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Véronique Ovaldé : casser la fatalité

Danielle Laurin   24 octobre 2009  Livres

À retenir

    • Ce que je saisde Vera Candida
    • Véronique Ovaldé
    • L'Olivier
    • Paris, 2009, 300 pages
Votre réaction si vous obteniez le Goncourt?

— Le quoi?

C'était en septembre 2005, peu après la parution de son quatrième roman, Déloger l'animal. Quatre ans et deux romans plus tard, Véronique Ovaldé se retrouve en lice pour le Goncourt.

Son livre, Ce que je sais de Vera Candida, ne fait pas partie, semble-t-il, des favoris dans la course. Mais qui sait? De toute façon, qu'elle remporte la palme ou pas, voici une écrivaine qui petit à petit fait son nid, s'affirme de plus en plus comme une voix singulière dans le paysage littéraire.

Comment? Par la force de son imagination. Par cette façon qu'elle a de faire décoller ses lecteurs. De les transporter dans des lieux inventés. Et par cette légèreté de ton qu'elle insuffle à ses histoires tragiques, cruelles.

C'est tout à fait naturel, pour elle. «J'aime bien dire des choses terribles avec légèreté quand j'écris, lance-t-elle. Dans la vie, je suis comme ça aussi: je ne sais pas vraiment bien dire les choses autrement», ajoute-t-elle.

Attablée dans un bistro parisien, ce jour-là dans sa jolie robe rouge, avec ses lèvres très rouges et ses grands yeux verts de princesse de conte de fées, elle laissera tomber, mêlées à de petits rires saccadés, des choses comme: «j'ai une histoire familiale un peu compliquée»; «la violence faite aux femmes est un sujet familial qui me tient à c¶ur»; ou encore: «j'ai toujours besoin d'un personnage qui a un rapport à l'extrémisme, d'une sorte de tyran, de nazi, car il y a un petit homme comme ça dans mon histoire de famille».

Elle n'en dira pas plus, elle est pudique. Mais de tout cela, il est bel et bien question dans ses livres, dans Ce que je sais de Vera Candida, en particulier. Pas directement, non. Pas le genre à s'épancher au «je» sur sa propre vie dans ses livres, Véronique Ovaldé.

On est à cent mille lieues de l'autofiction, disons. On est dans la transposition poussée dans ses ultimes possibilités, on est dans la fable pure, par moments. Avec des personnages plus grands que nature. Avec de la violence exacerbée, de la terreur. Mais enrobés de grâce, d'enchantement.

Drôle de mélange

Drôle de mélange, oui. Ce qui a fait dire à une amie de l'auteure que lire Ce que je sais de Vera Candida, c'est comme si on mangeait un suçon au caramel et qu'à l'intérieur il y avait une araignée de type mygale. Ça l'a fait rire, Véronique Ovaldé. Ça la fait encore rire: «J'adore l'image, pas vous?»

Quatre générations de fem-mes prennent vie sous nos yeux dans Ce que je sais de Vera Candida. Des femmes qui donnent naissance à des filles sans père. Des femmes qui l'ont à la dure, qui luttent pour leur survie, pour s'émanciper, dans un monde hostile.

Comment s'échapper d'une toile d'araignée? Comment échapper à son bourreau? Comment sortir du cercle familial qui prédestine au malheur? Comment briser le moule? Comment casser la fatalité? Ce sont les questions qui dominent dans le sixième roman de Véronique Ovaldé. Mais elles arrivent sur le bout des pieds, dans un lieu qui n'existe pas dans la réalité. Nous sommes quelque part sur une île, en Amérique du Sud.

C'est une nécessité, pour Véronique Ovaldé, d'inventer un territoire où se déroulent ses histoires. «Il faut qu'il y ait une part d'imaginaire, sinon je me sens contrainte par le réel. Ce que je veux, moi, c'est réinventer le réel.»

Moins de réel égale plus de liberté, pour elle. «Je fais ce que je veux, je m'octroie tous les droits puisque ce sont des lieux que j'invente. Il peut se passer ce que je veux, il y a n'importe quelle sorte de végétation, n'importe quelles sortes de coutumes, de système politique... c'est merveilleux.»

Elle a commencé à écrire vers l'âge de six ou sept ans, dans sa banlieue parisienne, et tout de suite, écrire, c'était ça: s'extirper de sa réalité, se transporter dans un endroit improbable. C'était la possibilité d'un lieu de liberté totale. «Plein de personnages m'habitaient tout le temps, ils conversaient dans ma tête; donc, le plus simple, c'était de les poser là, sur le papier.»

Quand elle a montré ses premiers manuscrits, il y a une quinzaine d'années, alors qu'elle travaillait à la fabrication de livres dans une maison d'édition, cette mère de deux enfants, qui gagne maintenant sa vie comme directrice littéraire chez Albin Michel, n'a pas reçu l'accueil qu'elle escomptait. «Accroche-toi davantage au réel.» C'est ce que tout le monde lui répétait. La part de fantaisie de ses histoires, leur étrangeté étaient considérées comme un handicap.

Elle n'a pas abdiqué. Ce qui lui a permis de se démarquer au fil des ans. Et d'être comparée à Boris Vian il n'y a pas longtemps. L'année dernière, en fait. À la parution de son roman Et mon c¶ur transparent.

C'était dans Le Monde: «Dépaysement à tous les carrefours, trompe-l'¶il et voyage enchanté dans un imaginaire aussi malicieux par ses images que par son verbe: Véronique Ovaldé occupe une place bien à elle dans la littérature française, où elle s'est assise d'une fesse sur le siège demeuré inoccupé de Boris Vian.»

Et mon c¶ur transparent a valu à son auteure le prix France Culture-Télérama. Un prix qui a permis au grand public de découvrir une auteure jusque-là confinée à un lectorat plutôt limité. «Un livre qui a un prix, ça rassure les gens», dit simplement Véronique Ovaldé.

Même son voisin de palier, après avoir vu son visage à la une du magazine Télérama, s'est mis à la regarder autrement. «Il ne savait même pas que j'écrivais... Tout à coup, il a compris ce que je faisais dans la vie», se réjouit-elle.

Son nouveau roman, en plus d'être en lice pour le Goncourt — on saura dans quelques jours s'il est retenu pour la troisième sélection —, est aussi dans la course pour le prix Romans France Télévision, créé en 1994 par les chaînes de l'audiovisuel public français pour récompenser des livres susceptibles d'intéresser un large public. Parmi les cinq autres écrivains sélectionnés: Dany Laferrière. Verdict: 19 novembre. À suivre...

Collaboratrice du Devoir


 
 
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