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Mourir la plume à la main

Tant d'écrivains ont choisi le suicide. Poids de la lucidité? De la liberté? D'une vérité fuyante à traduire? Mystère aussi des sensibilités brisées par une décevante réalité...

Odile Tremblay   26 septembre 2009  Livres
Il est si tentant de chercher mille explications psychologiques au suicide de la romancière Nelly Arcan. Pour se rassurer soi-même, pour caser quelque part dans sa raison la peur du grand gouffre: ce moment qui sépare la respiration du néant, avec la souffrance de l'agonie au milieu. On peut évoquer la douleur présente dans tous ses livres, l'aspiration à l'éternelle beauté tissée de jeunesse, avant qu'elle ne fane; soudain à portée de main.

Dire tout cela et son contraire sur celle qui écrivit Folle, Putain et Paradis, clef en main, ce dernier à publier de façon posthume, avec son style concis qui trempait la plume dans la plaie sans s'offrir la consolation d'enjoliver une insupportable réalité, consiste sans doute à passer à côté de l'essentiel, qui glisse sans s'expliquer. Nelly Arcan n'aimait guère le psychologisme de toute façon...

Alors, décoder, traquer la phrase écrite annonçant le geste... Le mystère demeure entier quand une jeune femme belle et amoureuse décide de faire le grand saut. Encore que la mort de Nelly Arcan, par-delà sa tragédie personnelle, est aussi celle de la condition féminine, qui fut son fer de lance. On cherche à comprendre, en sachant vaine la tentative d'explication: Drame de la confusion de l'être et du paraître, alimentée à pleins médias, revendiquée par elle dans une ivresse de séduction universelle, avec une date de péremption dans un futur plus ou moins rapproché? Oui, mais encore?

Reste que nombreux sont les écrivains à avoir choisi le suicide. À croire que la lucidité, la pensée individuelle, l'angoissante quête d'une vérité éternellement fuyante, traquée en idées, en mots, ouvraient souvent des portes sur un inaccessible absolu. Ici, une déclaration ultime avant d'entrer dans la légende; là, la mort élargie d'une société, dont l'individu doté d'une surconscience se fait le symbole immolé; ailleurs, la sensibilité écorchée, épuisée de vivre. Ajoutez au tableau des motifs possibles ce désespoir né sur le terreau de l'enfance, que la littérature ne saurait apaiser, la mort de Dieu, le poids de la liberté, la lucidité trop grande, ce maître mot, le refus de dormir sur terre parmi les somnambules. Tout le romantisme du geste appartient à ceux qui restent. Mais ce moment terrible avant l'acte... Ce dernier regard, ce cri muet, qui les décodera?

Rapprocher le suicide du grand auteur québécois nationaliste Hubert Aquin en 1977 à celui de Nelly Arcan semble dérisoire, tant leurs univers, leurs préoccupations ont divergé. Encore que tous deux portaient depuis longtemps la mort en eux avant de franchir le gué. « Le vide qui m'entoure semble émaner de mon existence démantelée », écrivait Aquin. Arcan aurait pu exprimer les mêmes mots, en y greffant d'autres images.

Les écrivains japonais furent particulièrement nombreux à choisir le moment de leur mort, de Kawabata à Mishima. Akutagawa, l'auteur de Rashomon et autres contes, avait laissé, avant de tirer sa révérence, cette note d'un rare laconisme: « Une vague inquiétude... » Le Japon, marqué par la tradition des samouraïs, considère davantage que d'autres sociétés le suicide comme une porte de sortie honorable. Il devient en sol nippon au besoin acte politique, comme à travers la méthode atroce et spectaculaire choisie par le nationaliste Mishima, décédé par hara-kiri, en appelant à lui l'âme et le sang de son empire à ressusciter.

D'autres, comme la Britannique Virginia Woolf, depuis toujours hantée, brisée, psychologiquement perturbée, ont trouvé dans l'abîme sans doute une vraie libération. Le Suédois Stig Dagerman, auteur de l'admirable Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, après diverses tentatives qui l'avaient laissé estropié, rencontra enfin la Grande Faucheuse, femme de sa vie. Le Français Romain Gary, englouti par le poids de son double littéraire Émile Ajar, plongea à son tour. Le grand écrivain juif autrichien Stefan Sweig se donna la mort avec sa femme sur une terre d'exil, refusant de regarder plus longtemps la civilisation sombrer sous le joug d'Hitler.

