Yves Beauchemin: matou des villes, renard des champs
«J'en suis venu à la conclusion qu'un bon roman pour enfants doit intéresser les adultes»
Photo : Jacques Grenier
Yves Beauchemin
On aime de Beauchemin ses natures vivantes et sa façon de peindre Montréal. On aime ses personnages attachants, le petit Monsieur Émile du Matou, Juliette Pomerleau et Charles Thibodeau. Le voilà qui quitte la ville pour Entrelacs, dans Lanaudière, où il met en scène Renard Bleu. Inspiré des histoires qu'il contait à ses gamins et qui continuent, 30 ans plus tard, de les hanter, Beauchemin signe cette fable de douce folie. Un conte pour tous? «Un coup d'audace», selon l'écrivain.
Renard Bleu est un animal parlant comme il y en a quelques-uns dans ce nouvel univers. Pris dans une course contre la montre, le héros à quatre pattes doit résoudre l'énigme de la terrible sorcière Eulalie Laloux pour faire lever la malédiction jetée sur sa famille. Sans quoi ses parents et sa soeur se perdront dans un sommeil éternel. Accompagné par Gustave l'Ours et le Canard Athlète, aidé par le docteur Xénophon Grangeneuve et la douce retraitée madame Desjardins, Renard Bleu consulte les spécialistes du ministère de l'Éducation, se plonge dans la forêt boréale et dans les abysses de l'Atlantique pour trouver la réponse.
Depuis Charles le Téméraire et ses trois tomes qui ont peuplé dix ans de sa vie, Yves Beauchemin fait dans le court. Après les pensées et les aphorismes publiés dans Le Calepin rouge (Les Intouchables), l'auteur pensait bâtir les aventures de Renard Bleu en plusieurs romans jeunesse. Mais son éditeur l'a poussé à sortir d'un format devenu trop commun et à se laisser aller au plaisir d'écrire. Sur autant de pages que cela prendrait. «J'ai senti qu'il y avait là un défi et que le projet venait de changer complètement de nature», explique Beauchemin. Il se nourrit alors aux maîtres du roman jeunesse, relit les incontournables Alice au pays des merveilles et L'Île au trésor, de Lewis Caroll et de Robert Louis Stevenson, mais aussi Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède et ses 430 pages bien tassées et Les Frères Coeur-de-Lion, des auteurs suédois Selma Lagerlölf et Astrid Lindgren. «[Des livres qui sont] très loin de La Courte Échelle et de la collection jeunesse de Québec Amérique. J'en suis venu à la conclusion qu'un bon roman pour enfants doit intéresser les adultes.» L'écrivain construit donc Renard Bleu en s'abandonnant au pur bonheur de conter. «Je me suis amusé comme un fou!»
Les raisons de la colère
Beauchemin veut transmettre ici, outre son amour de la vie, de l'humour et des animaux, sa profonde méfiance envers les politiciens. «Ce n'est pas drôle [...] d'être un politicien, dit Renard Bleu. Il faut toujours faire semblant. Et on n'arrête jamais de courir. Comment voulez-vous réfléchir?» Car Beauchemin aime aussi jouer au polémiste. Il n'hésite pas à sortir ses griffes et sa plume pour dénoncer la médiocrité dans les lettres ouvertes des quotidiens. Au Devoir comme ailleurs, on a pu lire ses critiques de la gestion de la forêt, des lois du système de santé ou des fêtes du 400e de Québec. Des critiques nourries par une indignation qui ne se retrouve qu'en traces infinitésimales dans ses romans. Les doubles visages de Beauchemin sont-ils inconciliables? «C'est un défi que j'aimerais relever: être capable d'intégrer, de donner forme à cette angoisse et à cette colère de Québécois tout en faisant oeuvre littéraire. Parce que j'ai une certaine méfiance à l'égard du roman à thèse, qu'on utilise pour servir une autre cause que celle de la littérature. Mais les raisons qui alimentent ma colère sont loin d'avoir diminué, même qu'elles augmentent», tonne-t-il, avant de nommer la situation politique, le recul du français à Montréal et le désastre écologique annoncé parmi les causes qui le déclenchent. «Je ressens beaucoup de colère, par exemple, pour un dénommé Couillard. Je trouve qu'il n'a pas eu le traitement qu'il méritait, ce ministre de la Santé qui modifie la loi juste avant de partir. Ce gros visage joufflu, bon enfant. Il y a des personnages chez Tolstoï comme ça; il pourrait devenir un personnage, je le vois déjà», dit l'écrivain, sourire aux lèvres.
