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Nelly Arcan 1973-2009 - Ni putain ni folle, juste brisée

Danielle Laurin   26 septembre 2009  Livres
Nelly Arcan
Photo : Agence France-Presse Maximilien Lamy
Nelly Arcan
Voix féminine forte, image médiatique racoleuse et radieuse, la jeune romancière, dont le style radical fut acclamé par la critique et ses nombreux lecteurs, s'est élancée vers l'abîme jeudi, à Montréal. Nelly Arcan avait 36 ans. Je l'ai vue il y a trois semaines, en prévision de la sortie de son quatrième roman, Paradis, clef en main. Le titre à lui seul me fait maintenant frissonner. Plus troublant encore, ce roman porte sur le suicide. Mais avec une porte de sortie à la fin, une ouverture vers la vie. Nelly Arcan souhaitait d'ailleurs qu'on voie Paradis, clef en main comme un hymne à la vie.


Comment est-ce possible? Nelly Arcan morte, suicidée. Ça glace le sang. J'ai l'impression aujourd'hui d'avoir lu son testament. Mais dans les faits, le suicide, le désir de mort, la détestation du monde, la détestation de soi, surtout: c'était là depuis le début dans ses livres. Comme un appel au secours.

Et c'est ça qui est terrible, aussi. De savoir que la littérature, que l'écriture ne sauvent pas. On voudrait tant y croire. Et je sais, non pas parce qu'elle me l'a dit, mais parce que ses livres en témoignent, qu'elle y croyait aussi.

C'était ça, la force de Nelly Arcan. Parvenir à mettre en mots son malaise, son mal-être. Et nous rendre nous-mêmes mal à l'aise. Nous provoquer, franchir les limites entre ce qui se dit et ne se dit pas, aller au-delà ce que nous sommes prêts à entendre, tout en nous lançant en pleine figure son propre désarroi.

Sa force, c'était sa faiblesse. C'est effrayant de dire ça. Je sais. Mais il y avait dans ses livres, comme chez elle, je crois, cette fragilité, cette fébrilité qui débordaient derrière le masque. Tout ce qu'elle n'arrivait pas à contenir. Et qui s'emparait d'elle, de sa plume.

Nelly Arcan, pour moi, c'était d'abord une voix. Cette voix née avec Putain. Qui reste à mes yeux son plus grand livre. Au-delà du scandale, de l'aspect autobiographique du récit. Parce que c'était le premier? Je ne sais pas.

Je me souviens d'avoir été émue aux larmes par Putain. Par le récit en boucles de cette jeune femme prise dans un étau. Comme si la forme même du récit épousait son état d'esprit. Et son impuissance.

Je me souviens que dès la première phrase, très longue, du préambule, j'ai été happée. Je me souviens que physiquement, plus j'avançais dans ma lecture, plus j'étouffais.

Je me souviens que je trouvais qu'elle avait du culot, cette fille, Nelly Arcan, de parler comme ça, de façon aussi crue, aussi dure, du métier de putain. Je n'avais jamais rien lu de tel. Je n'avais jamais vu quelqu'un qui écrivait comme elle.

Ça n'avait rien de surfait. C'était lyrique, puissant. C'était de l'autofiction, d'accord. Mais qu'est-ce que ça veut dire au juste? On s'en fout des moules, des catégories, des écoles.

Christine Angot, Annie Ernaux, Catherine Millet... Même Marguerite Duras. Nommez-les toutes. Chacune a fait marque, chacune son style, son propos, son histoire. Nelly Arcan, c'était du Nelly Arcan, voilà.

Bien sûr, comme tout le monde, je me demandais, en lisant Putain, si c'était « vraiment vrai » tout ça. Mais surtout, ce qui me frappait, c'était cette voix, qui transcendait la question du vrai ou pas. On était dans la littérature, dans l'écriture, d'abord et avant tout.

Depuis, je n'ai pas changé d'idée. Je n'ai pas tout aimé non plus, des livres de Nelly Arcan. J'ai été un peu déçue par Folle, je l'avoue. Même si cette lettre désespérée à l'amant disparu est fulgurante par moments.

