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Claude Lévi-Strauss 1908-2009 - Cent ans de sollicitude

Le très long chemin d'un ethnologue pour la diversité culturelle

Stéphane Baillargeon   4 novembre 2009  Livres
Claude Lévi-Strauss, photographié ici à Paris en 2005
Photo : Agence France-Presse
Claude Lévi-Strauss, photographié ici à Paris en 2005
Il n'aimait guère le méchant monde moderne boulonné à la tyrannie du progrès et préférait la riche mythologie des «sauvages», ces «peuples primitifs» dont il a largement contribué à ennoblir la réputation. Il ne suivait aucune mode, fuyait les médias trop pressés et se présentait lui-même comme «un homme du XIXe siècle, par la formation». Pourtant, il trônait tout en haut du palmarès des intellectuels français les plus influents de notre temps parce qu'il avait déterré des choses cachées depuis le début du monde, les mécanismes enfouis de la culture, les structures élémentaires de la vie en société, la grande machine humaine à fabriquer des symboles, des mythes, des religions, des tabous, des œuvres d'art aussi.
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  • Roman Daniel - Inscrit
    4 novembre 2009 02 h 33
    Merci, Monsieur Lévi-Strauss ! Si je ne pouvais emporter qu'une seule de vos idées ...
    Vu ce matin sur le portail suisse Pnyx.com, un hommage surprenant au grand homme : sous la forme d'un sondage !



    Merci, Monsieur Lévi-Strauss ! Si je ne pouvais emporter qu'une seule de vos idées ...


    « On ne peut rien comprendre ou juger que grâce à la mémoire »,

    « Je hais les voyages et les explorateurs »,

    « L'homme est un être vivant »,

    « Pas plus que l'ordre du monde, l'ordre social ne se plie aux exigences de la pensée »

    « Seule la musique permet l'union du sensible à l'intelligence »,

    « Il ne peut exister un hiatus complet entre la pensée et la vie »,

    « L'humanité ... /... s'apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave »,

    Impossible, toutes ne font qu'un, Vous !



    Pour voir le détail, aller à : http://www.pnyx.com/fr_fr/sondage/403 , avec, pour chacune de ces "idées", un extrait des citations dans leur contexte, permettant d'embrasser la portée de ces réflexions.
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  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    4 novembre 2009 05 h 12
    Lévi-Strauss, à la fois un homme simple et visionnaire
    Lévi-Strauss dénonçait la monoculture de la même façon que Marcuse a vu venir l'homme unidimentionnel. C'est-à-dire un humain qui se perd dans l'univers étroit de Walt Disneys, de la consommation pour faire vivre l'ogre qu'est le capitalisme et des labyrinthes des centres d'achat.
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  • Andrew Savage - Inscrit
    4 novembre 2009 06 h 10
    DE LA CENDRE SANS LE MIEL...
    Il y a lieu d'offrir nos condoléances à ses nombreux fans.

    Une question principale l'intriguait : pourquoi estime-t-on encore les formes passées, comme les temples grecs, les ruines romaines, les cathédrales gothiques, alors que notre civilisation n'a plus rien à voir ce monde sans pétrole ni électricité. La continuité dans le changement. Le reste est anecdotique.

    Il dit : «Ma carrière s'est jouée un dimanche de l'automne 1934, à 9h du matin sur un coup de téléphone» ; c'est vrai que recevoir un coup de téléphone cette année-là, à cette heure-là, au Brésil, ça relève de l'impensable. Aïe! Du directeur de l'ÉCOLENORMALESUPÉRIEURESUPÉRIEUREALLO !... en plus. WOW ! Moïse qui entend une voix... Tu vas enseigner la sociologie. Méchant coup de téléphone. De quoi être sonné pour longtemps. Assommé. Il a bien fait de nous le rappeler. Épistémologique comme ça s'peut pas. Du grand Lévy-Strauss.

    Rapidement, d'assommé, il devient assommeur. L'appel et la transformation. A star is born. C'est probablement là qu'il trancha le monde en deux, une fois pour toute, en une sorte de répétition structuraliste du coup de la mer rouge. D'un côté, le CRU, et de l'autre, le CUIT . Autrement dit, si tu n'es pas cru, tu es cuit. Depuis ce temps, ses admirateurs trouvent qu'il alliait comme pas un : l'esprit de synthèse et l'esprit de finesse...

