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Par Toutatis, Astérix a 50 ans!

Fabien Deglise   29 octobre 2009  Livres
Le fameux personnage imaginé par René Gosciny et Albert Uderzo
Photo : Les Éditions Albert René
Le fameux personnage imaginé par René Gosciny et Albert Uderzo
Pour souligner le 50e anniversaire de sa naissance, l'irréductible Gaulois a-t-il décidé de se faire soudainement polémique? Depuis quelques jours, Astérix attise en effet le scepticisme dans le cyberespace, où il se retrouve au coeur d'une époustouflante petite vidéo à diffusion épidémique.

Le coup est fumant. Il met en vedette la Patrouille de France — les Snowbirds des cousins — qui prend d'assaut le ciel bleu de la Gaule pour y tracer, avec les fumigènes de ses Alphajets, les contours du visage de l'irrésistible moustachu. Le tout en haute définition, en deux minutes cinquante et sous l'oeil complice d'Albert Uderzo, le père du célèbre personnage de bande dessinée.

Exécuté avec une précision chirurgicale, le dessin aérien semble trop beau pour être vrai, inspirant d'ailleurs à quelques internautes critiques des commentaires pas toujours en harmonie avec un jubilé: «Scandale: il y a des effets spéciaux et on pourrait nous le dire», écrit l'un d'eux. «Faux, faux et archifaux. La fumée est trop statique, les traits trop justes», ajoute un autre.

À l'autre bout du fil, François-Olivier Robin, le producteur de ce microdocumentaire, cherche à calmer les esprits. «Il y a eu utilisation d'un peu de potion magique, a-t-il indiqué au Devoir. Mais on n'a rien dit pour ne pas tuer la magie. C'est un hommage, et il se devait d'être grandiose.»

Par Toutatis! Il n'y aurait donc rien de trop beau pour le héros sans âge, qui aujourd'hui même souffle officiellement ses 50 bougies. Le personnage imaginé par René Gosciny et Albert Uderzo a poussé son premier cri le 29 octobre 1959 dans les pages du premier numéro de Pilote, revue spécialisée dans la bande dessinée. Il était accompagné de son fidèle compagnon, le «quelque peu enrobé» Obélix.

Ensemble, aidé par une potion, animé par la distribution de baffes en rafales, la chasse au sanglier et l'inextirpable besoin de résister à l'envahisseur, le duo a fini par marquer durablement l'univers du 9e art. En France, mais aussi ailleurs dans le monde, où les aventures de ces Gaulois fêtards et bourrus se sont vendus à 325 millions d'exemplaires traduits en 107 langues et dialectes... Et bien sûr, pour toutes ces raisons, le monde de la bédé, à l'occasion de ce cinquantième, a décidé de faire péter quelques bulles. Pour se souvenir.

Le banquet est bien garni. Il rassemble, outre la Patrouille de France et son vrai-faux dessin, l'équipe des ventes des éditions Albert René, qui, en grande pompe, ont lancé la semaine dernière à travers le monde 3 millions d'exemplaires du 34e volume des aventures d'Astérix. Naturellement intitulé L'Anniversaire d'Astérix et Obélix, le livre d'or, l'objet se veut une sorte de testament d'Uderzo qui, à 82 ans, affligé par des douleurs arthritiques aux mains, a décidé de passer le flambeau. Simple clin d'oeil au quinquagénairix plutôt qu'indispensable aventure, le bouquin a été qualifié par quelques critiques sévères «d'album pourrix».

L'erreur d'édition ne devrait pas faire oublier le reste du menu. Dès ce soir, Paris célèbre celui qu'elle a vu naître. C'était en août 1959, dans l'appartement d'Uderzo à Bobigny avec beaucoup de pastis et de tabac, relatent souvent les biographies des auteurs. Avec Les Gaulois envahissent Lutèce, la ville veut magnifier le personnage dans 10 lieux passablement achalandés par l'entremise de mises en scène et d'installations in situ, orchestrées par Yvan Hinnemann, l'homme derrière Paris Plage.

