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À quelques livres du bonheur

Caroline Montpetit   7 mars 2009  Livres
Photo : Agence France-Presse
C'est un remède à bien des maux, encore trop peu utilisé. Les études sont en effet formelles: la lecture faite aux jeunes enfants a pour grande vertu de favoriser la réussite scolaire. L'an dernier, une enquête canadienne a même démontré que la lecture effectuée à la maison en compagnie des parents était le seul facteur d'amélioration des résultats scolaires au primaire, les devoirs ayant peu d'effet à ce stade. D'où la nécessité de s'y mettre au plus tôt.

Lire aux enfants est nécessaire, voire primordial, et ce, dès le plus jeune âge. Au moment où un enfant entre à la maternelle, soit à l'âge de cinq ans, on attend déjà de lui, sans qu'il sache lire, qu'il ait un bon vocabulaire et que l'écrit lui soit familier, qu'il puisse déterminer si un livre est à l'envers, qu'il connaisse ses couleurs et certaines lettres, et qu'il puisse reconnaître les chiffres de un à dix et en connaître le sens, explique Maryse Perreault, présidente-directrice générale de la Fondation pour l'alphabétisation du Québec.

«La société change à une vitesse exponentielle», dit-elle, précisant qu'il y a seulement quelques décennies le Québec n'avait même pas de ministère de l'Éducation. Et les attentes envers ses membres se transforment de la même façon. Désormais, on dit qu'un adulte, pour être fonctionnel, doit avoir des aptitudes de lecture de niveau 3, c'est-à-dire qu'il doit pouvoir lire de façon quotidienne, pouvoir tirer d'un texte l'information principale et la reformuler dans ses mots, pouvoir passer par-dessus un mot de vocabulaire qu'il ne comprend pas sans pour autant perdre le fil du texte.

«C'est l'équivalent d'une bonne 5e secondaire», dit-elle. Or Mme Perreault fait un lien direct entre les 29 % de décrocheurs québécois du secondaire et les 35 % d'enfants qui sont identifiés comme «vulnérables», en ce qui concerne la maturité scolaire, dès leur arrivée en maternelle.

«C'est prouvé qu'à l'âge de huit ans un enfant [potentiellement décrocheur] a déjà décroché mentalement. Il attend simplement le moment où il pourra le faire. Essayer de raccrocher les enfants à l'école à l'adolescence, c'est comme mettre un pansement sur une jambe de bois», dit-elle.

Intervenir très tôt

Pour «raccrocher» les jeunes à l'école, il faut intervenir beaucoup plus tôt, dès la première année de vie. Il faut prendre les enfants sur nos genoux quinze minutes par jour alors qu'ils sont tout petits et leur faire découvrir les joies de la lecture, pour le simple plaisir. Car un enfant qui sait lire n'est pas nécessairement un enfant qui aime lire. Et certains enfants qui ont appris à lire tôt ne sont pas devenus systématiquement des mordus de lecture, dit Patricia Bossy, directrice de l'organisme Jame, pour J'apprends avec mon enfant, qui offre des séances de lecture bénévoles à la maison, auprès d'enfants éprouvant des difficultés en lecture.

«On vise beaucoup plus que le simple décodage des livres, ajoute-t-elle. On fait une énorme différence entre savoir lire et aimer lire. Il y a beaucoup d'adolescents tout à fait compétents en lecture mais qui décident de décrocher de l'école.»

La lecture, poursuit Maryse Perreault, c'est la porte d'entrée dans le monde de l'abstraction, comme dans celui de la connaissance en général. Aussi, un enfant dont le premier contact avec l'écrit se déroule à l'école, dans un contexte disciplinaire, peut complètement passer à côté de l'apprentissage du bonheur de lire. Lorsque le groupe JAME établit un contact avec une famille nécessitant un soutien à la lecture, il incite celle-ci à s'inscrire à la bibliothèque de son quartier.

«Ce qu'il faut faire, tout le monde peut le faire», écrit Dominique Demers dans son livre Au bonheur de lire. Comment donner le goût de lire à son enfant de 0 à 8 ans, qui vient de paraître chez Québec Amérique. Parmi les dix raisons que l'auteure évoque pour donner le goût de la lecture aux enfants, on trouve les suivantes: «lire rend heureux», «lire rend plus libre et plus puissant», «lire libère l'imaginaire», «lire est thérapeutique», «les livres nous ouvrent au monde» et «lire mène à écrire».