À chacun sa raison intime, sa fêlure, son vertige, sa révolte, son impuissance. À chacun sa part d'ombre qu'il emporte avec lui. À tous le repos après tous ces tourments. Ni putain, ni folle, juste brisée.
 
 
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  • Claude Kamps
    Inscrit
    vendredi 25 septembre 2009 23h33
    La fin préaturée ou programmée à la naissance...
    Pour moi le suicide est très simplement quand la mort est plus facile que la vie.
    Y en a qui voient la vie en rose, d'autre en noire, mais il continue leur vie le temps programmé dans leurs gènes.

    Ceux qui partent par eux même ont leur vie court-circuitée par la facilité de la mort.
    On ne peut demander à chacun de voir a tenir en vie son voisin, beaucoup trop se tuerait à la tache.

    Plus de 4 suicides par jours au Québec, viennent confondre la vie de ceux qui reste et malheureusement ou heureusement on ne peut pas y faire grand chose, nos ADN sont programmés bien avant notre naissance par des milliers de grands parents de notre lignée.

    Ça c'est sans compter ceux qui rate leur suicide sciemment pour un appel à l'aide...

  • Dominique Girard
    Inscrite
    samedi 26 septembre 2009 07h44
    Nelly Arcan, la funambule
    Par Dominique Girard, membre de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ)

    Le 25 septembre 2009





    Le personnage Nelly Arcan était sexy, talentueuse et couronnée de succès. À l'instar de Marylin Monroe qui a posé nue avant de devenir actrice, Nelly Arcan a vendu son corps avant de devenir écrivaine. Et comme Norma Jean, Isabelle Fortier a changé d'identité.



    Sylvia Kristel, Brigitte Bardot (et d'autres femmes ayant misé sur leur beauté et la sexualité en début de carrière), ont vécu des dépressions, des problèmes de consommation d'alcool, de drogues ou de médicaments. Romy Schneider a mis fin à ses jours, alors qu'elle avait encore une longue carrière devant elle. Jouer publiquement avec notre identité et notre image n'est pas banal. On peut se perdre.



    Le métier d'écrivain est « risqué». Le travail d'écriture requiert une introspection qui, par sa nature, isole l'auteur durant des périodes plus ou moins longues. L'écrivain travaille seul, plongé dans ses réflexions, ses questionnements, et parfois ses tourments. Il est souvent son pire critique, et parfois son pire ennemi. Inatteignable, fragile et fort, tel un funambule entre ciel et terre.



    Dans le milieu littéraire, des prédateurs entretiennent et exploitent l'image de l'artiste tourmenté. Comme le remarque Nancy Huston dans son essai « Professeur de désespoir », une partie du milieu cultive et valorise la douleur de vivre moderne, occultant les drames individuels au profit de l'art avec un grand « A ». Pour les créateurs le réveil peut être brutal, voire fatal.



    Lorsque la vie privée de l'écrivain côtoie si intimement son oeuvre, comment tracer une frontière? Nelly Arcan - ou Isabelle Fortier? - aura fait un choix. Nous ne pouvons que le respecter.







    Dominique Girard
    7510, rue Latouche #2

    Brossard

    J4Y 3H2

  • Gervais Pomerleau
    Inscrit
    samedi 26 septembre 2009 22h46
    Pourtant si simple... et si complexe
    Les réalités ne sont pas toutes valables également pour tout le monde. Ce que l'un prend pour une boutade, une incompréhension est vu par l'autre comme un échec. A qui, à quoi attribuer la faute?
    Des jeunes incompris décident ainsi de partir délibérément parce qu'on n'a pas su comprendre leurs déchirements intérieurs. Mal aimés, repoussés, ils se sentent exclus, rejetés par un monde qui ne les comprend pas.
    Un écrivain s'enferme dans son univers personnel ou se suicide, et on fait mine de ne pas comprendre. Ou mis sur un piédestal où il n'a pas droit à l'erreur, au risque de se rompre le cou ou à l'opposé, plus méprisant encore, on se fout de ses efforts pour améliorer le monde.
    Oui je sais ce que c'est. Facile à dire, me dira-t-on. Mais vu mon parcours personnel, avec 26 titres sur le marché pour ne servir que de serpillière à des critiques qui prennent un orgasmique plaisir à se regarder vomir sur une oeuvre dont ils seraient incapables d'écrire la première phrase, je sais ce dont je parle.
    Ah non, je ne peux pas accuser les critiques du devoir de vomir sur mes écrits. Ils n'ont même jamais eu la souplesse intellectuelle nécessaire pour se pencher sur mon travail. Alors les élégies en forme de larmes de crocodile du cahier littéraire...

