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Histoire - Un Papineau perplexe chez l'Oncle Sam

Michel Lapierre   6 juin 2009  Livres
En 1838, Amédée Papineau, en exil à cause de la répression de la révolte des Patriotes du Bas-Canada, découvre une république qui, «avant 50 ans», formera, selon lui, «le premier empire du monde». Il ajoute: «Ici règnent l'égalité et la liberté. Tout le monde est riche...» Mais, en 1841, il décrit New York, métropole du pays, comme une «caverne de voleurs». À quoi bon fuir le «tyran» britannique pour être avec l'escroc américain?

S'il ne se pose pas explicitement cette question, Amédée Papineau (1819-1903), le fils aîné de Louis-Joseph, chef politique des Patriotes, n'en devient pas moins perplexe devant les États-Unis. L'un des fondateurs, à Montréal, des Fils de la Liberté, dressés contre le joug monarchique anglais et inspirés des Sons of Liberty de la révolution américaine, il voit, en 1838, dans la république où il s'est réfugié la terre de la démocratie mais aussi, trois ans plus tard, un pays menacé par le règne de l'argent.

Le tome premier (1831-1841) de la Correspondance inédite d'Amédée Papineau, éditée par Georges Aubin et Renée Blanchet, témoigne de cette évolution dans une lettre que l'exilé envoie, à 18 ans, à son frère Lactance et dans une autre, à 22 ans, à ses parents, alors réfugiés à Paris.

Malgré tout, Amédée Papineau préconisera, de concert avec son père, l'annexion du Canada aux États-Unis, qui, pour lui, demeurent beaucoup plus ouverts que son pays natal aux «droits de l'homme» et à la «foi démocratique» qu'il célèbre après avoir terminé ses études de droit à Saratoga. Déjà, en 1839, il envisage l'Union du Haut et du Bas-Canada, qui se prépare, comme une simple étape vers la chute du pouvoir colonial et monarchique.

«Demandons, écrit-il, et obtenons l'Union... Deux ans après, le Canada sera en état de se soulever en masse depuis le Détroit jusqu'à Gaspé, en un seul jour et avec succès.» Fougueux et naïf, Amédée Papineau rêve de la libération des «esclaves» de la reine Victoria, jeune fille de son âge qu'il appelle avec mépris «Miss Vic». Il voyait le Bas-Canada comme une «nouvelle Pologne» en lutte non plus contre la domination russe mais contre son équivalent anglais.

Il inscrit son idéal politique, hérité de son père et de son grand-père, dans un mouvement international d'avant-garde, fondé sur le principe de l'émancipation des peuples. En évoquant Lamennais, penseur libéral français et ami de la famille, il souhaite «la destruction de toutes les tyrannies sur toute la face du globe».

Joseph-François D'Avignon (1807-1867), l'un des chefs patriotes des comtés de Rouville et de Chambly, également en exil dans l'État de New York, où il épouse une Américaine, a sans doute un peu les mêmes idées. Le jeune Papineau fait souvent allusion à lui dans sa correspondance.

Les lettres inédites de cet autre réfugié, toutes écrites en anglais, adressées à son fils, étudiant en pharmacie à Montréal, et publiées dans D'Avignon, médecin, patriote et nordiste, de l'historien Jean Lamarre, n'ont ni la ferveur révolutionnaire ni la hauteur de vues d'Amédée Papineau. Mais, en s'engageant comme médecin dans l'armée nordiste, D'Avignon défend, présume-t-on, la cause de la libération des Noirs contre le Sud esclavagiste.

Ce qui rapprocherait son action, au cours de la guerre de Sécession (1861-1865), du progressisme cher aux plus éclairés et aux plus conséquents de nos Patriotes. Mais, comme le mentionne Lamarre, elle résulte aussi d'un désir d'améliorer sa situation financière et d'atteindre la respectabilité dans son pays d'adoption.

Il n'y avait qu'Amédée Papineau, plus jeune et plus idéaliste, pour écrire à ses parents à 22 ans: «Plus j'avance dans la vie et plus je suis convaincu que l'or fait tout dans ce monde.» C'était une prise de conscience cruciale de la part du révolutionnaire-né.

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Collaborateur du Devoir

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CORRESPONDANCE

Tome I

Amédée Papineau

Michel Brûlé

Montréal, 2009, 560 pages

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D'AVIGNON, MÉDECIN, PATRIOTE ET NORDISTE

Jean Lamarre

VLB

Montréal, 2009, 192 pages






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