Pour que notre enfant aime lire, multiplions les rencontres de ce dernier avec les livres, lisons en sa compagnie pour donner l'exemple, choisissons des livres qui lui plaisent, choisissons des livres qui nous plaisent aussi, écrit Dominique Demers.

Ce n'est pas le choix qui manque. Au Québec seulement, le quart des livres publiés s'adressent aux enfants, ajoute-t-elle. Quand l'organisme Communication jeunesse, qui fait la promotion de la littérature québécoise pour la jeunesse, a été fondé, en 1971, il n'y avait qu'une dizaine de titres québécois publiés dans ce rayon. Or, l'an dernier seulement, l'organisme a reçu 645 titres, explique Johanne Gaudet, directrice de l'organisme. C'est sans parler de la panoplie de magazines qui leur sont adressés.

Lire ce qu'on veut, c'est aussi un apprentissage de la liberté. Si on dit que les garçons lisent moins que les filles, c'est peut-être parce qu'ils ne s'intéressent pas nécessairement à ce qu'on voudrait qu'ils lisent.

«Les garçons — et les hommes en général — préfèrent souvent la non-fiction, les ouvrages documentaires par exemple. Toutefois, ces livres peuvent être aussi bien écrits et aussi stimulants qu'un grand roman», écrit Dominique Demers.

«Si on compare la littérature à l'amour, ajoute-t-elle, on ne doit pas s'étonner que les choix des garçons diffèrent autant de ceux des filles. Assurons-nous que les modèles de lecteurs ne soient pas exclusivement féminins. Est-ce toujours maman qui raconte des histoires avant le dodo? Les papas sont pourtant formidables pour imiter la voix du gros méchant loup!»
 
 
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  • Pierrette L. Ste Marie
    Abonné
    samedi 7 mars 2009 08h43
    Un cadeau à nos enfants et... à la société
    Très bon article à mettre entre toutes les mains.
    C'est un excellent moyen de faire de l'heure du dodo un moment agréable.
    C'est également des moments de colle-colle avec les petits.
    Ce plaisir, on le garde intérieurement toute la vie.
    Et, lorsqu'on devient grand-maman, on recommence.......

  • marie-claude leclerc
    Inscrite
    samedi 7 mars 2009 11h09
    Un effort pour le bonheur !
    Prendre du temps avec nos enfants pour lire, regarder des livres est tellement simple.C'est déconcertant de voir qu'en 2009, il y a encore énormément de sensibilisation à faire. Parmi les plus beaux moments partagés avec ma fille ce sont justement ceux liés à la lecture. Oubliez le quotidien pour quelques heures, organiser des petites activités qui vont de la lecture dans la berçante, des virées à la bibliothèque, des bed-in de livres, des jeux liés aux mots. Et même l'invention de mots et des conversations hautement littéraires ! Résultat, ma fille est excellente en français, elle a un vocabulaire riche et dévore les livres. Ok, le ménage n'est pas parfait, il y a des piles de livres (usagés pour la plupart) un peu partout. Des heures restreintes de télé et d'ordinateur. Et pourtant, malgré un budget très serré, il est possible de placer les priorités aux bons endroits et une pile de livres vaut bien mieux que bien des objets à la mode qui finissent au dépotoir. Oui, un certain bagage culturel donne une longueur d'avance mais un petit effort avec des enfants est primordial quelque soit la classe sociale. Un seul livre et les enfants s'agglutinent autour de vous pour découvrir le monde, ils ne demandent pas beaucoup juste de la stimulation et du bonheur partagé.

  • Philippe Pelletier
    Inscrit
    mercredi 11 mars 2009 09h21
    Pour aider les parents
    Il existe un excellent projet de soutien aux parents qui sont moins à l'aise avec la lecture. HIPPY* qui est en activité à travers le monde. Ici au Québec, c'est dans les quartiers Notre-Dame-de-Grâce et Côte-des-Neiges à Montréal qu'une centaine de familles profitent de cette expérience unique de coaching des parents pour développer le goût de la lecture et des mots chez leurs tout-petits d'âge préscolaire.

    Une accompagnatrice vient à domicile une heure par semaine former et motiver les jeunes parents à pratiquer une série d'activités journalières de lecture et jeux éducatifs d'une demi-heure environ pour les 3 à 5 ans afin d'éveiller et développer leur goût et leurs aptitudes pour la littératie.

    Une initiative prometteuse qui pourrait être étendue à d'autres communautés partout au Québec pour contrer le décrochage scolaire à la source, comme le suggère si judicieusement madame Perrault.

    *http://www.centreforliteracy.qc.ca/projects/hippy-

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