Le secret
La pédophilie, ce tabou suprême, est au centre de ce premier roman, étonnant et profond, de Nicole Fontaine
La pédophilie. Sujet difficile. Tabou suprême. Auquel Nicole Fontaine s'attaque sans complaisance, d'une façon totalement inattendue, dans Olivier ou l'inconsolable chagrin.
«Être capable de tout comprendre est bien plus rare que de tout pardonner.» C'est sur cette citation de Marguerite Yourcenar que s'ouvre le roman. Où le héros lui-même ne se comprend pas. Et se persuade que les autres n'arriveront jamais à lui pardonner.
Olivier, 26 ans, mène une double vie. Depuis près de cinq ans. En ménage au Québec, avec la passionnée Clara, qu'il aime absolument.
Et pourtant, il est hanté par un adolescent, un jeune du Sri Lanka. Qu'il va revoir constamment là-bas. Au vu et au su des parents du garçon.
Dans sa tête, Olivier cherche comment se dédouaner, se déculpabiliser. Ainsi, il se dit: «Non, avec Arun, je n'ai pas l'impression de tromper Clara. Au Sri Lanka, je fais comme les autres hommes qui baisent entre amis, entre frères, en attendant de se marier. Là-bas, le sexe est un besoin naturel que l'on comble comme on l'entend. Rien n'est tabou.»
Rien n'est tabou, vraiment? Pas même le sexe entre un adulte et un enfant? Olivier a beau refuser de voir la réalité en face, les remords le tourmentent.
Pédophile, lui? «Suis-je vraiment de la race de ces êtres abjects que tout le monde honnit? Suis-je vraiment un monstre qui, un de ces jours, se fera prendre en flagrant délit et plongera les siens dans la honte?»
Aucune issue possible à ses yeux. Il doit en finir avec la vie, mourir avec son inavouable secret. C'est là-dessus que débute le roman. Au moment où, seul face à lui-même, Olivier prend la décision de se tuer.
Une admirable construction
Et puis voilà, on tourne la page, et une autre voix s'élève. Un autre personnage prend en charge le récit. Et nous fait voir les choses autrement.
Ils seront plusieurs, dans les faits, à raconter leur version des événements. Leurs récits s'entrecroiseront, se recouperont. Peu à peu, par bribes, nous découvrirons le fin fond de l'histoire.
C'est ce qui fait la force du livre: son admirable construction. Et la profondeur de ses personnages. Dont on découvre, à chaque fois, un peu plus, l'univers intérieur.
Au centre, il y a Olivier. Son drame à lui, sa tentative de suicide. Son coma, son retour à la vie. On suit l'évolution de sa situation, à la fois par ses yeux et par ceux de ses proches.
Juste cette trame-là, en soi, est pleine de rebondissements.
Puis, de biais, il y a les histoires de chacun qui interviennent. Qui sont riches, aussi. Qui ont toutes leur part dramatique. Et qui trouvent leur propre dénouement.
Très habile, l'auteure d'Olivier ou l'inconsolable chagrin. Jusque qu'à la toute fin, des rebondissements surviennent. Tragiques.
De plus en plus tragiques. Elle nous tient en haleine, et elle nous touche, Nicole Fontaine.
Oh, il y a bien quelques clichés, quelques banalités dont on se serait passé. Il y a cette lourdeur, parfois, dans la plume. Un brin empruntée, au détour. Un peu trop appuyée, par bouts.
Mais, mais. Ce qui frappe, ce qui séduit, ce qui bouleverse, c'est la grande tendresse qui traverse le roman. C'est l'humanité qu'on sent derrière. C'est le refus de cataloguer, le désir de creuser et de creuser encore, de nuancer.
C'est l'impossibilité de se comprendre dans laquelle se trouve le héros. Qui ne cesse de se demander pourquoi: «Pourquoi ai-je été attiré par des enfants prépubères en même temps qu'assoiffé de la tendresse d'une femme comme Clara?»
Et encore: «Pourquoi, malgré ma détermination, ai-je raté mon suicide? À quoi servira le père de mon enfant alors que d'entrée de jeu, il est condamné à vivre à la remorque des autres?»
Étonnant roman, vraiment. Le premier que publie Nicole Fontaine, à plus de 75 ans.
Après un recueil de nouvelles, paru il y a deux ans: Moi, j'avais pas l'habitude de naître. Où l'enfance était à l'avant-plan.
L'auteure, originaire de Hull mais établie à Eastman, où elle a cofondé l'événement littéraire annuel des Correspondances, confiait alors en entrevue: «J'ai perdu une petite fille de 22 mois dans un accident tragique. Depuis, les enfants sont une obsession pour moi.»
Une obsession qui continue de faire des petits... L'un des plus beaux personnages, sans doute le plus fort, le plus touchant, dans Olivier ou l'inconsolable chagrin, est justement celui d'une femme qui a perdu son enfant de 2 ans. Et qui, dévastée, inconsolée, s'est accrochée à la vie.
