La fille du train, Poissonne et le suicidé
Michèle Plomer
Son père est britannique, sa mère, acadienne. Elle est née à Montréal, vit en Chine. Et elle écrit des livres atypiques, inattendus, qui sortent allègrement des sentiers battus. Son nom: Michèle Plomer.
Elle est sortie de l'ombre en 2007, avec Le Jardin sablier. Prix Alfred-Desrochers, mention spéciale du jury au prix Anne-Hébert. Et présentement finaliste au Grand Prix de la relève Archambault.
Dans ce petit bouquin de moins de 100 pages, elle rendait hommage... au jardinage. Tout simplement. Dans la sobriété, le dépouillement. Mais de façon très personnelle, en même temps.
Intimité. C'est peut-être le mot clé. Celui qui sied aussi au deuxième livre de Michèle Plomer. Très différent, pourtant. Plus dépaysant, assurément. Plus proche du véritable roman que le précédent, aussi. Quoique... On dirait un carnet d'observation, par moments. Observation du monde, de soi. Chronique du temps qui passe, qui change. Réflexion sur qui on a été, qui on est devenu, qui on pourrait devenir, peut-être.
Réflexion sur qui sont les autres pour nous, surtout. Et sur qui nous sommes pour eux. Comment ça marche, finalement, les relations humaines? Qu'on soit à Montréal ou à Hong Kong?
Le titre: HKPQ. Pour Hong Kong P.Q. Parce que dans le livre, la narratrice, une Québécoise, vit à Hong Kong. Parce que même à Hong Kong, le Québec la poursuit. Ce qui s'y est passé avant son départ, du moins.
Dès le début, on sait qu'elle va revenir ici. Dans des circonstances bizarres, inquiétantes. On sait tout de suite que la police s'en est mêlée. Pourquoi? Que s'est-il donc passé?
C'est ce que la narratrice va nous expliquer. Mais sans en avoir l'air. En prenant son temps. En tissant sa toile. En parsemant son récit d'étrangetés, d'événements sans lien apparent.
D'abord, il y a le train. Ou plutôt, une rencontre fortuite dans le train pour Canton. Celle d'une jeune femme en fuite. «Elle retenait son souffle comme quelqu'un qui a perdu ses clés ou la bague de sa grand-mère.»
On a l'impression de la voir vraiment, cette Chinoise affolée, qui tourne le dos à son passé. Avec «ses mains rouges, écorchées aux ongles et aux jointures», ces mains «qui travaillaient depuis longtemps dans l'eau savonneuse».
Subitement, avant de disparaître, elle va remettre à la narratrice, qu'elle ne connaît ni d'Ève ni d'Adam mais qu'elle appelle «grande soeur», une lettre. Une lettre pour sa mère portée disparue après une terrible inondation.
Une lettre dans laquelle elle raconte qu'elle part refaire sa vie avec son amoureux, qu'elle n'en peut plus de travailler comme bonne dans une maison de riches où la dame des lieux se croit tout permis, qu'elle a même dérobé à celle-là un de ses colliers. Et voilà.
Étrange, comme situation. Que faire avec cette lettre? La narratrice la garde comme un bijou, la porte sur son coeur, la relit constamment. Éventuellement, elle croira apercevoir, dans les rues de Hong Kong, une silhouette qui pourrait être celle de la jeune femme du train.
Ça ira plus loin. Il y aura de nouveaux développements. Qu'on taira ici. Mais qui auront un impact de taille sur la vie de la narratrice. Elle, entre-temps, se sera acclimatée tant bien que mal à sa nouvelle vie.
Enfin il n'est plus là. Enfin il est mort. C'est terrible à dire, mais elle est soulagée de savoir que l'homme qui lui empoisonnait l'existence au Québec s'est suicidé. C'est d'ailleurs tout de suite après l'autopsie qu'elle a décidé de s'exiler.
Mais rien à faire, on dirait qu'il la pourchasse. Non seulement il s'immisce constamment dans ses pensées, mais cette ombre, là, qui vient de passer, ce ne serait pas lui?
Donc, la fille du train. Et l'homme mort qui lui en a fait baver. Mais est-il vraiment mort, celui-là? Ça fait deux. Deux phénomènes bizarres dans sa vie. Il y en a un troisième: un poisson qu'elle a adopté à son arrivée à Hong Kong.
Ou plutôt, une poissonne. Appelée justement «Poissonne». Avec qui la narratrice dialogue dans la solitude de son mini-appartement. Qui lui parle, elle aussi, oui, oui. Qu'elle a fini par considérer comme son enfant.
Tout un phénomène, en effet: Poissonne s'avérera appartenir à une espèce rare, très, très chère, recherchée pour ses pouvoirs supposément aphrodisiaques.
Croyez-le ou non, Poissonne, la fille du train et le suicidé, tout ça va se recouper. Pour mener au dénouement que l'on sait: retour au Québec, de façon cavalière. Et nous? On va en redemander...