Pas folle, Nelly Arcan avait prévu le coup. « L'autre côté de la médaille de mon premier livre était son poids énorme qui écraserait le second », écrivait-elle dans Folle.

Il y a toujours eu des moments, quand je la lisais, où je me disais: « J'en ai marre, elle parle toujours de la même chose, c'est nombriliste au possible, ça tourne en rond. » Et il y a toujours eu des moments où je me suis dit: « Je suis devant une oeuvre, en train de se faire, qui ne ressemble à rien. »

Je dois dire que moi aussi, comme tant d'autres, j'étais agacée par elle, je parle de sa personnalité, de Nelly Arcan sous les spots, en représentation. Nelly la blonde pulpeuse, sulfureuse. Nelly la poupée Barbie, aux seins et aux lèvres gonflées. Au regard qui fuit.

Cette image plastique, dans laquelle elle s'empêtrait, avec laquelle elle jouait en même temps qu'elle se débattait, lui nuisait à tel point comme écrivaine, que plusieurs refusaient même de la lire. D'autres la lisaient, mais sans la prendre au sérieux, en regardant ses livres de haut.

C'était difficile de lire Nelly Arcan. Difficile de la lire au-delà de ce qu'elle appelait elle-même sa « putasserie », au-delà de ce qu'elle donnait à voir sur la scène médiatique. C'était le paradoxe Nelly Arcan.

Mais ce paradoxe était tout entier dans ses livres. Ses héroïnes, à bout de souffle, se débattent avec leur propre image. Toujours ce désir de plaire, cette obsession du corps, de la beauté, de la jeunesse éternelle, de la perfection. Toujours ce même cul-de-sac. Et en même temps, ce refus d'être prisonnière des diktats. On n'en sort pas.

Ce qui est sûr, c'est que peu de femmes, peu d'écrivaines sont allées aussi loin dans les méandres, le visqueux, le non-dit, dans les contradictions inavouables de ce qu'on appelle la féminité. Les questions que soulève son oeuvre dépassent sa propre démarche, son parcours personnel, sa biographie.

C'est toujours risqué de confondre un auteur et son oeuvre. Dans le cas de Nelly Arcan, c'était hypertentant. D'autant qu'elle se prêtait elle-même au jeu... tout en se disant blessée qu'on la confonde avec ses héroïnes.

C'est toujours risqué, aussi, de relire l'oeuvre de quelqu'un en sachant qu'il s'est suicidé. De tout relire, à la lumière de cette noirceur, de ce tunnel, de cette souffrance qui n'est pas arrivée à trouver une porte de sortie vers la vie.

Il y avait Nelly Arcan, il y avait ses livres. Nelly Arcan est morte, il reste ses livres.

***

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  • Gilbert Talbot
    Abonné
    vendredi 25 septembre 2009 23h55
    À la suite de Dédé
    En lisant votre texte madame Laurin, je ne pouvais que penser à Dédé Fortin, qui lui aussi nous avait annoncé son mal d'être dans Dehors Novembre. Il y a de la provocation pour ceux qui restent dans ces gestes définitifs qui suivent ces mots d'artistes écrivains, musiciens ou chanteurs...

    Il y aura aussi de quoi faire un film, plus tard, dans une couple d'année, quand l'esprit se sera refroidit.

  • Jerome Letnu
    Inscrit
    samedi 26 septembre 2009 01h52
    La belle Nelly
    Je n'ai aucune idée du talent de Nelly Arcan. Je suppose qu'elle en avait, puisque tant de gens qui s'y connaissent le disent.

    Que ce soit en littérature ou dans d'autres domaines, beaucoup de gens talentueux se suicident. Ce qui me frappe une fois de plus, c'est que les talentueux moches ont disparus en silence.

  • Georges Allaire
    Inscrit
    samedi 26 septembre 2009 03h14
    Quand un suicide tue l'écriture
    Une écrivaine, qui n'a rien trouvé de valable dans ce monde pour vivre, a vécu pour rien et est morte pour rien. Cruel mais réel: il n'y a rien là !!! Si on croit qu'il reste ses livres, c'est qu'on croit que des mots sur papier valent plus que la chair, le coeur et l'esprit.

