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Authentique

Danielle Laurin   5 septembre 2009  Livres
Francine D’Amour
Francine D’Amour
Six livres en plus de 20 ans, cinq années écoulées depuis son petit dernier, Retour d'Afrique: une auteure qui se fait trop rare, Francine D'Amour. Le genre à se laisser désirer. Et qu'on retrouve, chaque fois, avec le sentiment de renouer avec une bonne amie perdue de vue.

Cette façon qu'elle a d'établir d'emblée une connivence avec vous. De vous traiter aux petits oignons, avec élégance, délicatesse. Toujours pleine d'égards pour vous, mais sans en faire trop. Vous vous sentez choyé, intelligent aussi. Vous en valez la peine, vous dites-vous, vous valez la peine qu'on déroule le tapis rouge pour vous, qu'on vous serve autre chose que du fast-food.

Cette façon qu'elle a de parler d'elle, et des autres. De rire de ses propres travers, et de ceux des au-tres, bien entendu. Distance, ironie, autodérision... À la limite du cynisme, parfois. Méchante, par bouts. C'est là depuis le début, depuis Les dimanches sont mortels, récompensé par le prix

de l'Académie des lettres du Québec en 1988.

On lui pardonne de s'égarer un peu par moments. De raconter en détail certaines scènes, certains événements qui paraissent superflus dans le cours du récit. Où s'en va-t-elle avec ça? Et puis voilà, ça finit par se tenir. C'est coloré, vivant. Un talent de conteuse, oui, très certainement.

Venons-en à son nouvel ouvrage: Pour de vrai, pour de faux. Un recueil de nouvelles. D'accord. Mais plus qu'un recueil de nouvelles, en fait. C'est-à-dire: il y a des histoires, oui. Mais aussi des mises en situation, des retours, des renvois, des notes de toutes sortes... qui en expliquent la genèse.

Cela pourrait tomber dans le je-me-moi en train de se regarder écrire; pas du tout. Cela pourrait faire lourdaud, pédago-pédagogique, du type «manuel à l'usage des apprentis écrivains». Nenni.

Bon. Je vous explique. D'abord, un texte où l'auteure raconte ni plus ni moins comment elle en est venue à s'approprier l'histoire d'un de ses élèves en français au cégep, pour la déformer, lui donner une autre couleur, une autre texture, bref, en faire un texte de fiction portant sa signature à elle.

Suit le texte en question. Où un ado, surnommé Jérémie, se retrouve pris entre deux feux: son père et sa mère en train de se chicaner, sur l'autoroute glacée, en pleine tempête de verglas. Pathétique. Et tragique pour le pauvre Jérémie, dont la vie va basculer.

Troisième texte du recueil: une lettre, adressée au garçon en question (celui de la fiction...), signée supposément par son père, éploré, touchant, qui tente de rebâtir les ponts entre eux. Fin de l'histoire. Mais ce procédé — par lequel l'auteure donne la parole à des personnages inventés ou inspirés de personnages réels — va être réutilisé. Pour faire parler des chats, notamment. Là, j'avoue, j'ai tiqué un peu. Mais passons.

L'originalité de la démarche, en tout cas, est à souligner. Et puis, on apprécie le jeu de la vérité et du mensonge auquel nous convie, sourire en coin, Francine D'Amour. Du genre: oui, elle a vraiment rencontré une femme en hidjab qui s'occupait des coffrets de sûreté d'un hôtel deux étoiles à Londres, et oui, un attentat terroriste a véritablement eu lieu dans le quartier environnant, mais non, cette femme ne s'appelait pas Fatouma, et elle n'a pas décidé de changer de vie après

l'explosion meurtrière... pas aux dernières nouvelles en

tout cas.

Bien sûr, se faire raconter la même histoire plus d'une fois pourrait devenir lassant, mais la curiosité finit par prendre le dessus: on veut savoir ce qui s'est réellement passé dans la réalité. Tout en sachant que l'auteure se donne la liberté d'en rajouter un peu. Elle en convient: «J'exagère toujours.»

Fascinant aussi de voir à quel point, peu importent les situations, les personnages, reviennent les mêmes obsessions, les mêmes tics, la même propension à l'angoisse. Ça va de la phobie des chiens à la perte constante d'objets. Surtout, la peur est présente partout: peur du vide, peur de l'inconnu, peur de l'abandon, peur des attentats... puis, peur de la maladie, de la mort.

C'est la dernière partie du livre, le dernier quart, disons, qui saisit le plus. Tout à coup, tandis que l'auteure démêle le vrai du faux par rapport à un texte qu'elle a écrit, inspiré d'une visite à la maison de son enfance et destiné à une revue, on n'a plus l'impression de jouer. La légèreté fait place à la gravité.

On tombe sur ceci, qu'on relit, bouche bée: «Quand est venu le moment de réviser les épreuves, j'avais appris l'horrible nouvelle (une énorme bosse avait subitement poussé dans mon sein droit, et une autre, énorme elle aussi, était apparue tout aussi subitement quelques jours plus tard; bref, j'étais atteinte d'un cancer qualifié de "fulgurant") et j'ai failli renoncer.»

Suivent des pages pleines de terreur, d'affolement, de douleur, de rage, mais aussi de reconnaissance et d'espoir, de vitalité, de fierté, de dignité. Peu importe, finalement, que ces pages jouent sur la frontière entre réalité et fiction, elles sont tellement intenses. Et surtout, pleines d'authenticité.

***

Pour de vrai, pour de faux

Francine D'Amour

Boréal

Montréal, 2009, 192 pages






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