Poésie - Entre silence et parole
La Blessure du silence valait il y a peu à Claude Beausoleil le prix Louise-Labé 2009, après Jean-Guy Pilon en 1969. L'honneur est beau et le recueil mis sous le signe d'une écriture classique, ce qui surprend de la part de ce poète naguère dévoué aux fissures du sens de la nouvelle écriture. Ici, «l'appel du bout des déroutes / en silence tisse des murmures», soulignant ainsi que les textes seront à l'écoute d'une voix à la fois audible et souvent indistincte.
Le recueil s'inscrit à la frontière fragile entre silence et parole, rappelant qu'«à la tombée des mots la neige rappelle le silence / un silence inspiré de la nuit où le noir / inverse les rêves enduits d'une parole entêtée / dévoilant la fibre d'un ancien parchemin». Je ne peux que m'étonner de trouver, dès le premier poème, cette manière surannée d'aborder la problématique de la parole poétique. Tout le vocabulaire relié à «la mélancolie qu'un poème / rend plus grave» est convoqué sans gêne et assumé, comme une sorte d'effronterie lancée à la face des modernités.
Le poète est seul dans sa longue nuit hivernale, cherchant çà et là quelque recours imaginaire pour habiter son désarroi, alors qu'«une impassible pause sous un ciel / de neige en veilleuse / s'apprête à envahir la nuit / cherchant dans les mots à assouvir sa soif / d'eaux noires silencieuses». L'ancienneté de la manière tient ici de la prouesse, tant le frémissement séculaire des fragiles émotions affleure à chaque vers. «Le langage d'un écho / forme des mondes disparus / il invite la nuit à recréer l'émotion / entre les mots». C'est à prendre ou à laisser. Cette poésie poétiqueuse s'engage résolument dans des sentiers mille fois visités, au premier chef par Émile Nelligan dans Soir d'hiver, alors qu'ici, «le reflet d'une fenêtre / devenu poème» ramène incessamment «l'écho» qui, en effet, se fait insistant. Les sanglots, les violons ne sont pas loin. N'y est-il pas question de «l'embrasure d'une mémoire», des «rues de l'infini», du «grand vent du silence», des «frissons d'aphasie» ou bien encore des «neiges de la vie»?
Soit, disons que la détresse du poète est traduite dans une langue toujours soutenue, répondant point par point à ce qu'on peut attendre quand la solitude fraie avec le froid et la glace, et la présence avec la chaleur. On est ici dans une convention. Il n'y a pas à rechigner. On nous demande si le devoir est bien fait et, en regard de ce qui se redit ici, mille fois rabâché dans des milliers de vers depuis des lunes connus, cent fois répété dans ce recueil-ci, il l'est, en effet.
***
Collaborateur du Devoir
***
LA BLESSURE DU SILENCE
Claude Beausoleil
Avec une photographie de Denis Boutillot-Cauquil
Écrits des Forges / Éditions Caractères
Trois-Rivières / Paris, 2009,
56 pages
Le recueil s'inscrit à la frontière fragile entre silence et parole, rappelant qu'«à la tombée des mots la neige rappelle le silence / un silence inspiré de la nuit où le noir / inverse les rêves enduits d'une parole entêtée / dévoilant la fibre d'un ancien parchemin». Je ne peux que m'étonner de trouver, dès le premier poème, cette manière surannée d'aborder la problématique de la parole poétique. Tout le vocabulaire relié à «la mélancolie qu'un poème / rend plus grave» est convoqué sans gêne et assumé, comme une sorte d'effronterie lancée à la face des modernités.
Le poète est seul dans sa longue nuit hivernale, cherchant çà et là quelque recours imaginaire pour habiter son désarroi, alors qu'«une impassible pause sous un ciel / de neige en veilleuse / s'apprête à envahir la nuit / cherchant dans les mots à assouvir sa soif / d'eaux noires silencieuses». L'ancienneté de la manière tient ici de la prouesse, tant le frémissement séculaire des fragiles émotions affleure à chaque vers. «Le langage d'un écho / forme des mondes disparus / il invite la nuit à recréer l'émotion / entre les mots». C'est à prendre ou à laisser. Cette poésie poétiqueuse s'engage résolument dans des sentiers mille fois visités, au premier chef par Émile Nelligan dans Soir d'hiver, alors qu'ici, «le reflet d'une fenêtre / devenu poème» ramène incessamment «l'écho» qui, en effet, se fait insistant. Les sanglots, les violons ne sont pas loin. N'y est-il pas question de «l'embrasure d'une mémoire», des «rues de l'infini», du «grand vent du silence», des «frissons d'aphasie» ou bien encore des «neiges de la vie»?
Soit, disons que la détresse du poète est traduite dans une langue toujours soutenue, répondant point par point à ce qu'on peut attendre quand la solitude fraie avec le froid et la glace, et la présence avec la chaleur. On est ici dans une convention. Il n'y a pas à rechigner. On nous demande si le devoir est bien fait et, en regard de ce qui se redit ici, mille fois rabâché dans des milliers de vers depuis des lunes connus, cent fois répété dans ce recueil-ci, il l'est, en effet.
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Collaborateur du Devoir
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LA BLESSURE DU SILENCE
Claude Beausoleil
Avec une photographie de Denis Boutillot-Cauquil
Écrits des Forges / Éditions Caractères
Trois-Rivières / Paris, 2009,
56 pages
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