Le Brésil au temps des combats
Premier roman de la chanteuse Bïa
À retenir
- Les révolutions de Marina
- Bïa Krieger
- Boréal
- Montréal, 2009, 262 pages
Jusqu'à présent, elle écrivait presque toutes les paroles de ses chansons en portugais du Brésil, une langue «toute en voyelles, comme l'italien», dit-elle. Et puis voilà que Bïa la chanteuse s'est mise à écrire un roman, en français, Les Révolutions de Marina, qui vient de paraître aux éditions du Boréal.
Ce roman, il lui en est venue la première idée alors qu'elle était immobilisée dans un avion qui la ramenait de Paris vers Montréal. Elle venait de lire un article d'un magazine de bord qui relatait les difficultés dans les rapports des filles avec leur belle-mère.
Il lui vient alors l'envie d'écrire une petite chronique sur ses propres rapports avec sa belle-mère, la seconde femme de son père. Une femme qu'elle a aimée tout de suite et qui se présentait plus, pour elle, comme une solution que comme un problème. Et puis voilà que commence un roman, basé sur le récit de la vie de Bïa, ballottée, enfant, entre son Brésil natal, d'où ses parents étaient bannis pour activités subversives, le Chili, le Pérou et le Portugal. Bïa est devenue Marina, et l'histoire de sa vie s'est transformée par moments en fiction.
Le titre parle de révolutions, entre autres, parce que la petite Marina fait ses débuts dans la vie entre deux parents qui militent contre la dictature brésilienne dans les années 1970. Contraints à la clandestinité, ils font garder leur enfant unique successivement par ses grands-parents maternels et des amis qui leur permettent de poursuivre leurs activités.
Puis, confinés à l'exil, ils prennent le chemin du Chili, durant le court règne de Salvador Allende, et ensuite du Pérou et du Portugal.
C'est donc sur fond de lutte politique, à une époque où l'Amérique latine, secouée par les crises, oscille entre ambitions révolutionnaires et régimes totalitaires, que se déroule cette histoire. Bïa y place le regard d'une enfant, qui fait ainsi son apprentissage du monde, avec un point de vue qui n'est pas sans rappeler celui de la petite fille dans le film de Julie Gavras, La Faute à Fidel, qui met aussi en scène la vie d'un enfant de parents révolutionnaires de gauche.
Dans le café de Montréal où je la rencontre, Bïa, toute de noir vêtue dans l'automne qui s'avance, parle.
«Les parents de Marina étaient des acteurs de l'histoire. Ils ont fait des actions qui ont modifié le cours des choses. D'où venaient-ils, ces parents-là? Quels étaient leurs choix? Quel était le contexte politique de ce pays, dont on sait peu de choses finalement en Amérique du Nord qui ne soient pas des clichés, même si les clichés sont vrais. C'est vrai que c'est un pays de bonne humeur. C'est vrai que c'est un pays de carnaval. C'est vrai que c'est un pays de soleil. C'est vrai que c'est un pays de criminalité. Mais c'est aussi un pays à l'histoire complexe où des gens extrêmement forts, des personnalités très fortes ont contribué d'une manière ou d'une autre à faire un pays de grand métissage culturel. D'où ça vient, quels genres de gens ont créé ce melting-pot», c'est ce qu'elle a essayé de décrire dans cette histoire.
La dictature qui a sévi au Brésil dans les années 1970 est en effet sans doute moins connue sous nos latitudes que l'ont été les dictatures argentine ou chilienne, par exemple. Et Bïa explique ce fait par l'extraordinaire dynamisme culturel brésilien, qui éclipse les aspects plus sombres de son histoire.
Ce pays n'est pas sérieux
La légende veut d'ailleurs que le général Charles de Gaulle, en visite au Brésil, aurait dit: «Ce pays n'est pas sérieux.»
«Je pense que le Brésil est un pays dont les aspects un peu folkloriques sont tellement forts et colorés que cela a toujours été plus important et plus médiatisé que son histoire économique et politique. Les luttes sociales sont arrivées au Brésil en même temps qu'ailleurs en Amérique du Sud, mais il y a des relations publiques du Brésil qui ont toujours été plus fortes parce que c'est un pays tellement festif. Au sein même du Brésil, les années dictatoriales ont été des années d'explosion culturelle. Même que certains diront que la dictature, la censure et l'interdiction d'aborder les sujets politiques ont fait fleurir l'imagination de nos poètes, qui se sont surpassés en chefs-d'¶uvre de sous-entendus, de non-dits pour exprimer l'anticonformisme. Les poètes principaux de la musique, comme Chico Buarque, ont écrit des chefs-d'¶uvre qu'à l'époque tout le monde reprenait, qui parlaient d'amour, mais dont tout le monde savait qu'ils parlaient en fait de la dictature de tel ou tel général.»
Le français, la chanteuse l'a d'abord appris au lycée français de Lisbonne, où elle a vécu enfant. Vient ensuite un long séjour en France, au cours duquel elle dévore des livres d'auteurs français, d'abord Maupassant, puis Boris Vian, Flaubert et Proust. Elle écoute aussi beaucoup la chanson française, Brassens, Léo Ferré, Bobby Lapointe.
Là, elle se lance à corps perdu dans la langue française, se prête aux joutes verbales auxquelles les Français aiment bien s'adonner.
Aujourd'hui, Bïa vit au Québec avec son conjoint qui est Québécois. Elle retourne au Brésil, où toute sa famille vit, régulièrement.
«J'écris mes chansons, mais pour moi, la littérature et la chanson, c'est aussi différent que la peinture et le tricot de haute qualité, ce sont vraiment deux exercices très différents. [...] J'ai toujours aimé écrire en prose. Mais peut-être que je n'avais pas l'âge, ou l'expérience, ou le recul pour croire que j'avais quelque chose de vraiment intéressant à raconter et une manière de raconter qui valait la peine de le faire.»
