samedi 28 novembre 2009 Dernière mise à jour 14h07


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Histoire - Une Confédération née du passéisme

Michel Lapierre   31 octobre 2009  Livres

À retenir

    • LES RÉFORMISTES
    • Éric Bédard
    • Boréal
    • Montréal, 2009, 416 pages
À Gérard Bouchard, qui, dans Genèse des nations et cultures du Nouveau Monde, estime qu'entre 1840 et 1960 nos élites, tournées vers une France mythique, se complurent dans une «vision passéiste, défensive et repliées de la nation», Éric Bédard apporte un démenti. Selon lui, Louis-Hippolyte LaFontaine et les autres réformistes qui seraient à l'origine de cette vision ne se montrèrent étrangers ni au progrès ni à l'Amérique.

Néanmoins, dans la conclusion de son ouvrage Les Réformistes, une génération canadienne-française au milieu du XIXe siècle, l'historien né en 1969 lâche un mot aussi révélateur qu'impopulaire au sujet de leur sensibilité: «Je la qualifie, faute de mieux, de "conservatrice".» C'est le terme, jusque-là quasi refoulé, qui résume non seulement son analyse rigoureuse, mais son arrière-pensée.

Après avoir renouvelé, au-delà des attentes, nos connaissances de la période, Bédard n'a pas tort de prendre ses précautions pour mettre une étiquette litigieuse à ces modérés qui se situent entre les Rouges (des libéraux radicaux, héritiers spirituels de Papineau) et les ultramontains (des conservateurs outranciers défendant la suprématie du pape). LaFontaine, par exemple, a parfois des idées audacieuses qui tranchent sur la prudence que l'on associe d'ordinaire aux conservateurs.

En 1844, sous l'Union des deux Canadas, le chef des réformistes du Canada-Est (le futur Québec) écrit à son allié Robert Baldwin, qui dirige les réformistes du Canada-Ouest (le futur Ontario): «Ici, nous formons un peuple, chez vous il n'en existe pas.» Cette façon directe d'opposer par l'unité religieuse et culturelle, ainsi que par l'ancienneté, les Canadiens français aux Canadiens britanniques, collectivité hétérogène et nouvelle, a sournoisement quelque chose de frondeur.

Un semblant de progressisme

Mais, dans les réflexions des réformistes, l'audace est souvent suivie d'un compromis, qui, grâce à une rhétorique habile, en arrive à l'annuler. Cela ressort des nombreux passages que Bédard cite des écrits de LaFontaine, d'Étienne Parent, de Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, d'Augustin-Norbert Morin, d'Antoine Gérin-Lajoie et de plusieurs autres. L'idée réformiste de peuple est tellement liée à la morale et à la tradition que, même située dans un cadre plus large que le catholicisme, elle perd tout caractère dynamique et évolutif.

L'historien québécois ne semble pas s'apercevoir de la nocivité de ce semblant de progressisme. Pourtant, il le synthétise on ne peut mieux en une phrase: «S'il faut spiritualiser le peuple, moraliser les pauvres et les criminels, cultiver un plus grand intérêt pour l'industrie et le monde des affaires, et cesser de se quereller sur la question du meilleur régime, c'est avant tout pour sauver la nationalité de la disparition.»

Bédard cite le mot que Louis-Joseph Papineau prononça en 1850 à l'Assemblée législative du Canada-Uni: «Aucune génération n'a le droit d'imposer ses vues et ses dogmes à celles qui lui succèdent.» Mesure-t-il à quel point ce principe révolutionnaire tranche sur la pensée conservatrice que, sous une apparence moderne, LaFontaine et son groupe défendaient et qu'il interprète si bien?

On peut en douter, surtout lorsqu'il aborde la réticence des réformistes devant l'annexion du Canada aux États-Unis, projet qui mènerait, selon eux, à l'assimilation forcée des Canadiens français à une culture de langue anglaise. Il néglige le rêve républicain qu'Amédée Papineau partageait avec son père Louis-Joseph: celui d'une «confédération continentale», sans uniformité impérieuse, de toutes les parties des Amériques, vision utopique mais admirable par son avant-gardisme.

Aux deux Papineau, Bédard préférerait-il les réformistes, champions de la bonne entente, ceux qui, le très conservateur George-Étienne Cartier à leur tête, auront, au Canada, ouvert la voie à une autre Confédération, concrète, monarchiste et coloniale, celle-là?

***

Collaborateur du Devoir






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
0 réactions
0 votes
 
Pour en savoir plus
Article
Article
Critique
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009