***
Collaboratrice du Devoir
***
HKPQ
Michèle Plomer
Marchand de feuilles
Montréal, 2009, 225 pages
Elle est sortie de l'ombre en 2007, avec Le Jardin sablier. Prix Alfred-Desrochers, mention spéciale du jury au prix Anne-Hébert. Et présentement finaliste au Grand Prix de la relève Archambault.
Dans ce petit bouquin de moins de 100 pages, elle rendait hommage... au jardinage. Tout simplement. Dans la sobriété, le dépouillement. Mais de façon très personnelle, en même temps.
Intimité. C'est peut-être le mot clé. Celui qui sied aussi au deuxième livre de Michèle Plomer. Très différent, pourtant. Plus dépaysant, assurément. Plus proche du véritable roman que le précédent, aussi. Quoique... On dirait un carnet d'observation, par moments. Observation du monde, de soi. Chronique du temps qui passe, qui change. Réflexion sur qui on a été, qui on est devenu, qui on pourrait devenir, peut-être.
Réflexion sur qui sont les autres pour nous, surtout. Et sur qui nous sommes pour eux. Comment ça marche, finalement, les relations humaines? Qu'on soit à Montréal ou à Hong Kong?
Le titre: HKPQ. Pour Hong Kong P.Q. Parce que dans le livre, la narratrice, une Québécoise, vit à Hong Kong. Parce que même à Hong Kong, le Québec la poursuit. Ce qui s'y est passé avant son départ, du moins.
Dès le début, on sait qu'elle va revenir ici. Dans des circonstances bizarres, inquiétantes. On sait tout de suite que la police s'en est mêlée. Pourquoi? Que s'est-il donc passé?
C'est ce que la narratrice va nous expliquer. Mais sans en avoir l'air. En prenant son temps. En tissant sa toile. En parsemant son récit d'étrangetés, d'événements sans lien apparent.
D'abord, il y a le train. Ou plutôt, une rencontre fortuite dans le train pour Canton. Celle d'une jeune femme en fuite. «Elle retenait son souffle comme quelqu'un qui a perdu ses clés ou la bague de sa grand-mère.»
On a l'impression de la voir vraiment, cette Chinoise affolée, qui tourne le dos à son passé. Avec «ses mains rouges, écorchées aux ongles et aux jointures», ces mains «qui travaillaient depuis longtemps dans l'eau savonneuse».
Subitement, avant de disparaître, elle va remettre à la narratrice, qu'elle ne connaît ni d'Ève ni d'Adam mais qu'elle appelle «grande soeur», une lettre. Une lettre pour sa mère portée disparue après une terrible inondation.
Une lettre dans laquelle elle raconte qu'elle part refaire sa vie avec son amoureux, qu'elle n'en peut plus de travailler comme bonne dans une maison de riches où la dame des lieux se croit tout permis, qu'elle a même dérobé à celle-là un de ses colliers. Et voilà.
Étrange, comme situation. Que faire avec cette lettre? La narratrice la garde comme un bijou, la porte sur son coeur, la relit constamment. Éventuellement, elle croira apercevoir, dans les rues de Hong Kong, une silhouette qui pourrait être celle de la jeune femme du train.
Ça ira plus loin. Il y aura de nouveaux développements. Qu'on taira ici. Mais qui auront un impact de taille sur la vie de la narratrice. Elle, entre-temps, se sera acclimatée tant bien que mal à sa nouvelle vie.
Enfin il n'est plus là. Enfin il est mort. C'est terrible à dire, mais elle est soulagée de savoir que l'homme qui lui empoisonnait l'existence au Québec s'est suicidé. C'est d'ailleurs tout de suite après l'autopsie qu'elle a décidé de s'exiler.
Mais rien à faire, on dirait qu'il la pourchasse. Non seulement il s'immisce constamment dans ses pensées, mais cette ombre, là, qui vient de passer, ce ne serait pas lui?
Donc, la fille du train. Et l'homme mort qui lui en a fait baver. Mais est-il vraiment mort, celui-là? Ça fait deux. Deux phénomènes bizarres dans sa vie. Il y en a un troisième: un poisson qu'elle a adopté à son arrivée à Hong Kong.
Ou plutôt, une poissonne. Appelée justement «Poissonne». Avec qui la narratrice dialogue dans la solitude de son mini-appartement. Qui lui parle, elle aussi, oui, oui. Qu'elle a fini par considérer comme son enfant.
Tout un phénomène, en effet: Poissonne s'avérera appartenir à une espèce rare, très, très chère, recherchée pour ses pouvoirs supposément aphrodisiaques.
Croyez-le ou non, Poissonne, la fille du train et le suicidé, tout ça va se recouper. Pour mener au dénouement que l'on sait: retour au Québec, de façon cavalière. Et nous? On va en redemander...
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Collaboratrice du Devoir
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HKPQ
Michèle Plomer
Marchand de feuilles
Montréal, 2009, 225 pages
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