    Dire que le Québec enseigne l'amour comme une prostitution. Dès la première école, on prend pour acquis qu'aimer c'est s'envoyer en l'air sans conséquence ou en charcutant le conséquent. On fait croire aux filles que faire l'amour fait partie de l'amour, que la passion assouvie par l'homme vient du coeur. Puis l'évidence crève les yeux et le coeur: il n'y a pas de coeur sans vie, contre la vie. Faire l'amour est un devenu un sans coeur. Et sans coeur on est sans vie.

    On se gèle ou on se tue. On est quand même mort.

    C'est le message de la petite école chez un peuple maintenant sans âme. - Qu'avait donc ce peuple qui a su passer de 60,000 à 6,000,000 et qui n'est même plus capable d'être là pour demain?

  • Denis-Émile Giasson
    Abonné
    samedi 26 septembre 2009 08h01
    Douleur.
    «Il y avait Nelly Arcan, il y avait ses livres. Nelly Arcan est morte, il reste ses livres.» et espérer à travers eux accéder, au delà de sa mort, à sa vraie nature. Comprendra-t-on que pour elle, le paraître -elle était belle, intelligente, célébrée- était mortifère.

  • Régent Picard
    Abonné
    samedi 26 septembre 2009 10h41
    Vivre avec du mal
    Comment faire pour que tous ceux et celles qui ne voient dans le vieillissement que décrépitude et abandon des autres voient enfin la lumière. Il faut enseigner à bas age à nos enfants que vieillir est un processus normal de la vie, que l'on devient meilleur et plus sage qu'il est normal que les jeunes nous remplacent et que l'on doit passer sereinement à autre chose, que la vie est belle même lorsqu'on est vieux. Alors seulement le taux de suicide baisserait.

  • Jacques Morissette
    Abonné
    samedi 26 septembre 2009 11h18
    Nelly Arcan n'aura pas su combattre les démons de son conte de fée.
    Elle avait la fougue et l'intelligence comme de précieux atouts, mais était-ce uniquement pour chercher à se défaire des liens qui la retenaient au port de son passé et peut-être aussi de son destin?

    Je présume qu'elle aurait probablement voulu voir la lumière au bout du tunnel, mais ses démons l'auront empêché de faire le cheminement qui aurait pu la libérer.

    Permettez-moi par conséquent d'offrir à ses proches mes sympathies et de présenter à Nelly, vu les secrètes souffrances de son vivant, toute mon empathie pour son malheureux voyage sans retour.

    jm, Mtl

  • André Michaud
    Inscrit
    samedi 26 septembre 2009 11h53
    Quelle tritesse!
    La lecture des deux premiers volumes de Nelly Arcand fut très pénible pour moi. Certe une écrivaine maitrisant parfaitement la langue, mais quelle tristesse!! Quand le sexe (eros) devient une image de mort (thanatos) pour un individu, quel espoir lui reste t'il?

  • Gilbert Talbot
    Abonné
    samedi 26 septembre 2009 12h12
    Et ce matin on apprend la mort de Pierre Falardeau
    Après la mort de Nelly Arcan, on apprend ce matin le décès de Pierre Falardeau, mort du cancer. Là, le Québec vient de perdre une partie de son âme, de son coeur, de son courage, de ses tripes. Il ne s'est pas suicidé. Il a souffert du cancer jusqu'à la fin. Il ne vivait pas pour lui. Il a vécu pour l'avènement d'un pays, comme les Patriotes qu'il a faire revivre pour retrousser notre fierté. Le texte que Bernard Landry a lu au Moulin à paroles, la dernière lettre du Chevalier de Lorimier, avait d'abord été rendue publique dans le film de Falardeau : 15 février 1839. C'est un éloge de la liberté, de la lutte jusqu'à mort pour libérer son peuple. Quel contraste avec le suicide de Nelly, enfermée dans sa beauté féminine superficielle. Vous savez ce que mon grand-père - un simple bucheron - disait de la beauté : «la beauté ce n'est que l'épaisseur de la peau» (phrase célèbre de Ovide Talbot)

  • Andrée-Anne Clermont
    Inscrite
    samedi 26 septembre 2009 12h28
    Une écrivaine, mais d'abord une personne
    Le suicide de Nelly Arcan frappe, comme frappent les suicides de tous les personnages médiatiques. Son éditeur québécois affirme qu'il "ne comprend pas" son geste. Il est sous le choc, c'est naturel.

