Poésie - July Giguère, sous haute surveillance
Les personnages de July Giguère, dans Rouge - presque noire, frôlent le désastre d'être, d'être regardés et tués par ce regard même. Au détour des textes surgissent des scènes à peine supportables, comme celle de la vieille femme maltraitée par celle qui la veut nue devant elle, ou celle de l'enfant que le père oblige à tuer son chien en lui mettant un tuyau d'arrosage dans la gueule. Force tranquille, assumée jusqu'à l'os des mots, tellement qu'on en reste bouche bée, conscient du talent de cette jeune auteure qui nous offre ce premier livre avec assurance.
Que la voix de Marguerite Duras vienne ici ou là accompagner la voix de la poète, on ne saurait le lui reprocher, car jamais cette dernière n'inféode son écriture à la manière exacte de celle qu'elle dit elle-même admirer.
«Ce sont des personnages hantés, jusque dans leur corps, par une histoire dont ils distinguent à peine les contours», nous confie l'auteure. «Je pense que c'est une femme sans enfants: elle vient ici avec un livre et ses mains retombent sur la table avec la grâce des ailes des oiseaux morts, ses mains silencieuses, qui ont dû tremper dans les cheveux des hommes, le sang des marges, aux doigts froissant les pages...»
L'écriture de July Giguère vogue entre vers libres ou en prose, et le récit poétique.
Les textes vont du «je», au «tu», au «vous» et font appel autant au réalisme qu'à l'éclatement surréaliste. Ainsi en est-il de ces deux enfants: «deux visages silencieux derrière une vitre [...] leurs yeux cherchent des portes dissimulées dans l'espace.» Cette solitude égarée est le lot de tous les êtres de ce recueil écrit sans point ni majuscule, comme s'il fallait que le souffle rattrape le souffle pour que ne meure pas, engluée dans la claustration, une dernière espérance. Rouge - presque noire, voilà ce que serait la vie au moment de l'amour, des petits massacres quotidiens, des désirs inassouvis, passant sous l'oeil désirant des autres. Ce premier livre n'est que le premier mot d'une oeuvre dont on est assuré qu'elle sera importante.
***
Collaborateur du Devoir
***
ROUGE - PRESQUE NOIRE
July Giguère
L'Hexagone, coll. «Écritures»
Montréal, 2009, 80 pages
Que la voix de Marguerite Duras vienne ici ou là accompagner la voix de la poète, on ne saurait le lui reprocher, car jamais cette dernière n'inféode son écriture à la manière exacte de celle qu'elle dit elle-même admirer.
«Ce sont des personnages hantés, jusque dans leur corps, par une histoire dont ils distinguent à peine les contours», nous confie l'auteure. «Je pense que c'est une femme sans enfants: elle vient ici avec un livre et ses mains retombent sur la table avec la grâce des ailes des oiseaux morts, ses mains silencieuses, qui ont dû tremper dans les cheveux des hommes, le sang des marges, aux doigts froissant les pages...»
L'écriture de July Giguère vogue entre vers libres ou en prose, et le récit poétique.
Les textes vont du «je», au «tu», au «vous» et font appel autant au réalisme qu'à l'éclatement surréaliste. Ainsi en est-il de ces deux enfants: «deux visages silencieux derrière une vitre [...] leurs yeux cherchent des portes dissimulées dans l'espace.» Cette solitude égarée est le lot de tous les êtres de ce recueil écrit sans point ni majuscule, comme s'il fallait que le souffle rattrape le souffle pour que ne meure pas, engluée dans la claustration, une dernière espérance. Rouge - presque noire, voilà ce que serait la vie au moment de l'amour, des petits massacres quotidiens, des désirs inassouvis, passant sous l'oeil désirant des autres. Ce premier livre n'est que le premier mot d'une oeuvre dont on est assuré qu'elle sera importante.
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Collaborateur du Devoir
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ROUGE - PRESQUE NOIRE
July Giguère
L'Hexagone, coll. «Écritures»
Montréal, 2009, 80 pages
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