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    Littérature québécoise - Le complexe du romancier

    18 avril 2009 |Christian Desmeules | Livres
    Très jeune déjà, Meryl Maillet ne savait pas se contenter d'une réponse simple aux questions qu'il posait. Les «parce que», ce n'était pas pour lui. «Il fallait expliquer tous les soupirs, tous les regards, toutes les attitudes mélancoliques à ce drôle de petit garçon qui ne lâchait sa victime qu'après l'avoir vidée de toute son imagination.»

    Il ne faut pas vraiment s'étonner qu'il soit devenu psychiatre. Et peut-être est-il un peu marteau lui aussi, ce Dr Maillet auquel donne vie Francine Allard dans J'ai tué Freud et il m'en veut encore, auteure prolifique à qui on doit notamment Défense et illustration de la toutoune québécoise (Stanké, 1991) et La Couturière (Trois-Pistoles, 2008). Chaque soir, de façon rituelle, le psychiatre raconte à son épouse un peu oisive les détails les plus savoureux des confidences de ses patients névrosés.

    Sa femme, qui anime tous les vendredis un atelier d'écriture dans un sous-sol d'église, s'occupe du «transfert»... À l'insu de son mari, elle nourrit ainsi chaque semaine les participantes de son atelier d'écriture avec ses «romans-savons», directement inspirés de ces entorses quotidiennes à la confidentialité.

    Les choses auraient pu en rester là. Mais lorsque Victoria Simonneau, écrivaine à succès et patiente régulière du Dr Maillet, se reconnaît dans le personnage d'une écrivaine suicidaire, peut-être aussi un peu assassin, principale protagoniste d'un premier roman que publie, quelques mois plus tard, l'une des «petites madames» de l'atelier d'écriture, tout craque. Une révélation qui plongera le psychiatre, sa femme et sa patiente écrivaine au coeur d'un imbroglio professionnel et personnel aux conséquences incontrôlables.

    Avec ce roman parfaitement maîtrisé où la réalité vient bousculer un peu la fiction, Francine Allard nous démontre que «les romanciers sont de parfaits menteurs». Elle égratigne avec intelligence et humour l'orgueil, les prétentions et les espoirs de l'écrivain en herbe autant que du romancier consacré. Et elle nous rappelle aussi, au passage, que les écrivains, eux-mêmes personnages com-plexes, en plus de maîtriser parfois habilement l'art du mensonge, peuvent être de véritables petits vampires. Des vampires qui se nourrissent du sang, des mots et des souvenirs de tous ceux qui les entourent.

    ***

    Collaborateur du Devoir

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    J'AI TUÉ FREUD ET IL M'EN VEUT ENCORE

    Francine Allard

    Marcel Broquet

    Saint-Sauveur, 2009, 262 pages












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