    Mais qu'y a-t-il de surprenant à ce qu'une personne immensément souffrante décide, à bout de souffle, de mettre un terme à ses jours ? Si certains s'en étonnent, c'est qu'ils sont de mauvaise foi.

    Lorsque la souffrance est inscrite partout, en toutes lettres, même si on la recouvre sous le voile de l'autofiction, on est bien mal venu de s'étonner qu'elle mène à la mort. On devrait plutôt s'étonner de ne pas s'être douté que cela ne puisse arriver.

    Avant d'être écrivaine, Nelly Arcan était une personne : elle s'appelait Isabelle Fortier. Un nom simple, ordinaire, qui pourrait être celui de milliers d'autres personnes qui souffrent.

    Elle a estimé qu'elle ne pouvait plus continuer, qu'elle ne pouvait plus vivre, qu'elle n'y arrivait plus. Et elle a préféré s'arrêter là. Le mal dont elle souffrait aurait-il pu être guéri, ou du moins apaisé ? N'est-il pas un peu facile de croire que la littérature aurait pu être pour elle une médecine durable ?

    Isabelle Fortier, cette jeune femme au nom tellement plus tendre et fragile que le pseudonyme qu'elle s'était choisi, a toute ma compassion posthume. Sa souffrance a trouvé un terme... Celle de ses proches sera longue à soigner. Je leur offre toute ma sympathie pour la perte de leur Isabelle.

    A-A Clermont
    Montréal

  • Guy Huard
    Abonné
    samedi 26 septembre 2009 12h30
    Une voix vraie
    Nelly Arcan était la raison pour laquellle je ne manquais jamis le Ici les jeudis dans le métro. J'aimais sa façon de dire les choses, j'ai même découpé certains de ses billets, moi qui n'avais jamais terminé son premier roman. Amalgame de courage et de fragilité, elle a tenu à regarder la réalité dans les yeux. Je suis du mêm pays, j'aurais pu être son père, mais elle était pour moi une soeur de mots.

  • Isabelle Agathe Martin
    Inscrite
    samedi 26 septembre 2009 15h00
    Mon écran s'est ouvert sur Nelly Arcan...
    Vendredi matin, j'ouvre l'écran qui me relie au monde et paf! En pleine face, Nelly Arcan... Quoi? Comment? Maintenant, je sais, je comprends, je revoie la photo d'hier, qui me semble-t-il était issue de l'émission Tout le monde en parle. Puis, le film de cette entrevue se met en mode «tournage» dans ma tête. C'était et cela demeurera la dernière vision vivante que j'en garderai. Je n'avais pas apprécié l'entrevue et l'interaction sur le plateau de cette émission qui avait l'habitude de faire mes beaux dimanches et que j'ai progressivement délaissée depuis. Pourquoi? Parce que j'y sentais toute la tourmente et la douleur du poids de son expression littéraire, comme si son authenticité, sa singularité artistique devaient être alliénées pour que tout le monde en déparle.

    Comme si la vie qu'elle exprimait de sa plume si particulièrement contemporaine n'aspirait pas à meilleur entendement. J'ai acheté Putain, il y a plusieurs années, mais je ne l'ai pas encore lu complètement. Un jour, je nous le souhaite, vous comprendrez pourquoi. Car, derrière les portes closes, il y a des choses qui nous indisposent... je finirai bien par vous parler de la chose et ce, avant que tout n'explose!

    Déjà que j'avais lu Catherine Millet, je n'étais définitivement pas prête pour Nelly Arcan «Putain». C'est le seul livre de madame Arcan que j'ai en ce moment, mais je les aurai tous incluant Paradis, clef en mai.

    De la base de mon clavier, je vous salue madame Arcan en mon nom et au nom de tous les mots qui traduisent les maux de notre condition féminine.

    Au nom de la mère, de la fille et du saint-esprit féminin. Amen.

