La petite chronique - Rimbaud, encore et encore
25 avril 2009
Livres
Photo : Agence France-Presse
Arthur Rimbaud
Il peut sembler bizarre qu'on évoque le terme «oeuvres complètes» quand il s'agit des écrits d'Arthur Rimbaud. Sauf pour Une saison en enfer et quelques poèmes, il n'a pas vu lui-même à la publication de son oeuvre.
Vient de paraître dans la bibliothèque de la Pléiade une nouvelle édition des écrits connus à ce jour de ce météore de la poésie, la troisième à voir le jour dans cette même collection. Faut-il la préférer à celles que l'on trouve aisément chez plusieurs éditeurs, et disponibles? Je n'ai pas l'érudition nécessaire pour en décider.
En 1991 avait paru chez Arléa une édition dite du centenaire sous le titre d'oeuvre-vie. Dirigée par Alain Borer et mettant à contribution plusieurs spécialistes rimbaldiens, elle reprenait évidemment tous les poèmes et les entremêlait chronologiquement à tous les documents qui pouvaient éclairer l'oeuvre. Il m'avait semblé à l'époque que l'oeuvre-vie était une entreprise passionnante destinée en priorité aux convaincus. On s'intéressait à l'oeuvre et à la biographie du poète un peu comme depuis quelques décennies on s'attache à des figures mythiques, tels Kerouac, Lowry, Robert Walser, Kafka.
L'édition d'André Guyaux et d'Aurélia Cervoni n'est pas non plus avare de documents connexes. Les lettres de Rimbaud, évidemment, mais aussi des extraits du journal de Vitalie Rimbaud, la soeur du poète, s'ajoutent à des missives de correspondants divers.
Pour le lecteur très occasionnel de poésie que je suis, une occasion renouvelée de baguenauder dans des poèmes connus ou non, oubliés ou mal lus. Je ne céderai pas à la tentation de commenter une oeuvre sur laquelle tout a été écrit.
D'avoir connu au sortir de l'adolescence la Chanson de la plus haute tour ne m'empêche toutefois pas d'être ému plusieurs décennies plus tard de lire: «Oisive jeunesse / A tout asservie, / Par délicatesse / J'ai perdu ma vie. / Ah! Que le temps vienne / Où les coeurs s'éprennent».
L'insatisfaction
D'autres avant nous ont exprimé leur étonnement, leur déception face à l'abandon de l'écriture du poète. Ce n'est certes pas le contenu de sa correspondance abyssinienne qui apporte quelques lueurs d'explication. Rimbaud, le génial poète, devenant marchand dans un coin perdu et ne cessant de réclamer à sa mère une aide financière, cela fait partie de l'histoire littéraire depuis belle lurette. Et pourtant, des milliers de lecteurs continueront dans les années à venir à s'interroger sur la destinée d'un homme d'exception de ce qu'on n'a jamais cessé d'appeler le mystère de la création.
André Guyaux, commentant dans sa préface les vers que j'ai cités plus haut, rappelle: «Ce qui fut toujours, depuis ses premiers vers, le grand sujet de Rimbaud: l'insatisfaction — nostalgie, désir de l'ailleurs, vagabondage sans but — se renouvelle dans la forme élusive et déliée d'une poésie que l'on murmure ou que l'on fredonne comme une chanson.»
Comment ne pas croire qu'une partie importante de la poésie a souvent des rapports avec la chanson? Pas n'importe laquelle évidemment. Comment ne pas songer à Verlaine, l'ami gênant, mais poète enchanteur, à Baudelaire, à Aragon? Que des auteurs de chansons aient été attirés par leurs vers au point de les mettre en musique n'a donc rien de surprenant.
Dans le même texte, André Guyaux avance que le double sens est le langage de Rimbaud. Il y a dans les poèmes apparemment les plus clairs de l'auteur des Illuminations une ambiguïté, un non-dit à peu près constant. Ayant constaté cela, on s'étonne un peu moins du destin d'auteur qui ne cesse de vous éblouir.