Il y a une semaine, c'est sur les Champs-Élysées, dans un théâtre, qu'Astérix a amorcé le début de ces célébrations avec la première du Tour de Gaule musical d'Astérix, un spectacle mettant en vedette le guerrier, ses amis et surtout les compositions de Ravel, Berlioz, Debussy, Bizet et Offenbach — celui du Cancan de la vie parisienne.

Le comique se fait sérieux

Apprécié pour ses jeux de mots, ses caricatures de personnalités (Sean Connery, Jacques Chirac, Jean Gabin ont été du nombre) et son caractère ludique, Astérix, en prenant un début d'agecanonix, va également se faire cérébral avec la tenue d'un colloque international à l'Institut du monde anglophone de Paris, les 30 et 31 octobre prochains. L'événement est baptisé «Le Tour du monde d'Astérix: lectures, traductions, interprétations». Le duo est aussi au centre d'une grande exposition au Musée de Cluny, toujours à Paris, où jusqu'au 3 janvier prochain plusieurs planches originales mettant en scène ces héros vont être livrées à la vue de leurs fidèles lecteurs.

«Il y a effectivement beaucoup d'événements pour ce 50e anniversaire, fait remarquer Sylvain Lemay, responsable du programme de bande dessinée de l'Université du Québec en Outaouais (UQO). Mais vous avez raison, nous avons oublié d'organiser des choses ici même si, historiquement et culturellement, nous sommes plus près d'Astérix que de Tintin.»

Dans le village d'irréductibles francophones d'Amérique, le vide commémoratif de l'anniversaire du premier habitant d'un autre village d'irréductibles est frappant. «Mais il s'explique peut-être en partie par l'étiolement de l'oeuvre depuis la mort de Gosciny [le scénariste a succombé à une crise cardiaque le 5 novembre 1977], dit M. Lemay. Astérix, c'était Gosciny et depuis 32 ans, sur 50 ans, il n'est plus là». Ce qui pousse quelques puristes à se demander pourquoi fêter le cinquantième d'un personnage qui, finalement, serait déjà mort!

La «disneyisation» d'un chef-d'oeuvre

La critique n'est pas nouvelle. «Cette série aurait dû s'arrêter en 1977 [soit au lendemain d'Astérix chez les Belges], lance Sylvie-Anne Ménard, jeune auteure de bédés artistiquement baptisée Zviane. Après, ça a baissé d'une coche.»

Cette condamnation s'accompagne aussi d'une remise en question ferme du caractère hypercommercial de l'oeuvre par des albums racoleurs mis en marché avec faste ou encore d'un parc d'attractions, le bien nommé Parc Astérix. Véritable «machine à imprimer de l'argent», elle a attiré en 2008-09 près de 2 millions de visiteurs et généré un chiffre d'affaires de 110 millions de dollars. Une croissance de 11 % par rapport à l'année précédente qui, convertie en sesterces, ne va pas déplaire au fourbe Moralélastix.

La «disneyisation» du petit Gaulois est d'ailleurs là pour de bon, comme en témoigne la volonté d'Uderzo de voir son personnage lui survivre. En décembre dernier, le dessinateur a vendu ses droits à Hachette Livre, qui va assurer la survie du personnage sous les coups de crayon de Régis Grébent, Frédéric et Thierry Mébarki, qui depuis des années assistent Uderzo dans son travail.

L'affaire est au centre d'une querelle familiale. Sylvie, fille du dessinateur, a dénoncé la transaction sur la place publique et son effet potentiellement délétère sur l'oeuvre de son père. Les générations montantes pourront d'ailleurs en témoigner — ou pas — en 2059, au moment du centenaire du Gaulois. Une autre fête pour laquelle la Patrouille de France dispose désormais d'une fenêtre temporelle de 50 ans pour s'entraîner à dessiner. Pour vrai.






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