  • Pierre François Gagnon
    Inscrit
    samedi 26 septembre 2009 16h02
    La voix(e) du féminisme nihiliste...
    La lisant, aussi brillante écrivaine soit-elle, je ne pouvais pas m'empêcher de faire le constat très triste et redoutable que, comme un très grand nombre de Québécoises, elle était incapable de ressentir de l'intérieur même ce que peut être la pulsion masculine à travers la dialectique occidentlae des sexes.

    Il lui manquait certaines lectures prédéterminantes, surtout les grands classiques des philosophes taoïstes. Peut-être aurait-elle alors compris les subtilités réciproques du Yin et du Yang. Cela lui aurait causé un détournement de névrose. Eh oui, cela l'aurait sauvée tout net. Aussi bête que cela. Elle aura donc, au contraire, été bouffée toute crue par la tradition judéo-chrétienne complètement folle à ce sujet.

    Car Nelly a été été capable de relativiser culturellement la mentalité judéo-chrétienne dont est pétri le féminisme nihiliste typiquement québécois, lequel l'a poussée au suicide à plusieurs reprises. Je l'ai lu en clair dans "Putain". Il suffit pour le comprendre de provenir soi-même d'une famille de catholiques fondamentalistes.

  • Marie-Jose Clermont
    Inscrite
    samedi 26 septembre 2009 17h53
    Bonjour tristesse
    Pauvre Nelly, c'est dans ce costume que tu n'as pas su te sauver, apprivoiser ton mal de vivre pour t'en faire un chapeau, à montrer, à porter comme une protection a s'offrir.Tu t'es drapée dedans ta peine comme dans un peplum mortifère et ta plume incandescante n'a pas su
    taillaider cette peine et la faire virer.
    Mais c'est Isabelle qui est morte et qui fera comme bien des suicidés nous font en partant, creuser un grand trou de douleur qui nous fera trébucher pour encore tres longtemps,

  • Jean Pageau
    Abonné
    samedi 26 septembre 2009 20h56
    ha quelle tristesse
    c est comme un coup point a la figure j ouvre mon ordi qu es que je vois nelly arcan s est enlevée la vie j en reviens pas il aurais fallu d un geste d un mot d un appel pour peut etre lui sauver la vie nelly que ton ame repose en dans le royaume de dieu j pageau@globetroter net

  • Ginette Bertrand
    Inscrite
    dimanche 27 septembre 2009 03h57
    @ Isabelle Agathe Martin
    C'est le souvenir de l'entrevue à Tout le monde en parle qui m'est aussi sautée au visage en apprenant la mort de Nelly Arcan.

    Come vus, j'avais assisté avec un malaise croissant à cette entreprise de démolition de "Bimbo" dans lequel les animateurs et d'autres gentilhommes sur le plateau s'étaient livrés sans vergogne, certains n'hésitant même pas à plonger dans son décolleté.

    C'est à peine si elle avait pu commencer quelques phrases qu'on le lui a jamais donné la chance de finir. Je m'étais dit alors que ça ne devait pas être facile tous les jours d'être une Nelly Arcan dont on n'attend rien de plus qu'un soit belle et... tais-toi donc.

    J'ai commencé par la suite à lire ses chroniques dans le JdM et le ICI. J'appréciais grandement l'étendue de son vocabulaire, son style bien personnel et les idées qu'elle défendait. Je n'avais pas cru bon de me procurer ses livres, mais je vais le faire sans attendre.

    Repose en paix, ma belle grande écorchée.

  • Dominique Girard
    Inscrite
    dimanche 27 septembre 2009 08h05
    Nelly Arcan, la funambule
    Le personnage Nelly Arcan était sexy, talentueuse et couronnée de succès. À l'instar de Marylin Monroe qui a posé nue avant de devenir actrice, Nelly Arcan a vendu son corps avant de devenir écrivaine. Et comme Norma Jean, Isabelle Fortier a changé d'identité.



    Sylvia Kristel, Brigitte Bardot (et d'autres femmes ayant misé sur leur beauté et la sexualité en début de carrière), ont vécu des dépressions, des problèmes de consommation d'alcool, de drogues ou de médicaments. Romy Schneider a mis fin à ses jours, alors qu'elle avait encore une longue carrière devant elle. Jouer publiquement avec notre identité et notre image n'est pas banal. On peut se perdre.