***
Oeuvres complètes
Rimbaud
Bibliothèque de la Pléiade
Paris, 2009, 1100 pages
Vient de paraître dans la bibliothèque de la Pléiade une nouvelle édition des écrits connus à ce jour de ce météore de la poésie, la troisième à voir le jour dans cette même collection. Faut-il la préférer à celles que l'on trouve aisément chez plusieurs éditeurs, et disponibles? Je n'ai pas l'érudition nécessaire pour en décider.
En 1991 avait paru chez Arléa une édition dite du centenaire sous le titre d'oeuvre-vie. Dirigée par Alain Borer et mettant à contribution plusieurs spécialistes rimbaldiens, elle reprenait évidemment tous les poèmes et les entremêlait chronologiquement à tous les documents qui pouvaient éclairer l'oeuvre. Il m'avait semblé à l'époque que l'oeuvre-vie était une entreprise passionnante destinée en priorité aux convaincus. On s'intéressait à l'oeuvre et à la biographie du poète un peu comme depuis quelques décennies on s'attache à des figures mythiques, tels Kerouac, Lowry, Robert Walser, Kafka.
L'édition d'André Guyaux et d'Aurélia Cervoni n'est pas non plus avare de documents connexes. Les lettres de Rimbaud, évidemment, mais aussi des extraits du journal de Vitalie Rimbaud, la soeur du poète, s'ajoutent à des missives de correspondants divers.
Pour le lecteur très occasionnel de poésie que je suis, une occasion renouvelée de baguenauder dans des poèmes connus ou non, oubliés ou mal lus. Je ne céderai pas à la tentation de commenter une oeuvre sur laquelle tout a été écrit.
D'avoir connu au sortir de l'adolescence la Chanson de la plus haute tour ne m'empêche toutefois pas d'être ému plusieurs décennies plus tard de lire: «Oisive jeunesse / A tout asservie, / Par délicatesse / J'ai perdu ma vie. / Ah! Que le temps vienne / Où les coeurs s'éprennent».
L'insatisfaction
D'autres avant nous ont exprimé leur étonnement, leur déception face à l'abandon de l'écriture du poète. Ce n'est certes pas le contenu de sa correspondance abyssinienne qui apporte quelques lueurs d'explication. Rimbaud, le génial poète, devenant marchand dans un coin perdu et ne cessant de réclamer à sa mère une aide financière, cela fait partie de l'histoire littéraire depuis belle lurette. Et pourtant, des milliers de lecteurs continueront dans les années à venir à s'interroger sur la destinée d'un homme d'exception de ce qu'on n'a jamais cessé d'appeler le mystère de la création.
André Guyaux, commentant dans sa préface les vers que j'ai cités plus haut, rappelle: «Ce qui fut toujours, depuis ses premiers vers, le grand sujet de Rimbaud: l'insatisfaction — nostalgie, désir de l'ailleurs, vagabondage sans but — se renouvelle dans la forme élusive et déliée d'une poésie que l'on murmure ou que l'on fredonne comme une chanson.»
Comment ne pas croire qu'une partie importante de la poésie a souvent des rapports avec la chanson? Pas n'importe laquelle évidemment. Comment ne pas songer à Verlaine, l'ami gênant, mais poète enchanteur, à Baudelaire, à Aragon? Que des auteurs de chansons aient été attirés par leurs vers au point de les mettre en musique n'a donc rien de surprenant.
Dans le même texte, André Guyaux avance que le double sens est le langage de Rimbaud. Il y a dans les poèmes apparemment les plus clairs de l'auteur des Illuminations une ambiguïté, un non-dit à peu près constant. Ayant constaté cela, on s'étonne un peu moins du destin d'auteur qui ne cesse de vous éblouir.
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Oeuvres complètes
Rimbaud
Bibliothèque de la Pléiade
Paris, 2009, 1100 pages
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