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Histoire - Des Acadiens qui francisent la France...

Michel Lapierre   30 mai 2009  Livres
À la suite de leur déportation par les autorités anglaises à partir de 1755, trois mille Acadiens trouvent refuge en France, certains pour un temps, d'autres pour toujours. Dans un pays qui n'a pas encore connu l'uniformisation linguistique que la Révolution va entraîner, ils sont un phénomène: ils parlent tous français! Malgré eux, ces pauvres exclus d'Amérique francisent un peu la France: le monde à l'envers, quoi!

C'est le trait le plus saisissant du livre Les Réfugiés acadiens en France, de l'historien français Jean-François Mouhot, qui s'interroge sur le succès de la réintégration des déportés dans la mère patrie entre 1758 et 1785. Comme les Canadiens de la vallée du Saint-Laurent, les Acadiens du littoral atlantique, venus de plusieurs régions de France, avaient remplacé l'usage des patois par celui d'un parler populaire de type parisien.

Le changement s'était fait par la force des choses et la présence, parmi les colons, de gens qui parlaient déjà une langue semblable à celle des élites. En Bretagne et dans le Poitou, l'usage du français donnait du prestige aux réfugiés qui, selon l'administration royale et les grands propriétaires terriens, les rendaient avantageusement comparables aux paysans locaux.

Mouhot précise que, pour les Acadiens, il s'agit là d'un «signe distinctif valorisé à une époque où les deux tiers des Français parlent tous les jours autre chose que le français». Mais cette francité exemplaire, jointe à une américanité indéniable, fait-elle des Acadiens un «peuple», une «nation» ou encore un «corps de nation», pour employer les trois termes par lesquels ils se désignent parfois dans des textes de l'époque? L'historien doute que les réfugiés forment une communauté distincte des Français.

Un bémol

En ce qui concerne l'animosité des populations locales que les Acadiens ont pu susciter, Mouhot considère qu'elle serait la conséquence de difficultés matérielles plutôt que de différences culturelles. Selon lui, le départ pour la Louisiane en 1785 d'un grand nombre de réfugiés, désireux de retourner en Amérique du Nord, «semble en grande partie fortuit».

Bien qu'il s'appuie sur une riche documentation et sache exploiter avec finesse et discernement des sources qui renouvellent nos connaissances du sujet, l'historien français néglige d'insérer l'attitude des Acadiens de la seconde moitié du XVIIIe siècle dans l'histoire d'une mentalité spécifique, évolution longue de 400 ans. Si accidentel qu'il parût entre 1758 et 1785, l'usage des mots «peuple» ou «nation», lorsqu'on le situe dans un contexte acadien plus vaste dans le temps, acquiert aujourd'hui énormément de sens.

Comme les Canadiens du XVIIIe siècle, ancêtres des Québécois, les Acadiens de la même époque avaient déjà la conscience d'appartenir au Nouveau Monde. La France n'était plus leur pays, l'Europe n'était plus leur continent. Ce que l'histoire ne cessera de confirmer.

***

Collaborateur du Devoir

***

LES RÉFUGIÉS ACADIENS EN FRANCE

Jean-François Mouhot

Septentrion

Québec, 2009, 456 pages






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