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Littérature - Les femmes s'entichent des vampires et des séries au goût d'hémoglobine

«C'est une façon post-féministe de prendre le pouvoir», affirme une spécialiste de la science-fiction

27 juillet 2009  Livres
Los Angeles — Post-féminisme ou échappée belle de temps de crise, les vampires ont la cote auprès des lectrices. Dans la foulée de la désormais cultissime saga Twilight de Stephenie Meyer, la littérature féminine s'est découvert un nouveau créneau porteur avec des romans où se bousculent vampires, loups-garous, zombies et autres créatures immortelles, séduisantes et nocturnes, et que les adolescentes, leurs soeurs, comme leurs mères, dévorent à pleines dents.

Pour Bella, Zoey, Ever ou Calliope, héroïnes jeunes et modernes d'une littérature fantastique écrite par des femmes et lue par des femmes, les années adolescentes ont un goût de sang et de pleine lune.

«Nous vivons à une période inquiétante. Je ne sais pas si c'est une façon de s'échapper, une façon de dire: il y a plein de choses qui font peur dans le monde, mais je vais le contrôler par le biais de la lecture», analyse Amy Clarke, maître de conférences à l'université de Californie à Davis (UCD) et spécialiste de la littérature de science-fiction. «Je crois que c'est une façon post-féministe de prendre le pouvoir.»

C'est Bella Swan et son histoire d'amour contrariée avec le bel Edward, jeune et ténébreux vampire, qui ont lancé la tendance avec la saga Twilight de l'Américaine Stephenie Meyer, vendue à plus de 53 millions d'exemplaires dans le monde depuis la sortie du premier des quatre tomes en 2005, selon l'éditeur Little, Brown & Company.

Le dernier roman de cette mère de famille de Phoenix (Arizona), The Host, qui vise un public plus adulte, a été tiré à deux millions d'exemplaires aux États-Unis. Le cinéma s'est évidemment jeté sur Twilight, pour une série à succès dont le deuxième volet est attendu à l'automne dans les salles.

Dans la même veine, P.C. et Krystin Cast ont lancé en 2007 la série House of Night. La jeune écolière Zoey Bird, qui porte sur le front la «marque», un croissant de lune, intègre une école spécialisée pour vampires. P.C. Cast, mère célibataire qui a enseigné l'anglais pendant 15 ans avant de se consacrer à l'écriture, a enrôlé sa fille Krystin, 22 ans, pour apporter la touche d'authenticité de ses personnages adolescents.

Les cinq premiers tomes ont été tirés à 5,5 millions d'exemplaires aux États-Unis, et la série est restée pendant 63 semaines dans la liste des best-sellers du New York Times, selon l'éditeur St. Martin's Press. Le sixième tome, Tempted, doit sortir en octobre et les studios Empire Pictures ont pris une option sur la série, un premier scénario étant déjà en préparation.

«Stephenie Meyer a lancé le boom et House of Night l'a prolongé», note Matthew Shear, un vice-président de St. Martin, qui explique que l'éditeur n'avait pas acheté la série à cause de Twilight avant de changer d'avis devant les ventes.

Un phénomène de société

L'heureuse auteure y voit un phénomène de société plus qu'un phénomène d'édition. «J'ai vu un grand tournant, particulièrement dans ma salle de classe, avec des femmes qui prennent position et exigent le respect», explique P.C. Cast jointe au téléphone dans sa maison de Tulsa (Oklahoma). «Notre fiction reflète cela parce que c'est nous qui l'écrivons. On se donne la permission de réussir. On se donne aussi la permission de s'amuser.»

Et «les vampires sont super sexy», souligne-t-elle. «Les vampires et les adolescents ont beaucoup en commun. Les adolescents ont des poussées d'hormones, les vampires de soudaines envies de sang. Les adolescents pensent qu'ils sont immortels.»

Et pour les lectrices qui ont dépassé l'âge des premiers émois, le «sang chaud» prend une autre signification, explique l'universitaire Amy Clarke. «Dans tout ce que j'ai lu, il y a pas mal de scènes d'amour assez chaudes», dit-elle. «Les ados n'ont pas encore eu de rapports sexuels, mais leur mères si, et ce n'est peut-être pas aussi bon qu'avant.»
 
 
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