Roman: Nature morte
Petit commis au service à la clientèle d'une banque parisienne, un homme sans nom épie, surveille et traque des femmes qu'il choisit un peu au hasard pour leur voler leur sac à main. Parce qu'il croit que l'étude attentive de leur contenu permet de cerner la personnalité des femmes, il se fait violeur de sacs les soirs et les week-ends comme d'autres collectionnent les timbres. Ses motivations? Un désir mal défini de connaître et de pénétrer leur intimité, de s'approprier images, mots et odeurs qui parviendront peut-être à donner un sens à sa propre vie de laissé-pour-compte de l'amour. Cet homme malheureux qui a connu une enfance solitaire à l'ombre de sept soeurs plus âgées et de parents distants (nous n'en saurons pas davantage) est depuis toujours spectateur de la vie des autres.
Chaque nouvelle prise sera ainsi pour lui l'occasion de déployer le petit rituel de ce qu'il appelle ses «vies immobiles» ou natures mortes: «Il s'agissait de figer le cours d'une vie, d'en cristalliser l'inexorable écoulement pendant une fraction de seconde et de mener ainsi jusqu'au bout son travail d'explorateur.» Odeurs, petites culottes, flacons de parfum, secrets enfouis, lettres, photographies, journaux intimes, miettes de pain, tout ce que l'on peut trouver dans le sac d'une femme lui sert à assouvir sa curiosité sans bornes. Répandu ensuite sur une table, le contenu de chaque sac dérobé sera ainsi soigneusement inventorié et photographié avant d'être rendu sans regrets à sa propriétaire.
Psychopathe? Fétichiste de maroquinerie? Timide maladroit ou pervers polymorphe? Jugez plutôt: «Les bras à la perpendiculaire devant lui, il se laissa habiter par une odeur mélangée de cuir et de parfum, un parfum femelle qui eut vite raison de sa sérénité. Sous l'effet d'un courant tellurique, il fut saisi de convulsions accompagnées de feulements d'abord discrets et sporadiques qui, à mesure que son nez reniflait le cuir, se transformèrent en hurlements ininterrompus et terrifiants.» Malgré tremblements, «tachycardie» et évanouissements, le narrateur persiste à nous le décrire comme une sorte de scientifique, un spéléologue de cabas, détaché et froid face à son entreprise impossible de connaissance du «mystère» féminin. On cherche vainement la vérité du personnage.
Porté par une écriture plutôt faible, faite de phrases sans rythme ou maladroites, La Vie immobile est un premier roman plutôt bavard, «dilué» comme ils le sont souvent, où l'exploration un peu gauche de la féminité côtoie des réflexions dissimulées sur le Québec et sur l'exil. Quelque part entre L'homme qui aimait les femmes et American Psycho, sans la poésie de l'un ou la fureur folle de l'autre, ce premier roman de Jean-Marie Bioteau (qui nous a déjà donné un singulier Guide pratique des Montréal de France ainsi qu'une biographie du comédien et metteur en scène Paul Buissonneau) explore les méandres du désir d'une bien curieuse façon.
LA VIE IMMOBILE
Jean-Marie Bioteau
Triptyque
Montréal, 2003, 181 pages
Chaque nouvelle prise sera ainsi pour lui l'occasion de déployer le petit rituel de ce qu'il appelle ses «vies immobiles» ou natures mortes: «Il s'agissait de figer le cours d'une vie, d'en cristalliser l'inexorable écoulement pendant une fraction de seconde et de mener ainsi jusqu'au bout son travail d'explorateur.» Odeurs, petites culottes, flacons de parfum, secrets enfouis, lettres, photographies, journaux intimes, miettes de pain, tout ce que l'on peut trouver dans le sac d'une femme lui sert à assouvir sa curiosité sans bornes. Répandu ensuite sur une table, le contenu de chaque sac dérobé sera ainsi soigneusement inventorié et photographié avant d'être rendu sans regrets à sa propriétaire.
Psychopathe? Fétichiste de maroquinerie? Timide maladroit ou pervers polymorphe? Jugez plutôt: «Les bras à la perpendiculaire devant lui, il se laissa habiter par une odeur mélangée de cuir et de parfum, un parfum femelle qui eut vite raison de sa sérénité. Sous l'effet d'un courant tellurique, il fut saisi de convulsions accompagnées de feulements d'abord discrets et sporadiques qui, à mesure que son nez reniflait le cuir, se transformèrent en hurlements ininterrompus et terrifiants.» Malgré tremblements, «tachycardie» et évanouissements, le narrateur persiste à nous le décrire comme une sorte de scientifique, un spéléologue de cabas, détaché et froid face à son entreprise impossible de connaissance du «mystère» féminin. On cherche vainement la vérité du personnage.
Porté par une écriture plutôt faible, faite de phrases sans rythme ou maladroites, La Vie immobile est un premier roman plutôt bavard, «dilué» comme ils le sont souvent, où l'exploration un peu gauche de la féminité côtoie des réflexions dissimulées sur le Québec et sur l'exil. Quelque part entre L'homme qui aimait les femmes et American Psycho, sans la poésie de l'un ou la fureur folle de l'autre, ce premier roman de Jean-Marie Bioteau (qui nous a déjà donné un singulier Guide pratique des Montréal de France ainsi qu'une biographie du comédien et metteur en scène Paul Buissonneau) explore les méandres du désir d'une bien curieuse façon.
LA VIE IMMOBILE
Jean-Marie Bioteau
Triptyque
Montréal, 2003, 181 pages
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