    Simple et méthodique à part ça. Il favorisait pour connaître les autres cultures la méthode du «TRIPLE DÉCENTREMENT». Une discipline intellectuelle post-olympique inconnue, croit-on, chez les amérindiens du Pacifique. Ce qu'il voulait dire néanmoins est extrêmement fort : quand vous changez de pays, vous risquez de changer de fuseau horaire et d'unité monétaire. D'un coup, comme ça, plusieurs cerveaux universitaires y ont vu là un discours radicalement original sur le temps, l'espace et l'argent : du profond. De profundis. De quoi faire carrière.

    Et le monsieur n'aimait pas du tout l'exotisme, ce qui ne l'empêchait pas quand même de se prononcer ex cathedra sur les Nambikwaras, les Boros ou les Tupis, comme un mécanicien de haut niveau le fait sur un moteur de formule 1. Un expert en sciences humaines. Les bourgeois du 16è arrondissement à Paris adoraient aller l'entendre au Collège de France. Ah ! les bienfaits de la colonisation. Nous, les français, comme on est différent ! Ma chère... Et pas tant que ça, en plus. Du parfum et du fumier. De quoi faire rougir la charte des droits de tout le monde.

    Il aurait aussi découvert la «pensée sauvage», c'est-à-dire qu'il en était arrivé à la conclusion que ces bons bougres pensaient avant d'agir. Imaginez, des sauvages qui pensent...bon, c'est pas des savants, cela va de soi, on est loin de E=mc2, mais ils pensent quand même, oui, oui. Chic ! Eurêka. Une bombe. L'ethnologie venait de trouver son Archimède. Remarquer qu'il avait été sociologue avant, ce qui explique beaucoup de choses.

    Il venait ainsi de révéler le bouton à quatre trous de la culture occidentale. L'intelligentsia parisienne fut temporairement déstabilisée. La nouvelle fit le tour du monde. Et court encore... Le grand intellectuel français, comme le moyen, il n'y en a pas de petits, sont secoués jusqu'à la moelle épinière ; laquelle est pareille à celle des sauvages ; l'apprennent-ils alors, et en même temps. Second choc, il sera fatal. Il ne s'en remettront pas.

    Quelle affaire ! D'anciens... colonisateurs qui reconnaissent qu'il y a de l'intelligence en dehors de la ville lumière. Éblouissant.

    Et arriva ce qui devait arriver. Le destin : la structure : la pierre non philosophale va le conduire au sommet de la culture savante : la «gagadémie» française, qui l'accueille en son sein. Ouais, elle n'a qu'un sein, la vieille. C'est la consécration. Le cru, le cuit, le chaud, le froid, du miel, de la cendre, des sauvages qui pensent, c'est en masse ! Le fauteuil fixe avant la chaise roulante. Il portera désormais l'habit vert... devenant du même souffle un écologiste militant, pour les écologistes en tout cas, qui n'y voient que le vert.

    Les jeans levy-strauss seront vendus partout sur la planète, malgré qu'il soit contre la mondialisation et la normalisation des pantalons infroissables. L'infroissabilité : un concept auquel il aurait tenu, chuchote-t-on dans les corridors de l'Institut. Le parfait produit culturel exportable, infroissable et inutilisable ; et de Paris par surcroît. Pas «inque» les américains qui l'ont l'affaire, Elvis G., les français itou. On est loin des culs-terreux, des sauvages et de l'amazonie. La triple décentration ; ce que ça peut faire.

    Mourir à 101 ans, chapeau ! Tant qu'à emmerder le monde, vaut mieux le faire sur un longue période. L'éditeur aime ça. Faut dire que sur les derniers milles il avait le tropique triste ; il aurait même mangé du miel avec de la cendre, tout en continuant à remuer les cendres du passé. Déstructurant.

