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Une exposition sur Jacques Ferron - Le médecin et l'écrivain

Caroline Montpetit   9 mai 2009  Livres
Une vue de l’exposition sur Jacques Ferron au pavillon Bédard de l’hôpital Louis-Hippolyte Lafontaine
Photo : Jacques Grenier
Une vue de l’exposition sur Jacques Ferron au pavillon Bédard de l’hôpital Louis-Hippolyte Lafontaine
On l'imagine passant chaque jour, à l'aube, la porte de l'imposant édifice de la rue Hochelaga, où vivaient les patientes qu'il soignait: Jacques Ferron, écrivain et médecin généraliste, qui a travaillé durant près de deux ans avec les patients de l'hôpital psychiatrique Saint-Jean-de-Dieu, aujourd'hui rebaptisé Louis-Hippolyte Lafontaine.

À l'occasion de la Semaine nationale de la santé mentale, l'hôpital Louis-Hippolyte Lafontaine présente jusqu'à dimanche, au pavillon Bédard, une exposition intitulée J'écris Jacques Ferron au milieu de la médecine, en collaboration avec la Société des amis de Jacques Ferron. «J'écris au milieu de la médecine, que j'aime bien parce qu'elle me garde en contact avec la réalité, et que je n'aime pas parce qu'elle me dérange», écrivait déjà Jacques Ferron en 1968.

L'exposition témoigne du regard que le médecin-écrivain a posé sur les patientes qu'il rencontrait, puisqu'il a beaucoup travaillé à l'aile des femmes de l'hôpital. Elle nous replonge aussi dans une période de très grands bouleversements pour la psychiatrie au Québec. C'est l'époque qui a suivi la publication du livre Les fous crient au secours, de Jean-Charles Pagé, préfacé par le psychiatre Camille Laurin, qui dénonce les conditions de vie et les traitements dans les hôpitaux psychiatriques du Québec. À ce sujet, Jacques Ferron laisse cette note: «Les fous crient, [...] Ils ne sont pas à leur place [dans la société], alors ils crient au secours. Ils crieront toujours au secours.»

Ferron a pour sa part travaillé comme omnipraticien à Saint-Jean-de-Dieu au début des années 1970, soit durant la période de la Crise d'octobre, au cours de laquelle il a également agi comme médiateur désigné.

À cette époque, deux psychiatres français, Philippe et Ednée Koechlin, font un séjour d'études à Saint-Jean-de-Dieu dont ils tireront un livre très critique: Le Corridor de sécurité. L'exposition présente d'ailleurs une étude de cas signée de leur main, mais annotée par le docteur Ferron. C'est l'histoire de Céline, une jeune femme mutique depuis son entrée à l'hôpital, que l'on entend parfois chanter la nuit et que les deux psychiatres tentent de faire parler. Jacques Ferron lui consacrera un texte qui s'intitule La Sorgne.

Jacques Ferron a tenté à deux reprises d'écrire sur l'expérience qu'il a vécue à Saint-Jean-de-Dieu. Les textes qu'il a ébauchés ont finalement été regroupés et publiés de façon posthume dans La Conférence inachevée, publiée chez Lanctôt éditeur. On y retrouve les portraits de Pierrette, d'Hélène Brazeau, ou encore d'Aurore Dionne, qui chantonne des airs de Kamouraska. L'exposition de l'hôpital Louis-H. Lafontaine leur rend également hommage, à elles, ces patientes d'une autre époque, tentant de leur restituer un peu de leur dignité.






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