les mots de Jean Basile, nous avons aussi des écrits vains en ces pages, qui nous serinent encore les mêmes refrains hors contexte.

    Le prix Médicis, pour le bénéfice des vains mesquins, est un prix qui récompense l'originalité et la créativité en littérature. Un prix d'écrivains pour un écrivain que 4 jurés sur 6 ont jugé comme étant créateur de littérature et non de succès pipolisants.

    Quelle pitié !
    ....

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    jeudi 5 novembre 2009 19h07
    Nation: un vain mot ?
    Ottawa nous reconnaît comme nation. Est-ce la seul nation au monde qui n'est pas fière de ce qu'elle est au point de ne pas s'en réclamer ? Mais il y a anguille sous roche et cet anguille c'est le racisme canadian qui menace toute notoriété québécoise qui se réclame du Québec. Les exemples sont la norme. Navrant d'avoir à répéter l'évidence à chaque événement d'importance, un 400e à perpet.

    Claude L'Heureux, Québec

  • jacques noel
    Inscrit
    vendredi 6 novembre 2009 08h58
    Laferrière dans le texte
    http://www.cyberpresse.ca/arts/livres/200911/05/01

    Reconnaissance d'un écrivain québécois ou haïtien? «Ni l'un ni l'autre. En tant que citoyen, je suis à la fois l'un et l'autre. Mais en tant que romancier, j'ai la nationalité de celui qui me lit. Bien sûr, les critiques ont le droit de me classer à telle rubrique, de m'enfermer dans une nationalité. Mais je suis contre le nationalisme culturel.»

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