    Sa mort récente va nous empêcher de connaître le creux de sa pensée sur la structure élémentaire des familles recomposées ; dommage ! On dit ça, mais c'est possible que des centaines de thèses de doctorats se fassent là-dessus au cours des prochaines années. CE QU'EN PENSAIT LÉVY-STRAUSS JEUNE, MOINS JEUNE, PLUS VIEUX, ENCORE PLUS VIEUX, ET UNE FOIS MORT, UNE FOIS MORT ET ENTERRÉ. On prévoit rien pour la post-inhumation, quoique ses éditeurs ont soifs ; et les ethnologues aussi. Pour boire, il faut vendre. L'université est prête à tout pour survivre. Le marché, mieux, le commerce des idées, même les plus éculées.

    Ah! le génie français : c'est pas du toc. Structurant, surtout pour celles et ceux dont les aïeux ont déjà eu des rapports compliqués avec les «sauvages» en Canada. Et continuent à en avoir. Un MUST, sans doute...
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  • Augustin Rehel - Inscrit
    4 novembre 2009 08 h 14
    Modernité et philosophie
    «Il n'aimait guère le méchant monde moderne boulonné à la tyrannie du progrès et préférait la riche mythologie des «sauvages». ( Claude Lévi-Strauss)

    Qui peut le blâmer? Plus je regarde les hommes, disait un autre philosophe, plus j'aime mon ... Vous somplèterez la phrase. Claude Lévi-Strauss a beaucoup observé le monde et,
    dans ce monde de mondialisation, où toutes les cultures se confrontent et se fusionnent, le philosphe s'interroge sur les effets à court et long terme d'une telle promiscuité culturelle. Il dénonce le rouleau compresseur de la modernité, sans se questionner sur son jumeau, le rouleau compresseur de l'archaïté, qui cherche à transormer des société modernes en sociétés du passé et du moyen-âge.

    J'aurais bien aimé l'entendre sur ce sujet.

    «La haute, patiente et brillante voltige intellectuelle n'interdit pas une délicate attention aux détails.»
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  • simonis yvan - Inscrit
    4 novembre 2009 10 h 30
    la stabilité
    J'ai très bien connu Claude Lévi-Strauss, à Paris comme ici. Cet homme est un homme admirable dont nous sommes encore loin d'avoir pris la mesure. Sa compétence, mieux son génie, la confiance qu'il inspirait, la haute qualité de ses travaux, que dire? la liste serait longue des compliments que cet homme mérite. Je lui dois beaucoup, je ne suis pas le seul. Il restera étonnament présent.
    Yvan Simonis
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  • Jean Chalifoux - Inscrit
    4 novembre 2009 10 h 51
    Monsieur Levi-Strauss
    Triste Automne !
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  • Brun Bernard - Inscrit
    4 novembre 2009 13 h 04
    Merci M Levi-Strauss.
    Remarquable personne à l'éducation polie et attentive. Ses travaux ayant ouvert un chmap de réflexion sur la dichotomie nature/culture, il reste un représentant d'une pensée moderne et accueillant. Même si par ailleurs ses travaux sont bouleversés par l'anthropologie moderne qui remet d'une certaine son rousseauisme en question. Néanmoins, il nous montra sans discontinuer que la famille humaine riche de milles diversités, restait une dans sa confrontation au réel.
    Nous savons aussi qu'il était un fervent combattant de tout fascisme et nationalisme identitaire et en ce sens il nous montra la voie, voie reprise par un autre grand monsieur pour ses sétudes, Philippe Descola dont on lira son travail, Par-delà nature et culture )gallimard, 2005.