Ce roman, étonnamment, lui est venu tout naturellement en français. Il n'est d'ailleurs pas encore traduit en portugais.
Ce roman, il lui en est venue la première idée alors qu'elle était immobilisée dans un avion qui la ramenait de Paris vers Montréal. Elle venait de lire un article d'un magazine de bord qui relatait les difficultés dans les rapports des filles avec leur belle-mère.
Il lui vient alors l'envie d'écrire une petite chronique sur ses propres rapports avec sa belle-mère, la seconde femme de son père. Une femme qu'elle a aimée tout de suite et qui se présentait plus, pour elle, comme une solution que comme un problème. Et puis voilà que commence un roman, basé sur le récit de la vie de Bïa, ballottée, enfant, entre son Brésil natal, d'où ses parents étaient bannis pour activités subversives, le Chili, le Pérou et le Portugal. Bïa est devenue Marina, et l'histoire de sa vie s'est transformée par moments en fiction.
Le titre parle de révolutions, entre autres, parce que la petite Marina fait ses débuts dans la vie entre deux parents qui militent contre la dictature brésilienne dans les années 1970. Contraints à la clandestinité, ils font garder leur enfant unique successivement par ses grands-parents maternels et des amis qui leur permettent de poursuivre leurs activités.
Puis, confinés à l'exil, ils prennent le chemin du Chili, durant le court règne de Salvador Allende, et ensuite du Pérou et du Portugal.
C'est donc sur fond de lutte politique, à une époque où l'Amérique latine, secouée par les crises, oscille entre ambitions révolutionnaires et régimes totalitaires, que se déroule cette histoire. Bïa y place le regard d'une enfant, qui fait ainsi son apprentissage du monde, avec un point de vue qui n'est pas sans rappeler celui de la petite fille dans le film de Julie Gavras, La Faute à Fidel, qui met aussi en scène la vie d'un enfant de parents révolutionnaires de gauche.
Dans le café de Montréal où je la rencontre, Bïa, toute de noir vêtue dans l'automne qui s'avance, parle.
«Les parents de Marina étaient des acteurs de l'histoire. Ils ont fait des actions qui ont modifié le cours des choses. D'où venaient-ils, ces parents-là? Quels étaient leurs choix? Quel était le contexte politique de ce pays, dont on sait peu de choses finalement en Amérique du Nord qui ne soient pas des clichés, même si les clichés sont vrais. C'est vrai que c'est un pays de bonne humeur. C'est vrai que c'est un pays de carnaval. C'est vrai que c'est un pays de soleil. C'est vrai que c'est un pays de criminalité. Mais c'est aussi un pays à l'histoire complexe où des gens extrêmement forts, des personnalités très fortes ont contribué d'une manière ou d'une autre à faire un pays de grand métissage culturel. D'où ça vient, quels genres de gens ont créé ce melting-pot», c'est ce qu'elle a essayé de décrire dans cette histoire.
La dictature qui a sévi au Brésil dans les années 1970 est en effet sans doute moins connue sous nos latitudes que l'ont été les dictatures argentine ou chilienne, par exemple. Et Bïa explique ce fait par l'extraordinaire dynamisme culturel brésilien, qui éclipse les aspects plus sombres de son histoire.
Ce pays n'est pas sérieux
La légende veut d'ailleurs que le général Charles de Gaulle, en visite au Brésil, aurait dit: «Ce pays n'est pas sérieux.»
«Je pense que le Brésil est un pays dont les aspects un peu folkloriques sont tellement forts et colorés que cela a toujours été plus important et plus médiatisé que son histoire économique et politique. Les luttes sociales sont arrivées au Brésil en même temps qu'ailleurs en Amérique du Sud, mais il y a des relations publiques du Brésil qui ont toujours été plus fortes parce que c'est un pays tellement festif. Au sein même du Brésil, les années dictatoriales ont été des années d'explosion culturelle. Même que certains diront que la dictature, la censure et l'interdiction d'aborder les sujets politiques ont fait fleurir l'imagination de nos poètes, qui se sont surpassés en chefs-d'¶uvre de sous-entendus, de non-dits pour exprimer l'anticonformisme. Les poètes principaux de la musique, comme Chico Buarque, ont écrit des chefs-d'¶uvre qu'à l'époque tout le monde reprenait, qui parlaient d'amour, mais dont tout le monde savait qu'ils parlaient en fait de la dictature de tel ou tel général.»
Le français, la chanteuse l'a d'abord appris au lycée français de Lisbonne, où elle a vécu enfant. Vient ensuite un long séjour en France, au cours duquel elle dévore des livres d'auteurs français, d'abord Maupassant, puis Boris Vian, Flaubert et Proust. Elle écoute aussi beaucoup la chanson française, Brassens, Léo Ferré, Bobby Lapointe.
Là, elle se lance à corps perdu dans la langue française, se prête aux joutes verbales auxquelles les Français aiment bien s'adonner.
Aujourd'hui, Bïa vit au Québec avec son conjoint qui est Québécois. Elle retourne au Brésil, où toute sa famille vit, régulièrement.
«J'écris mes chansons, mais pour moi, la littérature et la chanson, c'est aussi différent que la peinture et le tricot de haute qualité, ce sont vraiment deux exercices très différents. [...] J'ai toujours aimé écrire en prose. Mais peut-être que je n'avais pas l'âge, ou l'expérience, ou le recul pour croire que j'avais quelque chose de vraiment intéressant à raconter et une manière de raconter qui valait la peine de le faire.»
Ce roman, étonnamment, lui est venu tout naturellement en français. Il n'est d'ailleurs pas encore traduit en portugais.
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