    Le métier d'écrivain est « risqué». Le travail d'écriture requiert une introspection qui, par sa nature, isole l'auteur durant des périodes plus ou moins longues. L'écrivain travaille seul, plongé dans ses réflexions, ses questionnements, et parfois ses tourments. Il est souvent son pire critique, et parfois son pire ennemi. Inatteignable, fragile et fort, tel un funambule entre ciel et terre.



    Dans le milieu littéraire, des prédateurs entretiennent et exploitent l'image de l'artiste tourmenté. Comme le remarque Nancy Huston dans son essai « Professeur de désespoir », une partie du milieu cultive et valorise la douleur de vivre moderne, occultant les drames individuels au profit de l'art avec un grand « A ». Pour les créateurs le réveil peut être brutal, voire fatal.



    Lorsque la vie privée de l'écrivain côtoie si intimement son oeuvre, comment tracer une frontière? Nelly Arcan - ou Isabelle Fortier? - aura fait un choix. Nous ne pouvons que le respecter.

    Dominique Girard
    Membre de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois

    Le 27 septembre 2009

  • Pierre Tremblay
    Inscrit
    dimanche 27 septembre 2009 08h43
    Raccourcis
    M. Gagnon, vous faites des raccourcis un peu gros: famille catholique fondamentaliste, tradition judéo-chrétienne, féminisme nihiliste, mentalité québécoise, tout cela sur un même fil conducteur? Faut-il attendre les suicides par centaines et milliers d'ici peu faute de livres disponibles sur le taoïsme?

  • Pierre Tremblay
    Inscrit
    dimanche 27 septembre 2009 20h37
    @ GINETTE BERTRAND..
    Désolé, je n'ai pas vu l'émission mais si j'écoute vos propos, elle a récolté ce qu'elle semait. Si elle arrive sur un plateau costumée pour attirer l'attention, ne vous scandalisez pas si on ne regarde que votre beauté. Arrivée sur un plateau simple et coquette , vous aurez plus de chance à attirer les regards sur votre livre.


    C'est comme les HELSS et/ou les tatouage de violence. C'est pour faire peur aux autres. Si elle croyait que ça prenait des bébelles sensuelles, elle a récolté ce qu'elle a semé. POINT à la ligne

  • Guy Pilon
    Inscrit
    dimanche 27 septembre 2009 20h38
    Fichue pulsion, mais au fait ...
    Mais au fait, qu'a donc d'"occidentale" cette fameuse pulsion ?

  • H. Béatrice Smart
    Inscrite
    dimanche 27 septembre 2009 22h58
    Mais où est donc ton papa chère Nelly?
    Derrière le suicide de toute femme se cache une petite fille blessée. Blessée par des abus ou blessée par l'absence d'un père qui sait... Tous les gens qui l'ont connue, côtoyée et entourée savaient qu'elle se rendrait là un jour. Les nouvelles nous ont appris que la mère est arrivée chez elle le soir du drame.Et papa? Où était-il? Que représentait-t-il dans sa vie? Quand on sait que la séduction de la femme renvoit souvent au rapport de la jeune fille au père, je crois qu'il nous manque des pièces au puzzle afin de comprendre son geste. RIP

  • Virginie Tremblay
    Inscrite
    lundi 28 septembre 2009 12h59
    Marilyn, version Nelly Arcan
    Touchante, malgré un vide profond, une absence dans le regard, et une créativité d'un noir profond. Naïve Nelly, même, fragile et invivable. Des obsessions incurrables, un manque d'amour d'elle-même... Pouvait-on vraiment la détester et la critiquer ? Ou était sa conscience dans cette entrevue (www.tv5.ca) ? Ce qu'on lui trouve de superficiel, moi je le trouve d'une transparance tranchante.

