Littérature québécoise - Rétrospective
À retenir
- BIENVENUE WELCOME
- Serge Bruneau
- XYZ
- Montréal, 2009, 250 pages
Pour son quatrième roman, après notamment Rosa-Lux et la baie des Anges et L'Enterrement de Lénine (XYZ, 2003 et 2006), Serge Bureau nous concocte une histoire typique de baby-boomer. Une fiction servie avec un peu de cynisme esthétisant, une certaine fatigue morale mêlée à un solide refus de vieillir, une bonne dose de sexualité sans morale, un badigeon des Rolling Stones et de Led Zeppelin.
Simon Valois , le narrateur de Bienvenue Welcome, est un écrivain montréalais qui frôle la soixantaine, auteur de romans pour la jeunesse et pigiste régulier pour un magazine porno. Un homme qui n'a plus beaucoup de patience. Contre toutes les atteintes à sa liberté. Devant la jeunesse qui le pousse vers la sortie. Mais aussi envers son propre fils avec lequel il n'a pas vraiment d'atomes crochus. Chaque minute passée avec lui, nous avoue-t-il, «est d'un ennui mortel».
Apprenant simultanément qu'un ami de jeunesse vient de mourir et qu'il sera bientôt grand-père, Valois accuse le coup et se souvient «de cette époque salvatrice qui te colle encore au corps». Vous aurez noté la particularité: le narrateur se tutoie tout au long de sa confession. Un procédé qui vient accentuer, peut-être, la mise à distance entre celui qu'il était et celui qu'il est devenu.
Premier arrêt de ce long dialogue avec lui-même: l'année 1969. Année érotique, selon le calendrier Gainsbourg, elle l'est aussi pour Simon qui, à la fin de l'adolescence, découvre les bienfaits de la gymnastique horizontale avec Monique ou Jeanne. De tous les membres de la petite bande d'idéalistes gauchisants qu'il fréquente, il est le seul qui semble garder la tête froide.
Par la suite, le roman alternera continuellement entre hier et aujourd'hui, proposant une rétrospective de quelques-unes des années charnières de sa vie: la Crise d'octobre, la mort de son père, ses débuts comme artiste-peintre, le décès tragique de la femme qu'il aimait. «Ce qu'on va mettre en terre, c'est toute une époque dont il ne te reste que l'écho et c'est pour toi une façon de régler les pendules à l'heure tardive...»
Protagoniste assez peu sympathique, spécimen pas si rare de nombriliste myope, Valois entretient des relations tendues avec à peu près tous ceux qui l'entourent: son fils, sa blonde, son employeur, son ex-femme. Tout le monde. Y compris même les morts. D'ailleurs il le sait, sinon à tout le moins il s'en doute: «Des gens, hommes, femmes et enfants paraît-il, t'en as balancé un sacré paquet dans ton existence.» Sans remords et sans explications.
Roman fluide et bavard, examen de conscience à la profondeur limitée, Bienvenue Welcome n'a pas tout à fait non plus le mordant et la lucidité qu'on aurait espérés d'un tel règlement de comptes avec la vie. Est-ce le surplus de poids des nostalgies? Une espèce de lenteur poussive l'empêche de décoller.
Collaborateur du Devoir
Simon Valois , le narrateur de Bienvenue Welcome, est un écrivain montréalais qui frôle la soixantaine, auteur de romans pour la jeunesse et pigiste régulier pour un magazine porno. Un homme qui n'a plus beaucoup de patience. Contre toutes les atteintes à sa liberté. Devant la jeunesse qui le pousse vers la sortie. Mais aussi envers son propre fils avec lequel il n'a pas vraiment d'atomes crochus. Chaque minute passée avec lui, nous avoue-t-il, «est d'un ennui mortel».
Apprenant simultanément qu'un ami de jeunesse vient de mourir et qu'il sera bientôt grand-père, Valois accuse le coup et se souvient «de cette époque salvatrice qui te colle encore au corps». Vous aurez noté la particularité: le narrateur se tutoie tout au long de sa confession. Un procédé qui vient accentuer, peut-être, la mise à distance entre celui qu'il était et celui qu'il est devenu.
Premier arrêt de ce long dialogue avec lui-même: l'année 1969. Année érotique, selon le calendrier Gainsbourg, elle l'est aussi pour Simon qui, à la fin de l'adolescence, découvre les bienfaits de la gymnastique horizontale avec Monique ou Jeanne. De tous les membres de la petite bande d'idéalistes gauchisants qu'il fréquente, il est le seul qui semble garder la tête froide.
Par la suite, le roman alternera continuellement entre hier et aujourd'hui, proposant une rétrospective de quelques-unes des années charnières de sa vie: la Crise d'octobre, la mort de son père, ses débuts comme artiste-peintre, le décès tragique de la femme qu'il aimait. «Ce qu'on va mettre en terre, c'est toute une époque dont il ne te reste que l'écho et c'est pour toi une façon de régler les pendules à l'heure tardive...»
Protagoniste assez peu sympathique, spécimen pas si rare de nombriliste myope, Valois entretient des relations tendues avec à peu près tous ceux qui l'entourent: son fils, sa blonde, son employeur, son ex-femme. Tout le monde. Y compris même les morts. D'ailleurs il le sait, sinon à tout le moins il s'en doute: «Des gens, hommes, femmes et enfants paraît-il, t'en as balancé un sacré paquet dans ton existence.» Sans remords et sans explications.
Roman fluide et bavard, examen de conscience à la profondeur limitée, Bienvenue Welcome n'a pas tout à fait non plus le mordant et la lucidité qu'on aurait espérés d'un tel règlement de comptes avec la vie. Est-ce le surplus de poids des nostalgies? Une espèce de lenteur poussive l'empêche de décoller.
Collaborateur du Devoir
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