    Levi-Strauss dira: "J'ai connu une époque où l'identité nationale était le seul principe concevable des relations entre les Etats. On sait quels désastres en résultèrent", disait-il. Pour Philippe Descola, professeur au Collège de France et qui a succédé à Claude Lévi-Strauss à la tête du laboratoire d'anthropologie sociale, "c'est la double expérience, personnelle et politique d'un côté et d'ethnologue de l'autre, qui a conduit Lévi-Strauss à récuser et vivement critiquer l'accaparement, par des Etats, de l'identité nationale". CF à l'inrevue dans le Monde de son dP. Descola. Pour l'avoir rencontré à plussieurs reprises, nouss savons qu'il ne décolèrait pas contre tout nationalisme et exclusion de l'altérité que cela apporta. Il est vrai qu'il ne portait pas trop le précepte hegelien dans son coeur qui dit que tout nationalisme, c'est la christianisation absolu de la notion de peuple. surout le peuple allemand dont on sait les dégats que ce nationalisme fit au monde.
    Voici ceque dit de lui Descola en rapport avec la notio fermée d'indentité nationale: "Par ailleurs, toute son expérience d'ethnologue montre que l'identité se forge par des interactions sur les frontières, sur les marges d'une collectivité. L'identité ne se constitue en aucune façon d'un catalogue de traits muséifié, comme c'est souvent le cas lorsque des Etats s'emparent de la question de l'identité nationale. Les sociétés se construisent une identité, non pas en puisant dans un fonds comme si on ouvrait des boîtes, des malles et des vieux trésors accumulés et vénérés, mais à travers un rapport constant d'interlocution et de différenciation avec ses voisins. Et c'est cette double expérience, personnelle et politique d'un côté et d'ethnologue de l'autre, qui l'a conduit à récuser et vivement critiquer l'accaparement, par des Etats, de l'identité nationale." Levis-Strauss était absolument moderne et allergique à toutes exclusions quelqu'elles soient nationale, culturelle ou autre. Merci Monsieur Levi-strauss.
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  • Augustin Rehel - Inscrit
    4 novembre 2009 16 h 04
    À BB
    «Levis-Strauss était absolument moderne et allergique à toutes exclusions quelqu'elles soient nationale, culturelle ou autre. Merci Monsieur Levi-strauss. » Bernard Brun

    Je ne suis pas d'accord. Vous avez une lecture réductrice de l'oeuvre de Lévi-Strauss.
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  • rossignol - Inscrite
    4 novembre 2009 16 h 33
    Bravo Andrew Savage
    Comme vous je suis de ceux et celles qui n'applaudissent pas le grand homme après l'avoir fréquenté beaucoup en Lettres et en Sciences de la communication afin de trouver les structures profondes et moins profondes des textes littéraires et autres. L'horreur dans l'insignifiance matérialiste et positiviste qui a marqué tout le 20 iême siècle et qui a donné ses lettres de noblesse à ce monument de l'absurde qu'est la science linguistique. Levy Strauss est à associer à Jacobson et Greimas.
    Paix à son âme.
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  • Michel Mongeau - Inscrit
    4 novembre 2009 18 h 05
    Je préfère les ''sauvages'' de Lévi-Strauss aux cynisme de monsieur Savage
    Facile de démolir un homme si fructueux! Andrew Savage, vous devriez attendre avant de déverser votre fiel! Quand vous aurez effectué le tiers du quart de ce qu'il nous a laissé, peut-être aurez-vous moins l'audace de salir si facilement la réputation d'hommes si valeureux.
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  • Sylvio Le Blanc - Abonné
    4 novembre 2009 18 h 32
    Bravo!
    Un titre extraordinaire et un article de premier ordre!
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  • Monia Ayachi - Inscrite
    4 novembre 2009 18 h 48
    Il suffit de sentir le malaise dans la culture comme Claude Lévi-Straus ...
    Il nous suffit de lire ces deux citations pour dire a Claude Lévi-Straus " Merci":


    « Je m'insurge contre l'abus de langage par lequel, de plus en plus, on en vient à confondre le racisme et des attitudes normales, légitimes même, en tout cas inévitables. Le racisme est une doctrine qui prétend voir dans les caractères intellectuels et moraux attribués à un ensemble d'individus l'effet nécessaire d'un commun patrimoine génétique. On ne saurait ranger sous la même rubrique, ou imputer automatiquement au même préjugé, l'attitude d'individus ou de groupes que leur fidélité à certaines valeurs rend partiellement ou totalement insensibles à d'autres valeurs. Il n'est nullement coupable de placer une manière de vivre et de la penser au-dessus de toutes les autres et d'éprouver peu d'attirance envers tels ou tels dont le genre de vie, respectable en lui-même, s'éloigne par trop de celui auquel on est traditionnellement attaché. Cette incommunicabilité relative peut même représenter le prix à payer pour que les systèmes de valeurs de chaque famille spirituelle ou de chaque communauté se conservent, et trouvent dans leur propre fonds les ressources nécessaires à leur renouvellement. Si comme je l'ai écrit ailleurs, il existe entre les sociétés humaines un certain optimum de diversité au-delà duquel elles ne sauraient aller, mais en dessous duquel elles ne peuvent non plus descendre sans danger, on doit reconnaître que cette diversité résulte pour une grande part du désir de chaque culture de s'opposer à celles qui l'environnent, de se distinguer d'elles, en un mot d'être soi : elles ne s'ignorent pas, s'empruntent à l'occasion, mais pour ne pas périr, il faut que, sous d'autres rapports, persiste entre elles une certaine imperméabilité. » (Le regard éloigné, 1983.)