  • Huguette Gagnon
    Inscrite
    lundi 28 septembre 2009 17h23
    Nelly, tu vas nous manquer !
    Quel beau titre ! Nelly la magnifique, ne se trouvait pas assez joli , mais je crois que son mal de vivre était plus grand que ça. Au Québec parfois, on a de la difficulté à accepter les gens trop beau ou trop intelligent, Nelly était à la fois belle et surtout elle était très brillante.
    Qu'est-ce qui pouvait tant dérangé chez Nelly ? On a toujours trop de chose à faire , et pas assez de temps pour écouter. Pourtant, on y gagnerait. J'avais déjà lu tous ses romans, aujourd'hui je prends le temps de lire ou relire ses chroniques, elle avait une voix unique, et vraiment elle laisse un grand vide dans le paysage littéraire et intellectuelle du Québec.
    Au revoir Isabelle !

  • l'Acêtre
    Abonné
    lundi 28 septembre 2009 21h17
    Pourquoi?
    Mme Laurin, le 26 septembre, j'ai rédigé un long commentaire pour votre blogue suite au décès de Nelly Arcan. Mais aucune trace sur ce site. Je me pose les questions suivantes. Je ne suis pas familier avec les blogues de journalistes cependant. Exercez-vous une censure? Je n'avais pas de propos litigieux. Faut-il être dans le gout du jour? Y a-t-il un manque d'espace pour les commentaires? Mon texte porte-t-il à controverse?
    Merci Madame
    Jean-Maurice Demers
    jeanmdemers@sympatico .ca

    Le revoici, au cas...

    Lettre à Isabelle

    NELLY... Nelly... La nouvelle de ton suicide dans Le Devoir de ce matin m'a effrayé au plus haut point. Ma peur, ma phobie, tel un tsunami, a soudain déferlé le long de ma colonne pour éclater en lourds sanglots dans mon esprit incrédule. Ta mort Nelly, comme toutes les autres, charrie son cortège de douleurs, de larmes et surtout elle sonne le début d'une longue absence qui n'ira qu'en s'amplifiant. Je ne cherche pas à comprendre Nelly, je ne te demanderai pas pourquoi. Cette question est indélicate. J'en ai tant d'autres à te soumettre.

    Avais-tu achevé toutes tes recherches? Trouvé toutes tes réponses? Se pourrait-il que tu sois parvenue au terme de ta vie, au moment où l'on rassemble enfin ses acquis? Ton '' Paradis, clef en main '' est-il le manifeste qui boucle la boucle de tes douloureuses recherches? À travers l'alcool, les paradis artificiels, les expériences limites d'une vie tumultueuse de paradoxes à résoudre, après avoir fait le tour de ton jardin et mangé les doux fruits de la passion comme les plus âcres d'un insupportable questionnement au-dessus de l'abime. Es-tu entré en gare?

    La mort, pourtant inéluctable, s'enferme ici au Québec dans les plus oppressants tabous d'un peuple d'artistes tourmentés par celle qu'il ne veut pas voir en face, imaginez le suicide. On le traite comme un mélanome, un cancer de la vie. Madame Laurin, vous écriviez ce matin que '' le suicide, le désir de mort, la détestation du monde, la détestation de soi, surtout : c'était là depuis le début dans ses livres. Comme un appel au secours ''.

    Madame, se peut-il qu'émue aux larmes et troublée par les trop douloureuses recherches de Nelly, vous interprétiez dramatiquement le suicide d'Isabelle Fortier? Peut-on avoir un autre regard sur le suicide? Il me semble n'être pas toujours un geste de désespoir. Se peut-il, Madame, qu'on puisse se suicider le jour de l'Action de grâce quand la forêt éclate de toutes ses couleurs, les cheveux caressés par une douce brise de début d'automne, le visage savourant le Soleil et les yeux perdus dans l'immensité d'un ciel bleu? Sans cris, sans angoisse ni terreur, mais uniquement conscient d'être arrivé au terme, à la fin d'une expérience de vie ou d'une incarnation, c'est selon.

    J'ai connu un semblable désir d'achèvement. Il y a un peu plus de trois ans, ma femme, ma douce et aimante compagne, mon ange sans défaut incarné dans un corps beau à jamais, ma complice de 26 ans de vie commune a trouvé la mort à deux pas de la maison, presque sous mes yeux, broyée dans sa petite voiture par un bolide fou de vitesse. Après une descente aux enfers, une profonde dépression, deux tentatives de suicide et un séjour à Louis-H Lafontaine, une crise cardiaque et une intervention au coeur, j'ai compris que ma vie en était probablement à son terme. Peut-on sereinement regarder sa mort comme un terminus?

