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Marilyn French - Mort d'une écrivaine phare du féminisme amércicain

Paul Cauchon   6 mai 2009  Livres
L’écrivaine Marilyn French photographiée dans son appartement de New York en 1987.
L’écrivaine Marilyn French photographiée dans son appartement de New York en 1987.
Le roman Toilettes pour femmes avait parfaitement décrit, en 1977, les nouvelles aspirations des femmes. Son auteure, Marilyn French, est morte samedi à New York d'une crise cardiaque, à l'âge de 79 ans.

«Je suis une personne en colère», déclarait-elle en 2007 au journal britannique The Independant. Cette colère avait été canalisée dans Toilettes pour femmes, un succès de librairie international, un roman qui avait été vendu à 20 millions d'exemplaires, et traduit en 20 langues. Pour plusieurs, Toilettes pour femmes était considéré comme le plus important succès de librairie féministe, avec Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir.

Ce long roman raconte l'histoire de Mira Ward, femme au foyer dans les années 1950 qui, graduellement, divorce, reprend ses études universitaires et affirme son indépendance avec son groupe d'amies dans les années 1970.

Son livre était tombé «exactement au bon moment», déclarait hier au Los Angeles Times l'éditrice de Feminist Press, Florence Howe, au moment où le mouvement féministe devenait une force majeure en Amérique du Nord et dans plusieurs pays occidentaux à la fin des années 1970.

Les critiques officiels avaient été mitigés à l'époque, mais des milliers de femmes s'étaient reconnues dans les personnages de Mme French et dans leur quête de liberté.

«Marilyn French a mis des mots sur ce qu'on avait lu précédemment dans La Mystique féminine de Betty Friedman, un essai percutant dont elle a vulgarisé et actualisé le propos, indiquait hier au Devoir la journaliste Ariane Emond, animatrice du magazine féministe La vie en rose dans les années 1980. Elle a démontré à quel point il y avait des traits communs entre toutes les femmes. Son personnage de femme de banlieue, c'étaient les femmes de mon entourage quand j'étais jeune...»

Marilyn French soutenait qu'il ne s'agissait pas d'un roman autobiographique, mais plusieurs éléments sont inspirés de son propre parcours.

L'écrivaine est née Marilyn Edwards, à New York. Elle s'était mariée à Robert French en 1950, pour en divorcer en 1967, évoquant un mariage profondément malheureux. Elle avait entrepris de nouvelles études à Harvard, où elle avait obtenu un doctorat en littérature au début des années 1970, avec une thèse sur Ulysse de James Joyce.

Selon Marilyn French, l'écriture de Toilettes pour femmes avait été marquée par la lecture des écrits de Kate Millett, mais aussi par le viol dont a été victime sa propre fille de 18 ans en 1971, qui a contribué à la radicaliser.

Marilyn French avait publié d'autres romans, comme Les Bons Sentiments, tous sur les relations hommes-femmes, et quelques essais, dont La Guerre contre les femmes en 1992, qui était controversé. «Je n'ai pas aimé quand je l'ai lu, c'était trop noir, expliquait hier Ariane Emond. Mais il m'arrive de me dire que Marilyn French avait vu des choses que je n'étais pas prête à voir: cette haine qu'on peut voir contre les femmes un peu partout sur la planète, par exemple aujourd'hui avec le viol comme arme de guerre».

En 1992 les médecins donnaient à Marilyn French à peine quelques mois à vivre, elle qui combattait un cancer de l'oesophage. Contre toute attente elle avait survécu, et elle avait raconté cette bataille épuisante dans le livre A Season in Hell.

Un roman posthume sur lequel elle travaillait, The Love Children, doit être publié cet automne.






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  • Steve Dubois
    Abonné
    mercredi 6 mai 2009 09h23
    Betty FRIEDAN
    « Permettez-moi de souligner une erreur: c'est Betty FRIEDAN qui a écrit 'The Feminine Mystique' (et non Friedman). »

  • Jean-Pierre Audet
    Abonné
    mercredi 6 mai 2009 10h23
    Le féminisme en deuil
    « Avec Simone de Beauvoir, Benoite Groult, Betty friedan et Germaine Greer, Marilyn French fut l'une des grandes figures de proue du féminisme des années soixante et soixante-dix. Elle portait la cause avec une certaine agressivité plutôt noire, principalement dans son essai de 1992, «La guerre contre les femmes», comme le souligne Ariane Émond. Mais il n'avait pas été facile pour cette grande féministe d'apprendre le viol de sa propre fille de 18 ans en 1971. Selon un de mes frères qui a rencontré Simone de Beauvoir pour faire une thèse de doctorat sur la mort dans son oeuvre, celle-ci trouvait les féministes américaines un peu trop radicales à son goût. Autre pays, autres moeurs ! Les femmes du Moyen-Orient, d'Asie et d'Afrique auraient cependant avantage à voir surgir dans leurs régions des féministes de la trempe de Marilyn French. »

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