Bédé - La survie par le livre
À retenir
- Tuer Vélasquez
- Philippe Girard
- Glénat Québec
- Montréal, 2009, 192 pages
C'est à la page 55 que la ligne de fond se dessine. « On a toujours rendez-vous avec les livres », lance alors, avec toute la sagesse de son âge avancé, la grand-mère de Philippe, le héros. Et elle ajoute: « Ils nous tombent entre les mains au bon moment. »
Deux phrases, deux vérités pour finalement deux livres: Tuer Vélasquez (Glénat Québec), récit intimiste du talentueux Philippe Girard qui contient en son sein un autre bouquin, Panique à la Manic, d'Harry Barnes, le père de l'aventurier Jack Bowmore, qui est entré dans la vie de l'auteur au moment où il en avait le plus besoin. C'est ce qu'on appelle une belle mise en abîme.
Nous sommes en août 1983, à la fin d'un été en pente douce et au début d'une série de changements: Girard, alors ado, fait face au divorce imminent de ses parents, il vient de changer de ville, d'école et de vie. Et forcément, pour cet adulte en formation, les temps sont durs.
Dans la tourmente, celui qui a donné vie dans le passé au nécessaire Danger public, coproduit avec Leif Tande, ou encore à Une histoire de pêche, va trouver un peu de réconfort dans des questionnements métaphysiques sur Picasso et Vélasquez, mais aussi dans la lecture de ce bouquin d'action que « [son] père lisait en 1910 », dit-il. De grands pans des aventures de Bowmore et son fidèle compagnon Glenlivet, « à l'ombre des pics enneigés de la cordillère des Andes », viennent d'ailleurs rythmer ce voyage en cases et bulles dans le passé de Girard, dans ses douleurs et ses drames.
Drame. C'est bien de cela qu'il est aussi question ici. C'est que, pour bien faire, sa mère décide de l'inscrire dans un groupe d'ados pilotés par un dénommé Benoît, prêtre qui est présenté sur la quatrième de couverture comme « anticonformiste » et qui « fait réfléchir » le bédéiste « à ses valeurs ». Une litote pour le moins étonnante: il s'agit en fait d'un véritable prêtre pédophile et abusif qui, quelques années plus tard, fera les manchettes en Europe pour des activités sexuelles douteuses avec ses « protégés ».
On l'aura donc compris, le propos, en plus d'être introspectif, sensible et sombre, se montre aussi par moments percutant. Mais avec une retenue nécessaire, une poésie dans le découpage et une mise en scène intelligente qui font de l'ensemble une oeuvre complexe, maîtrisée, mais également digeste, malgré la nature du propos.
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Deux phrases, deux vérités pour finalement deux livres: Tuer Vélasquez (Glénat Québec), récit intimiste du talentueux Philippe Girard qui contient en son sein un autre bouquin, Panique à la Manic, d'Harry Barnes, le père de l'aventurier Jack Bowmore, qui est entré dans la vie de l'auteur au moment où il en avait le plus besoin. C'est ce qu'on appelle une belle mise en abîme.
Nous sommes en août 1983, à la fin d'un été en pente douce et au début d'une série de changements: Girard, alors ado, fait face au divorce imminent de ses parents, il vient de changer de ville, d'école et de vie. Et forcément, pour cet adulte en formation, les temps sont durs.
Dans la tourmente, celui qui a donné vie dans le passé au nécessaire Danger public, coproduit avec Leif Tande, ou encore à Une histoire de pêche, va trouver un peu de réconfort dans des questionnements métaphysiques sur Picasso et Vélasquez, mais aussi dans la lecture de ce bouquin d'action que « [son] père lisait en 1910 », dit-il. De grands pans des aventures de Bowmore et son fidèle compagnon Glenlivet, « à l'ombre des pics enneigés de la cordillère des Andes », viennent d'ailleurs rythmer ce voyage en cases et bulles dans le passé de Girard, dans ses douleurs et ses drames.
Drame. C'est bien de cela qu'il est aussi question ici. C'est que, pour bien faire, sa mère décide de l'inscrire dans un groupe d'ados pilotés par un dénommé Benoît, prêtre qui est présenté sur la quatrième de couverture comme « anticonformiste » et qui « fait réfléchir » le bédéiste « à ses valeurs ». Une litote pour le moins étonnante: il s'agit en fait d'un véritable prêtre pédophile et abusif qui, quelques années plus tard, fera les manchettes en Europe pour des activités sexuelles douteuses avec ses « protégés ».
On l'aura donc compris, le propos, en plus d'être introspectif, sensible et sombre, se montre aussi par moments percutant. Mais avec une retenue nécessaire, une poésie dans le découpage et une mise en scène intelligente qui font de l'ensemble une oeuvre complexe, maîtrisée, mais également digeste, malgré la nature du propos.
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