    « Sans doute nous berçons-nous du rêve que l'égalité et la fraternité régneront un jour entre les hommes sans que soit compromise leur diversité. Mais si l'humanité ne se résigne pas à devenir la consommatrice stérile des seules valeurs qu'elle a su créer dans le passé, capable seulement de donner le jour à des ouvrages bâtards, à des inventions grossières et puériles, elle devra réapprendre que toute création véritable implique une certaine surdité à l'appel d'autres valeurs, pouvant aller jusqu'à leur refus sinon même à leur négation. Car on ne peut, à la fois, se fondre dans la jouissance de l'autre, s'identifier à lui, et se maintenir différent. Pleinement réussie, la communication intégrale avec l'autre condamne, à plus ou moins brève échéance, l'originalité de sa et de ma création. Les grandes époques créatrices furent celles où la communication était devenue suffisante pour que des partenaires éloignés se stimulent, sans être cependant assez fréquente et rapide pour que les obstacles indispensables entre les individus comme entre les groupes s'amenuisent au point que des échanges trop faciles égalisent et confondent leur diversité. » (Race et culture, 1971.)

    Il nous suffit de comprendre ce qu'à écrit Paul Jorion pour réfléchir sur notre attitude envers la culture de l'autre :

    Ce que nous faisons à la biodiversité, à la diversité des cultures, lui faisait mal dans sa chair et nous ne pouvons rendre un meilleur hommage ce soir à Claude Lévi-Strauss qu'en s'adressant à lui dans sa nouvelle absence pour lui dire : « Mr. le Professeur, nous ferons nous, personnellement, tout ce qui est en notre pouvoir pour réparer ce monde que notre espèce massacre aujourd'hui avec désinvolture, quand ce n'est pas de gaieté de coeur. Et nous penserons à vous, sachant que sa déchéance vous était devenue insupportable ».
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  • Claude L'Heureux - Abonné
    4 novembre 2009 19 h 40
    La betterave anglaise et étatsunienne
    En ce jour du décès de monsieur Levi-Strauss, ce grand homme des cultures, le recteur de l'Université Laval est tout fier d'annoncer, en une du Soleil, que la faculté de droit offre des cours en anglais ! Un autre ouvert sur la betterave anglaise et étatsunienne, cette dernière tellement ouverte qu'elle n'accepte pas les films traduits et refait les plus populaires (Trois hommes et un couffin) ! L'on parle de la suffisance française, jamais de l'étatsunienne. L'ouverture au monde ? Certainement pas Radio-Can. TV 5 oui !

    Claude L'Heureux, Québec
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  • Jean-Pierre Audet - Abonné
    4 novembre 2009 20 h 11
    Un homme diversement appprécié
    Beaucoup d'éloges. Et ça ne fait que commencer !

    Mais aussi des critiques qui ne font pas dans la dentelle, comme celle d'Andrew Savage que je me permets de relever.

    J'avoue pour ma part avoir aimé lire «Tristes tropiques» il y a bien longtemps. J'ai eu ensuite l'impression que le grand homme se répétait. Il répondait à la demande.

    J'avoue que ce que j'apprécie le plus chez cet homme, c'est tout simplement qu'il ait dépassé cent ans... et lucide à part ça ! Faut le faire. Je lève mon chapeau à CLV comme je le fais à tout humain qui se rend à cent ans en toute lucidité.