***
Olivier ou l'inconsolable chagrin
Nicole Fontaine
Hurtubise
Montréal, 2009,164 pages
«Être capable de tout comprendre est bien plus rare que de tout pardonner.» C'est sur cette citation de Marguerite Yourcenar que s'ouvre le roman. Où le héros lui-même ne se comprend pas. Et se persuade que les autres n'arriveront jamais à lui pardonner.
Olivier, 26 ans, mène une double vie. Depuis près de cinq ans. En ménage au Québec, avec la passionnée Clara, qu'il aime absolument.
Et pourtant, il est hanté par un adolescent, un jeune du Sri Lanka. Qu'il va revoir constamment là-bas. Au vu et au su des parents du garçon.
Dans sa tête, Olivier cherche comment se dédouaner, se déculpabiliser. Ainsi, il se dit: «Non, avec Arun, je n'ai pas l'impression de tromper Clara. Au Sri Lanka, je fais comme les autres hommes qui baisent entre amis, entre frères, en attendant de se marier. Là-bas, le sexe est un besoin naturel que l'on comble comme on l'entend. Rien n'est tabou.»
Rien n'est tabou, vraiment? Pas même le sexe entre un adulte et un enfant? Olivier a beau refuser de voir la réalité en face, les remords le tourmentent.
Pédophile, lui? «Suis-je vraiment de la race de ces êtres abjects que tout le monde honnit? Suis-je vraiment un monstre qui, un de ces jours, se fera prendre en flagrant délit et plongera les siens dans la honte?»
Aucune issue possible à ses yeux. Il doit en finir avec la vie, mourir avec son inavouable secret. C'est là-dessus que débute le roman. Au moment où, seul face à lui-même, Olivier prend la décision de se tuer.
Une admirable construction
Et puis voilà, on tourne la page, et une autre voix s'élève. Un autre personnage prend en charge le récit. Et nous fait voir les choses autrement.
Ils seront plusieurs, dans les faits, à raconter leur version des événements. Leurs récits s'entrecroiseront, se recouperont. Peu à peu, par bribes, nous découvrirons le fin fond de l'histoire.
C'est ce qui fait la force du livre: son admirable construction. Et la profondeur de ses personnages. Dont on découvre, à chaque fois, un peu plus, l'univers intérieur.
Au centre, il y a Olivier. Son drame à lui, sa tentative de suicide. Son coma, son retour à la vie. On suit l'évolution de sa situation, à la fois par ses yeux et par ceux de ses proches.
Juste cette trame-là, en soi, est pleine de rebondissements.
Puis, de biais, il y a les histoires de chacun qui interviennent. Qui sont riches, aussi. Qui ont toutes leur part dramatique. Et qui trouvent leur propre dénouement.
Très habile, l'auteure d'Olivier ou l'inconsolable chagrin. Jusque qu'à la toute fin, des rebondissements surviennent. Tragiques.
De plus en plus tragiques. Elle nous tient en haleine, et elle nous touche, Nicole Fontaine.
Oh, il y a bien quelques clichés, quelques banalités dont on se serait passé. Il y a cette lourdeur, parfois, dans la plume. Un brin empruntée, au détour. Un peu trop appuyée, par bouts.
Mais, mais. Ce qui frappe, ce qui séduit, ce qui bouleverse, c'est la grande tendresse qui traverse le roman. C'est l'humanité qu'on sent derrière. C'est le refus de cataloguer, le désir de creuser et de creuser encore, de nuancer.
C'est l'impossibilité de se comprendre dans laquelle se trouve le héros. Qui ne cesse de se demander pourquoi: «Pourquoi ai-je été attiré par des enfants prépubères en même temps qu'assoiffé de la tendresse d'une femme comme Clara?»
Et encore: «Pourquoi, malgré ma détermination, ai-je raté mon suicide? À quoi servira le père de mon enfant alors que d'entrée de jeu, il est condamné à vivre à la remorque des autres?»
Étonnant roman, vraiment. Le premier que publie Nicole Fontaine, à plus de 75 ans.
Après un recueil de nouvelles, paru il y a deux ans: Moi, j'avais pas l'habitude de naître. Où l'enfance était à l'avant-plan.
L'auteure, originaire de Hull mais établie à Eastman, où elle a cofondé l'événement littéraire annuel des Correspondances, confiait alors en entrevue: «J'ai perdu une petite fille de 22 mois dans un accident tragique. Depuis, les enfants sont une obsession pour moi.»
Une obsession qui continue de faire des petits... L'un des plus beaux personnages, sans doute le plus fort, le plus touchant, dans Olivier ou l'inconsolable chagrin, est justement celui d'une femme qui a perdu son enfant de 2 ans. Et qui, dévastée, inconsolée, s'est accrochée à la vie.
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Olivier ou l'inconsolable chagrin
Nicole Fontaine
Hurtubise
Montréal, 2009,164 pages
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