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La petite chronique - Destin de Camus

21 février 2009  Livres
Albert Camus dans une attitude familière, cigarette aux lèvres, lisant un journal.
Photo : Agence France-Presse
Albert Camus dans une attitude familière, cigarette aux lèvres, lisant un journal.
Il n'y a pas tellement longtemps on opposait à loisir Albert Camus à Jean-Paul Sartre. La plupart du temps à l'avantage du second. De l'auteur de La Peste, on répétait volontiers qu'il était un penseur pour jeunes gens à la mode. Il ne pesait pas lourd à côté du pape de l'existentialisme.

Il en est bien autrement par les temps qui courent. Alors que la figure de l'intellectuel germanopratin souffre des excès de ses engagements libertaires et de ses diktats, celle de Camus grandit. Il est lu massivement grâce à ses romans, on lui voue un culte qui ne se dément pas. Dans Le Monde, édition du 26 décembre dernier, Olivier Todd évoque justement à son sujet le double épithète de «penseur et artiste».

Dans la collection dite «Bibliothèque de la Pléiade» paraissent les tomes III et IV des Îuvres complètes. Patiemment composée, agrémentée de présentations fort éclairantes, cette édition est chronologique. On y trouve, tout genre confondu, les écrits de Camus qui s'échelonnent de 1949 à 1959.

Tout n'y est pas de la même nécessité. Il s'agissait avant tout de donner une image globale de l'oeuvre. Les pièces maîtresses en sont, sans l'ombre d'un doute, L'Homme révolté, La Chute et Le Premier Homme.

Si rien n'est indifférent dans l'oeuvre d'un écrivain qui a marqué son époque à la façon de notre auteur, il est évident que L'Homme révolté occupe une place prédominante. Camus, on s'en souviendra, prend ses distances d'avec le communisme, dont il dénonce les abus du goulag, à la différence de Sartre qui, tout en ne niant pas l'existence de ces atrocités, ne se refusait pas une alliance avec le PC.

Pour un esprit aussi peu aguerri à la philosophie que le mien, impossible de ne pas être camusien. L'époque des idéologies paraît bien révolue et l'humanisme de l'auteur de L'Été semble en comparaison autrement plus concluant.

Si La Chute fascine toujours par son pessimisme désespéré, les textes compris dans Actuelles II et III et dans les Chroniques algériennes n'ont évidemment plus la même acuité quelques décennies plus tard. C'est le sort que l'on réserve aux proses commandées par l'actualité, ce qui ne veut surtout pas dire qu'elles n'ont pas eu leur nécessité.

Je ne connaissais pas les Carnets. Écrits dans les dix dernières années de vie de leur auteur, ils tiennent compte des lectures et des expériences d'un homme miné par la tuberculose, nobélisé en 1957, conscient de l'importance de sa responsabilité d'écrivain, pétri de doutes de tous ordres. Il y a aussi, dans ces Carnets, l'autoportrait d'un écrivain qui, tout en n'ayant rien d'un homme de lettres, devient le temps d'un voyage en Amérique du Sud représentant malgré lui d'une culture — l'occidentale et la française en particulier, dont il n'approuve pas toujours la teneur. Il se montre observateur amusé ou agacé, curieux ou désillusionné de terres à découvrir. Pour quiconque douterait de la simplicité essentielle d'un fils du peuple devenu porte-parole d'une génération, une preuve irréfutable.

En plus de textes épars écrits dans une période relativement courte — dix ans — qui donnent une idée de la ferveur et du labeur d'un homme qui savait aussi rire, danser et s'amuser, on trouve également les textes de Requiem pour une nonne, d'après Faulkner, et d'Un cas intéressant de Dino Buzzati. L'univers inquiétant de l'auteur du Désert des Tartares devait être fascinant pour un homme se sachant aux prises avec la maladie. Pour expliquer les règles qu'il applique au travail d'adaptateur, Camus a ces mots qui disent tout sur sa manière: «Je n'ai jamais cru que l'adaptateur dût être le cheval d'un pâté dont l'auteur serait l'alouette.»

***

Collaborateur du Devoir

***

Oeuvres complètes

tomes III et IV

Albert Camus

Gallimard,

«Bibliothèque de la Pléiade»

Paris, 2008, 1481 et 1594 pages






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  • jean-louis galiero
    Inscrit
    samedi 21 février 2009 06h11
    simplicité essentielle
    « Tant mieux si la figure de Camus grandit, comme vous dites, et bravo si les jeunes continuent à le lire. Camus c'est la conscience qui ne se dément pas. Il nous aide à affronter l'absurdité du monde sans recourir aux illusions des postures ni des dogmes. Soucieux de préserver ce qui rassemble les hommes plutôt que d'accentuer ce qui les divise, il suscite l'espoir , c'est-à-dire des raisons de vivre. La lucidité et le doute n'abolissent pas la beauté du monde : Todd a sans doute raison d'unir le penseur et l'artiste. On est loin du confort et de l'indifférence »

  • Edwin Rossbach
    Abonné
    vendredi 1 mai 2009 10h04
    Travail scolaire sur le portrait d'un critique
    « Bonjour,

    Nous sommes des étudiants en littérature au Cégep de Lévis-Lauzon et, dans le cadre de notre cour de critique, nous devons présenter le portrait d'un critique littéraire. Nous apprécierions beaucoup que vous preniez quelques minutes pour répondre à nos questions, qui cherchent à mettre en lumière votre vision de la profession.

    Voici les questions :

    1. Pourquoi avez-vous choisi le métier de critique?
    2. Qu'est-ce que le métier de critique pour vous, qu'est-ce que cela implique comme travail?
    3. Préférez-vous écrire des critiques favorables ou défavorables sur les oeuvres que vous lisez?
    4. Quel est votre processus de création, votre méthode de travail?
    5. Combien de temps consacrez-vous, en moyenne, à la lecture et à la rédaction de vos critiques?
    6. Combien d'oeuvres littéraires pouvez-vous lire, en moyenne, par année?
    7. Quelles formations avez-vous suivi et quelles sont vos expériences de travail?
    8. Quels sont vos préférences littéraires?
    9. Pourquoi les critiques encensent-ils les auteurs québécois, à votre avis?

    Pour nous faire parvenir vos réponses ou si vous avez besoin d'informations supplémentaires, vous pouvez communiquer avec nous à l'adresse suivante : plumpad22@hotmail.com

    Merci beaucoup de votre attention. »

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