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    La petite chronique - Mais qu'est-ce qu'un bon roman ?

    14 mars 2009
    Inutile de nous le cacher, nous cherchons tous, nous les amateurs de lecture, la librairie idéale. Un lieu où se retrouveraient réunis bon nombre de livres de qualité. Les livres à gros tirage n'y seraient pas offerts en priorité et proposés en piles à l'acheteur éventuel.

    Au bon roman, de Laurence Cossé, raconte l'aventure de plus en plus invraisemblable d'une librairie du Quartier latin à Paris animée par un libraire et une mécène. Les instigateurs font appel à huit collaborateurs, écrivains ou universitaires, à qui on demande une liste d'ouvrages qu'ils souhaiteraient faire admettre dans leur panthéon.

    La librairie, appelée justement Au bon roman, remporte un grand succès. Non seulement est-elle fréquentée, mais elle est rentable. À un point tel qu'elle suscite bientôt des campagnes de publicité hostile. Les journaux de gauche soupçonnent les organisateurs d'élitisme intellectuel. D'autres organes de communication brandissent le spectre de l'intolérance. Des écrivains frustrés ne se consolent pas d'avoir été écartés du panthéon.

    La riposte devient à ce point féroce qu'on en vient à s'attaquer physiquement aux membres de l'aréopage. Les autorités policières sont alertées. L'enquête menace d'être longue. Elle ne se poursuivra qu'à cause de l'opiniâtreté d'un inspecteur, lui-même passionné de lecture.

    On le devine facilement, on nage en pleine fantaisie. À une époque où les librairies n'en ont souvent que le nom, il est nettement improbable qu'une initiative du genre ait un succès financier. Si on lit avec fascination un roman de 500 pages sur ce thème, c'est que la romancière s'adresse à des convaincus, à des amateurs de littérature, et qu'elle sait retenir leur attention.

    Le roman est au centre de cette fable. Des personnages sont évoqués, on suit avec intérêt leurs hésitations amoureuses, mais on surveille tout autant les références littéraires, les listes d'auteurs ou de titres qui parsèment le roman. Laurence Cossé prend soin d'avancer en exergue que «les écrivains qui appartiennent à un organe de presse, un jury de prix littéraire, une académie ou une autre institution culturelle ne puissent pas être cités dans ce roman. Nombre d'entre eux l'auraient été, bien sûr, s'ils n'avaient pas eu cette position de pouvoir». Inutile donc de chercher des oeuvres d'auteurs outrageusement médiatisés. Michon, Bergounioux plutôt que Bernard-Henri Lévy ou Houellbecq.

    Même si le roman aurait gagné à être allégé d'une bonne centaine de pages, il apporte un vent de fraîcheur et parvient à nous faire croire en cours de lecture que la marche de la barbarie de plus en plus envahissante que nous connaissons peut-être arrêtée. On peut rêver.

    Un roman initiatique

    Les Mystères de Pittsburgh de Michael Chabon n'auraient probablement pas été retenus par le jury imaginaire du Bon roman. Le romancier américain, futur prix Pulitzer, l'a rédigé à 25 ans.

    Roman initiatique, il raconte l'histoire d'un étudiant, fils de gangster, qui hésite entre amours homosexuelles et hétérosexuelles. Pendant l'été, il travaille dans une librairie, boit, fait l'amour et subit l'influence d'un ami pour le moins compromettant.

    Serais-je allé au bout de ce roman si l'auteur ne montrait pas des signes évidents de maîtrise romanesque? Peu probable. On est à mille lieues du climat du roman de Laurence Cossé. Les personnages de Chabon, tout inquiétants qu'ils sont, finissent par être attachants. Quant au narrateur, petit étudiant juif, il aurait pu travailler à la librairie parisienne. À condition, bien sûr, d'occuper certaines nuits blanches à lire plutôt qu'à forniquer avec garçons et filles. Il semble toutefois que la littérature ne l'intéresse pas à ce point.

    ***

    Collaborateur du Devoir

    ***

    Au bon roman

    Laurence Cossé

    Gallimard

    Paris, 2008, 495 pages

    ***

    Les Mystères de Pittsburgh

    Michael Chabon

    Robert Laffont, Pavillons, poche

    Paris, 2009, 371 pages
     
     
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