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Danielle Laurin   28 mars 2009  Livres
Montréal, ses écrivains. Ou plutôt: Montréal, source d'inspiration pour les écrivains. C'est le point de départ d'un ouvrage remarquable, qui vous fera voir autrement Montréal, les écrivains et leurs livres.

Il s'agit d'abord et avant tout de rencontres. De rencontres à Montréal, avec des écrivains. Ça va de Claude Jasmin à Stéphane Bourguignon, en passant par Dany Laferrière et Suzanne Jacob. Parmi les incontournables: Michel Tremblay et Yves Beauchemin, évidemment.

Aussi: des auteurs d'ailleurs qui aiment Montréal, comme Marc Lévy, Jean d'Ormesson et Philippe Besson, qui a écrit, il y a 10 ans, les premières lignes de son premier roman, En l'absence des hommes, dans un café montréalais.

À chacun, la journaliste Florence Meney et le photographe Luc Lavigne ont donné rendez-vous dans un lieu montréalais de son choix. Chaque fois, on redécouvre ce lieu par les yeux de l'écrivain. Ce qui ajoute à l'originalité du projet.

Dany Laferrière a choisi le carré Saint-Louis. Pas de surprise ici. C'est là, dans un appartement crasseux, au numéro 3670, qu'il avait abouti, en 1978, deux ans après son départ d'Haïti. Là qu'est né son premier livre, Comment faire l'amour avec un Nègre sans se fatiguer.

Michel Tremblay a opté pour quoi, vous pensez? Pas pour une rue du Plateau, non. Mais pour un endroit mythique, sur Saint-Laurent, juste en bas de la Main. Le Monument-National, oui. Qu'il a découvert dès l'enfance et auquel il a rendu hommage dans son roman Le Trou dans le mur.

Yves Beauchemin, lui, s'est présenté à la croisée des chemins: la station de métro Berri-UQAM. Tandis que Suzanne Jacob s'est glissée dans le cimetière du mont Royal: «On y trouve toute la vie de la montagne, la vie animale», précise l'écrivaine originaire de l'Abitibi.

Chacun ses motivations, ses lieux de prédilection. Stéphane Bourguignon a choisi une gare, dans la ville de Mont-Royal. «Comme artiste, confie l'auteur de L'Avaleur de sable et de La Vie, la vie, la première chose que je dois faire au début de chaque projet, c'est me réapproprier la liberté de travailler. Oublier ce que j'ai fait avant, oublier ce que les gens attendent de moi. Et, quand je sens que je suis complètement dégagé, je repars à neuf. Comme pour un voyage.»

C'est dans un petit resto du quartier chinois que Claude Jasmin s'est pointé. Parce que c'est là que, enfant, il a eu la première fois l'impression de voyager, d'avoir accès à un certain exotisme. «Mon père, qui avait son magasin de chinoiseries, m'emmenait avec lui voir ses importateurs», raconte l'auteur de Chinoiseries, né en 1930 dans le quartier Villeray.

En passant, vous connaissez le lieu fétiche de Brian Perro à Montréal? Le restaurant Da Giovanni. Oui, oui. Rue Sainte-Catherine, près de Berri. L'auteur de la populaire série d'Amos Daragon, natif de Shawinigan, explique que c'est le premier endroit de la grande ville qu'il a fréquenté assidûment, enfant, avec ses parents.

Et puis, et puis... Le Dairy Queen, dans Rosemont, vous connaissez? C'était un des endroits préférés du bédéiste Michel Rabagliati quand il était petit. Ça l'est resté. Cet amateur de sundae aux fraises qui carbure à la nostalgie se définit comme un Montréalais pure laine: «Je suis un p'tit gars de la ville. J'ai vécu sur le béton. Où on demeurait, c'était asphalté à la grandeur. Pour moi, c'est très poétique, le béton.»

Chemin faisant, non seulement cette visite guidée de Montréal nous conduit dans des lieux inusités, elle nous permet aussi de mieux comprendre, de l'intérieur, l'univers des écrivains rencontrés. Des univers, parfois, diamétralement opposés.

Qu'y a-t-il de commun, à première vue, entre Kathy Reichs et Normand de Bellefeuille? Pourtant, tous les deux sont profondément attachés à Montréal. Et tous les deux sont d'avis qu'ils ne savent décrire que ce qu'ils connaissent.

Cela peut paraître étonnant, mais oubliez le mythe de l'écrivain qui a toujours rêvé de devenir écrivain. Sauf pour quelques-uns. Quelques-unes, surtout. Comme Christyne Brouillet, Élisabeth Vonarburg. Qui ont su très tôt quelle serait leur vocation. Même chose pour l'auteure de la série best-seller Les Chevaliers d'Émeraude, Anne Robillard: «En moi, je savais dès mon enfance qu'il fallait que je fasse ça avant de mourir. J'aurais gâché ma vie si je n'avais pas réussi à "sortir" au moins un livre. J'en faisais des cauchemars. Je savais que c'était le but de mon existence.»

Toutefois, pour la plupart des auteurs, l'écriture est arrivée par hasard. Pour Claude Jasmin, tiens. Qui s'est mis à griffonner des histoires pour passer le temps, pendant la mémorable grève des réalisateurs de Radio-Canada, en 1958. Et qui, fort du succès de ses premiers livres, a rédigé en trois semaines son roman le plus célèbre, La Petite Patrie, immortalisé à la télé.

Quant à Dany Laferrière: «En Haïti, j'étais journaliste. Ici, je voulais continuer, mais personne ne voulait m'engager sans que j'aille à l'université et ce n'était pas dans mes plans. Alors je me suis dit: "J'ai du temps. Finalement je vais écrire."»

Même Brian Perro ne se destinait pas à l'écriture. C'est le théâtre qui l'intéressait, le métier d'acteur. Mais une fois lancé dans le roman, à 27 ans, il y a pris goût. Il a pondu trois livres, pour adultes, où il était question de l'enfance... avant de se lancer dans la littérature jeunesse et de rédiger les trois premiers Amos Daragon en une année.

Vraiment passionnant à lire, Montréal à l'encre de tes lieux. Et à regarder. C'est vivant, ça bouge. La plume élégante de Florence Meney comme les photos léchées de Luc Lavigne donnent à cet ouvrage un enrobage raffiné. L'ensemble est impeccablement réalisé.

Bien sûr, on aurait aimé pouvoir aller un peu plus en profondeur avec certains auteurs. On pourrait aussi mettre en question la sélection des auteurs. Surtout, vingt écrivains seulement, c'est trop peu. Il faut faire une suite, tout de suite.

***

Montréal à l'encre de tes lieux

Florence Meney (textes), Luc Lavigne (photos)

Québec Amérique

Montréal, 2008, 317 pages






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