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    Lire religieux - Mourir en chrétien

    2 novembre 2009 |Louis Cornellier | Livres
    • Fraternelle souvenance, Récit d'un passage
    • Jacques Gauthier
    • Bellarmin
    • Montréal, 2009, 136 pages
    En bien des milieux, au Québec comme ailleurs en Occident, on semble avoir oublié que le christianisme n'est pas d'abord une morale contraignante, mais une manière d'habiter le monde qui, sans être le seul lieu de l'homme, se nourrit d'éthique et de poésie pour expliquer l'élan humain. En faisant du récit de la mort de son beau-père croyant «une oeuvre d'art», le poète et essayiste Jacques Gauthier signe une apologétique qui est aussi un plaidoyer pour la fraternité humaine.

    Emprunté à un vers du poète Jacques Brault qui évoquait, dans sa sublime Suite fraternelle, la mort de son frère, Fraternelle souvenance, le titre du récit de Gauthier, se veut une invitation à transformer «l'écriture en reconnaissance de traces». Il ne s'agit pas, en ces pages, de raconter des anecdotes pour illustrer le «dur labeur de mourir», mais de livrer des impressions pour témoigner de «l'action d'un corps sur un autre».

    «Il s'appelait Gilles, il était mon beau-père, et je l'aimais, écrit Gauthier. Il est décédé à l'Hôtel-Dieu d'Arthabaska le 10 novembre 2006 à l'âge de quatre-vingt-trois ans. [...] Il n'a pas été enlevé, mais accueilli. Il ne s'est pas éteint, mais allumé à un autre feu.» L'homme, pour le dire autrement, est mort en chrétien. À l'heure où l'on se penche avec obsession sur la mort digne, quitte à lui donner un petit coup de pouce pour être sûr de ne pas la rater, Gilles, qui savait, écrit Gauthier, que «la souffrance n'a pas de valeur en soi [et que] seule la personne qui souffre en a», a vécu ce passage avec le Christ souffrant au coeur, convaincu qu'il verrait «la lumière [...] lui sourire en face, avant Noël».

    La foi de Gauthier, comme celle de son beau-père, est d'une intensité presque troublante. Prolifique auteur d'ouvrages spirituels, l'ex-professeur à l'Université Saint-Paul d'Ottawa et désormais animateur de l'émission Le Jour du Seigneur à la télévision de Radio-Canada est un catholique brûlant, abonné au jeûne purificateur et à l'«expérience de la prière» (titre d'un ouvrage qu'il fait paraître ces jours-ci aux éditions Parole et silence). L'exaltation sanctificatrice qui parcourt son oeuvre est souvent belle, mais constitue, à mon avis, une croix inadéquate et trop lourde à porter pour les chrétiens modernes. S'il faut, en effet, se sentir appelé ici-bas à la sainteté pour être croyant, les rangs des fidèles risquent d'être plus que clairsemés. Comme le disait un vieux prêtre de ma région, le Christ a dit qu'il fallait porter sa croix, pas qu'il fallait s'en fabriquer.

    La vision chrétienne de Gauthier, cela dit, est forte de son inspiration littéraire, qui fait passer l'air du doute et de la fragilité humaine dans sa foi ardente. Avec Bernanos, Teilhard de Chardin, Claudel et Patrice de La Tour du Pin, Gauthier reconnaît que «le silence de Dieu sera toujours éprouvant, car il n'explique rien». Dans ce silence, toutefois, se tapirait «un je ne sais quoi», évoqué par Jean de la Croix. «Que nous soyons sur notre lit de mort ou non, conclut bellement Gauthier, un monde immense habite en chacun de nous. C'est un monde de paroles et de silences, comme une maison non bâtie de mains d'hommes, où chaque pièce s'ouvre sur le désir d'aimer.» C'est le lieu de la dignité.














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