    Gervais Pomerleau

  • Claude Trépanier
    Abonné
    dimanche 27 septembre 2009 14h58
    @ madame Dominique Girard ...de Lorraine Dubé
    Merci pour votre témoignage, un bel hommage.

    Vous écrivez:"...Romy Schneider a mis fin à ses jours, alors qu'elle avait encore une longue carrière devant elle..."

    Nulle intention de mettre en doute la véracité de vos propos, puisqu'elle avait en effet une carrière prodigieuse. J'ose ajouter que Romy Shneider vivait cependant un drame épouvantable, soit celui de la perte de son fils David à peine âgé de 13 ans. Un accident, une chute amortie par une clôture.

    Je ne peux prétendre de l'état d'esprit de l'actrice avant le décès de son fils, mais je présume que pour plusieurs, la perte d'un enfant serait suffisante pour commettre l'irréparable.

    Si en plus d'un mal de vivre, s'ajoutent des drames d'une telle ampleur, il n'en faut pas plus pour que le monde s'écroule. Aucune possibilité pour certains d'entrevoir un autre horizon.

    Déplorables que ces pertes de vie, de gens trop souvent d'un calibre à part, qui ont tant à apporter. Trop triste que ce taux de suicides dont le Québec hérite du titre de chef de file.

    Une question?! Sommes-nous certains que Nelly Arcand s'est vraiment suicidée? Je n'ignore pas qu'elle ait déjà fait une tentative. Était-ce un appel à l'aide? Certains ont vécu pareilles situations sans jamais passer à l'acte par la suite. A-t-elle laissé une lettre?

    J'ai eu le doute d'une soirée bien arrosée, avec peut-être l'ajout d'une substance illicite, je dis bien peut-être...et simplement la volonté de dormir jusqu'au lendemain, et par conséquent, par accident et involontairement, le mélange mortel? N'est-ce pas une possibilité? J'ai eu ce doute en constatant ses nombreux projets, et, sa fierté du livre à venir.

    Ce livre est consacré au suicide!!! J'en conviens. Je sais qu'il suffit parfois d'un bref instant pour que tout bascule, malheureusement...
    Dommage! Quelle perte!
    Lorraine Dubé

  • luc bedart
    Inscrit
    dimanche 27 septembre 2009 16h45
    une amasone de mois pour la grande region de montreal
    nelly arcan étais une amazone pas celle de la grece antique mais celle du 21 iem siecle par la beauté et la résiliance elle c'est consommer par lInterrieur comme un garde forestier qui manque d'air et qui na pas de depaneur pour reprende une boufée d'air frais.

    Pourquoi dit-on d'une femme qu'elle est "une amazone" De ces femmes dont la légendes racontent qu'elles sont toutes plus belles les unes que les autres, et que les guerrières subissaient l'abattions du seins droit ou gauche pour augmenter leur agilité au tir à l'arc au combat.

    Grecs contre les Amazones, est également un thème populaire : il figure sur l'anvers du bouclier d'Athéna Parthénos ou encore sur le trône de Zeus à Olympie si vous visiter ce pays.

    Comme l'écrivait une jounaliste qui l'a connu Jusqu'à son dernier souffle, Nelly Arcan aura été obsédée par son image et engagée dans une course infernale contre le temps. Si elle avait été moins souffrante psychologiquement, moins sous l'emprise d'un mal de vivre qui la rongeait, elle aurait peut-être pu apprendre à vieillir avec grâce et sérénité. Elle a plutôt choisi de partir dans la splendeur de ses 36 ans, en nous laissant une foule de photos qui finiront par jaunir, mais des écrits sublimes et poignants qui, eux, survivront à coup sûr au temps.

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