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    Littérature québécoise - La mémoire vivante de Kim Thúy

    17 octobre 2009 |Christian Desmeules | Livres
    • RU
    • Kim Thúy
    • Libre Expression
    • Montréal, 2009, 146 pages
    Elle est arrivée au Québec à l'âge de dix ans avec la première vague de « boat people » vietnamiens. D'abord « sourde et muette », puis de plus en plus perméable aux sons, aux mots et aux choses de son pays d'accueil. Sans jamais oublier. Trente ans plus tard, Kim Thúy, tour à tour couturière, interprète, avocate et chef-propriétaire d'un restaurant, met au jour des souvenirs qui ne s'oublient pas et un réel talent d'écrivaine avec Ru, un pénétrant récit d'exil et d'enracinement.

    Forcée de fuir Saigon devant l'avancée des forces communistes venues du Nord, elle s'installe à la fin des années 1970 avec sa famille, après une escale dans un camp de réfugiés en Malaisie, dans une petite ville des Cantons-de-l'Est. La qualité de l'accueil et la générosité de quelques « anges gardiens » la marqueront à jamais: « Je sentais souvent, écrit-elle, qu'il n'y avait pas assez d'espace en nous pour recevoir tout ce qui nous était offert. »

    Ru, qui signifie en français « petit ruisseau » ou « écoulement (de larmes, de sang, d'argent) » devient, en vietnamien, une « berceuse ». Et les trois sens du mot se fondent dans le récit de Kim Thúy.

    Récit émouvant livré à coeur ouvert, Ru remonte en profondeur le cours de la mémoire d'une fillette, d'une famille, de leurs voisins de hasard. Toute une mémoire vivante irriguée de larmes et de sang, d'espoirs déçus et de surprises incalculables. Une mémoire traversée de vies quelquefois détraquées, dépossédées, humiliées. Mais des vies où le courage, la bonté vraie et la force de rester debout ne sont jamais absents.

    Ses parents ont su lui léguer, tout comme à ses frères, toute la richesse de leur mémoire. Une mémoire « qui nous permet, écrit-elle, de saisir la beauté d'une grappe de glycine, la fragilité d'un mot, la force de l'émerveillement ». « Plus encore, ajoute-t-elle, ils nous ont offert des pieds pour marcher jusqu'à nos rêves, jusqu'à l'infini. »

    Et cet infini d'êtres et de possibles, Kim Thúy nous le donne à voir. C'est le souvenir d'une fillette et de sa famille paralysées de peur au fond d'une cale de bateau au large des côtes de la Malaisie. Une vieille femme au dos exagérément courbé aperçue dans le delta du Mékong. Un ancien magistrat, voisin de palier à Granby, brisé par la peur, les épreuves, l'humiliation. Des milliers de femmes. Oncles, tantes, cousins et cousines: une communauté de destins encore debout et vivant aujourd'hui à travers ces pages poétiques et intenses.

    « Je me suis avancée dans la trace de leurs pas comme dans un rêve éveillé où le parfum d'une pivoine éclose n'est plus une odeur, mais un épanouissement; où le rouge profond d'une feuille d'érable à l'automne n'est plus une couleur, mais une grâce; où un pays n'est plus un lieu, mais une berceuse. » Un témoignage fort d'amour et de liberté au féminin.

    Collaborateur du Devoir












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