    Même si l'on a comme moi cinq fils aimants, de beaux jeunes adultes bien dans leur peau, et six magnifiques petits-enfants. Il arrive que les années qui restent à vivre deviennent soudain son temps dur? Tel Prométhée enchainé par Zeus au rocher de la vie, le coeur dévoré sans cesse par les innombrables souvenirs d'un bonheur souvent parfait. Encore 10, 15, ou même 20 ans, il ne faudrait surtout pas que ça s'éternise.

    Mais, oui il y a un mais salvateur, l'amour, l'unique antidote à l'instinct de mort. La symbiose d'un couple, hétéro ou homo, à jamais uni devant et dans un ailleurs incertain, ultime protection, armure inviolable devant les attaques d'un dieu jaloux et vengeur : Zeus. Enveloppé du voile de l'âme soeur, on ne craint ni la mort ni les souffrances de sa vie. Mais lorsque l'autre nous quitte après tant d'années, lorsque le couple se déchire, se brise telle une coupe de cristal, on peut conclure comme le chantait Charles '' il faut savoir quitter la table quand l'amour est desservi ''. Oui, savoir quand et comment mourir. Mais, si je gâchais ainsi toutes mes chances de la retrouver, d'être à nouveau son amant ou sa maitresse dans une prochaine vie? Qui sait?

    On ne connaitra jamais les dernières réflexions d'Isabelle Fortier, peut-être elle était sereine, enfin nue et pure comme à sa naissance après avoir enlevé le costume de la superfemme Nelly qui l'a tant servi?

    Merci

    PS. J'espère de tout coeur que tu as trouvé ton oasis. Mais, quelques jours après la mort, l'esprit cherche encore souvent avec horreur à comprendre ce qui lui arrive. Isabelle, je t'en conjure, contacte ma femme, ange redevenu, elle t'aidera.

    Jean-Maurice Demers
    Est de Montréal
    552, rue Beausoleil
    514-642 5920

    Madame Laurin, je sais que mon commentaire n'est pas à mettre entre toutes les mains. Cependant, je n'y fais pas l'apologie du suicide, j'ai tout simplement exploré une autre voie que je connais bien et je regarde si elle ne s'appliquerait pas à Isabelle Fortier.

    Madame, utilisez mon texte à votre convenance, cependant, attachez-y mon nom.

  • Marie-Chantal Laliberté
    Inscrite
    mercredi 30 septembre 2009 01h07
    La prison de verre
    Nul part je n'ai vu que quelqu'un aie compris que si
    son corps était devenu parfait, c'était surement dans ses années folles et que maintenant elle pensait que la beauté et le désir n'apporte pas le bonheur.

    'Plaire c'est déjà mentir' dirait Apollinaire.

    Très peu d'entrevue d'elle. Un souvenir.
    Je tombe sur ' Tout le monde en parle.'
    Et là... je regarde, attéré, scandalisé..On rit..On la traite, tour à tour, de putain, de paires de seins, de frencheuse et de tordeuse de bras. Au premier degré,
    superficiel, cruel.. On ne l'écoute pas.

    Son beau visage a pâli...blessé.

    Souvent, en rêve elle a senti la lame.
    Afin que la défiguration extérieur, ressemble à celle de l'intérieur.
    Sombre,triste, laide.
    Défiguré. Elle aurait été comprise.
    Anonyme. Elle serait la parmis nous.

    Hier, c'est la prison de verre s'est brisé, le miroir de sa vie à éclaté à trop s'exposer au regard des autres.

    Alors de sa prison de verre ne restera plus que le papier.

    Demain cette poupée de rêve ne s'appellais plus Georges Sand, mais juste Nelly Arcan..

    R.I.P.

  • Andrée Gagné
    Inscrite
    samedi 24 octobre 2009 22h31
    Image Forte
    Déjà 1 mois et il me semble que tu es toujours ici. Je ne peux imaginer que tu sois morte alors que l'automne est si doux.

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