    Oui, merci à Claude Lévi-Strauss de nous avoir montré, grâce à sa notoriété, qu'un être humain peut vivre un siècle en beauté, lucidité et harmonie. Le reste est à mon sens accessoire. Et, à son exemple, avec Ronsard, je m'écrie : «Vivez si m'en croyez, n'attendez à demain.»
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  • jacques noel - Inscrit
    4 novembre 2009 21 h 14
    Lévi-Strauss et l'Islam
    « Tout l'Islam semble être, en effet, une méthode pour développer dans l'esprit des croyants des conflits insurmontables, quitte à les sauver par la suite en leur proposant des solutions d'une très grande (mais trop grande) simplicité. D'une main on les précipite, de l'autre on les retient au bord de l'abîme. Vous inquiétez-vous de la vertu de vos épouses ou de vos filles pendant que vous êtes en campagne? Rien de plus simple, voilez-le et cloîtrez-les. C'est ainsi qu'on en arrive au burkah moderne, semblable a un appareil orthopédique avec sa coupe compliquée, ses guichets en passementerie pour la vision, ses boutons-pression et ses cordonnets, le lourd tissu dont il est fait pour s'adapter exactement aux contours du corps humain tout en le dissimulant aussi complètement que possible. Mais, de ce fait, la barrière du souci s'est seulement déplacée, puisque maintenant il suffira qu'on frôle votre femme pour vous déshonorer, et vous vous tourmenterez plus encore. Une franche conversation avec des jeunes musulmans enseigne deux choses : d'abord, qu'ils sont obsédés par le problème de la virginité prénuptiale et de la fidélité ultérieure; ensuite que le pudhah, c'est-à-dire la ségrégation des femmes, fait en un sens obstacle aux intrigues amoureuses, mais les favorise sur un autre plan; par l'attribution aux femmes d'un monde propre, dont elles sont seules a connaître les détours. Cambrioleurs de harems quand ils sont jeunes, ils ont de bonnes raisons pour s'en faire les gardiens une fois mariés »

    « Grande religion qui se fonde moins sur l'évidence d'une révélation que sur l'impuissance à nouer des liens en dehors. Enface de la bienveillance universelle du bouddhinsme, du désir chrétien de dialogue, l'intolérance musulmane adopte une forme inconsciente chez eux qu s'en rendent coupables, car ils ne cherchent pas toujours

    « il m'a fallu rencontrer l'Islam pour mesurer le péril qui menace aujourd'hui la pensée française. Je pardonne mal au premier de me présenter notre image, de m'obliger à constater combien la France est en train de devenir musulmane.

    Lévi-Strauss, Tristes tropiques, 1955
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  • Brun Bernard - Inscrit
    5 novembre 2009 15 h 10
    Libre de penser...
    ...comme Le Devoir, M Noel vous feriez mieux de lire CL- Strauss et non de prendre des passages de Tristes Tropiques dans le WEB. Lisez le comentaire M Ayachi, il n'est pas censuré lui dans le Libre Penser du devoir. M CL-Strauss a pensé autre chose aussi sur le même propos. ëtes-vous au courant? Merci.
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  • Augustin Rehel - Inscrit
    5 novembre 2009 20 h 07
    Monia A, et le copier coller
    Monia, au lieu de faire des copier-coller, donnez le lien seulement... et on ira jeter un coup d'oeil.
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  • Monia Ayachi - Inscrite
    6 novembre 2009 00 h 29
    Un monde sans Islam!
    Mr Rehel, je ne savais pas que vous donnez de l'importance à mes sources et puisque vous voulez vous instruire davantage sur le sujet, je vous invite à lire le livre « L'orientalisme » d'Édouard Saïd
    Les écrits de Jacques Derrida sur l'Islam et la culture et « Un monde sans Islam » de Graham E. Fuller. Ces trois références sont suffisantes pour enrichir vos connaissances et saisir le malaise de la culture tel qu'exprimé par ces penseurs. Si vous avez été attentif, les références de mes deux citations sont deux livres.
    Donc lisez bien les deux livres et les nouvelles références et on pourrait discuter par la suite.
    C'est avec un grand plaisir de lire vos commentaires, toujours avec la même délicatesse et la même finesse!!!!
    Bonne et douce journée Mr Rehel!
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