Beauchemin veut transmettre ici, outre son amour de la vie, de l'humour et des animaux, sa profonde méfiance envers les politiciens. «Ce n'est pas drôle [...] d'être un politicien, dit Renard Bleu. Il faut toujours faire semblant. Et on n'arrête jamais de courir. Comment voulez-vous réfléchir?» Car Beauchemin aime aussi jouer au polémiste. Il n'hésite pas à sortir ses griffes et sa plume pour dénoncer la médiocrité dans les lettres ouvertes des quotidiens. Au Devoir comme ailleurs, on a pu lire ses critiques de la gestion de la forêt, des lois du système de santé ou des fêtes du 400e de Québec. Des critiques nourries par une indignation qui ne se retrouve qu'en traces infinitésimales dans ses romans. Les doubles visages de Beauchemin sont-ils inconciliables? «C'est un défi que j'aimerais relever: être capable d'intégrer, de donner forme à cette angoisse et à cette colère de Québécois tout en faisant oeuvre littéraire. Parce que j'ai une certaine méfiance à l'égard du roman à thèse, qu'on utilise pour servir une autre cause que celle de la littérature. Mais les raisons qui alimentent ma colère sont loin d'avoir diminué, même qu'elles augmentent», tonne-t-il, avant de nommer la situation politique, le recul du français à Montréal et le désastre écologique annoncé parmi les causes qui le déclenchent. «Je ressens beaucoup de colère, par exemple, pour un dénommé Couillard. Je trouve qu'il n'a pas eu le traitement qu'il méritait, ce ministre de la Santé qui modifie la loi juste avant de partir. Ce gros visage joufflu, bon enfant. Il y a des personnages chez Tolstoï comme ça; il pourrait devenir un personnage, je le vois déjà», dit l'écrivain, sourire aux lèvres.
Un autre tome de Charles le Téméraire séduirait aussi Beauchemin. Car Charles demeure le livre qui lui est le plus cher. Même si le public semble rester amoureux du Matou, ce deuxième roman qui a été «une explosion nucléaire dans [sa] carrière». Une explosion qui lui a permis de considérer vivre de sa plume. «[Avec l'expérience], l'écriture devient plus facile, mais nos exigences s'élèvent. Et au fil des ans, le nombre de choses à dire diminue, puisque tu les as déjà dites. Avec Renard Bleu, j'attaque un registre que je n'ai jamais touché. D'ailleurs, j'ai un peu le trac. Ça veut dire que pour moi, vraiment, c'est du nouveau.» Du matou des villes au renard des champs, Beauchemin découvre encore.
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Collaboratrice du Devoir
***
Renard bleu
Yves Beauchemin
Éditions Fides
Renard Bleu est un animal parlant comme il y en a quelques-uns dans ce nouvel univers. Pris dans une course contre la montre, le héros à quatre pattes doit résoudre l'énigme de la terrible sorcière Eulalie Laloux pour faire lever la malédiction jetée sur sa famille. Sans quoi ses parents et sa soeur se perdront dans un sommeil éternel. Accompagné par Gustave l'Ours et le Canard Athlète, aidé par le docteur Xénophon Grangeneuve et la douce retraitée madame Desjardins, Renard Bleu consulte les spécialistes du ministère de l'Éducation, se plonge dans la forêt boréale et dans les abysses de l'Atlantique pour trouver la réponse.
Depuis Charles le Téméraire et ses trois tomes qui ont peuplé dix ans de sa vie, Yves Beauchemin fait dans le court. Après les pensées et les aphorismes publiés dans Le Calepin rouge (Les Intouchables), l'auteur pensait bâtir les aventures de Renard Bleu en plusieurs romans jeunesse. Mais son éditeur l'a poussé à sortir d'un format devenu trop commun et à se laisser aller au plaisir d'écrire. Sur autant de pages que cela prendrait. «J'ai senti qu'il y avait là un défi et que le projet venait de changer complètement de nature», explique Beauchemin. Il se nourrit alors aux maîtres du roman jeunesse, relit les incontournables Alice au pays des merveilles et L'Île au trésor, de Lewis Caroll et de Robert Louis Stevenson, mais aussi Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède et ses 430 pages bien tassées et Les Frères Coeur-de-Lion, des auteurs suédois Selma Lagerlölf et Astrid Lindgren. «[Des livres qui sont] très loin de La Courte Échelle et de la collection jeunesse de Québec Amérique. J'en suis venu à la conclusion qu'un bon roman pour enfants doit intéresser les adultes.» L'écrivain construit donc Renard Bleu en s'abandonnant au pur bonheur de conter. «Je me suis amusé comme un fou!»
Les raisons de la colère
Beauchemin veut transmettre ici, outre son amour de la vie, de l'humour et des animaux, sa profonde méfiance envers les politiciens. «Ce n'est pas drôle [...] d'être un politicien, dit Renard Bleu. Il faut toujours faire semblant. Et on n'arrête jamais de courir. Comment voulez-vous réfléchir?» Car Beauchemin aime aussi jouer au polémiste. Il n'hésite pas à sortir ses griffes et sa plume pour dénoncer la médiocrité dans les lettres ouvertes des quotidiens. Au Devoir comme ailleurs, on a pu lire ses critiques de la gestion de la forêt, des lois du système de santé ou des fêtes du 400e de Québec. Des critiques nourries par une indignation qui ne se retrouve qu'en traces infinitésimales dans ses romans. Les doubles visages de Beauchemin sont-ils inconciliables? «C'est un défi que j'aimerais relever: être capable d'intégrer, de donner forme à cette angoisse et à cette colère de Québécois tout en faisant oeuvre littéraire. Parce que j'ai une certaine méfiance à l'égard du roman à thèse, qu'on utilise pour servir une autre cause que celle de la littérature. Mais les raisons qui alimentent ma colère sont loin d'avoir diminué, même qu'elles augmentent», tonne-t-il, avant de nommer la situation politique, le recul du français à Montréal et le désastre écologique annoncé parmi les causes qui le déclenchent. «Je ressens beaucoup de colère, par exemple, pour un dénommé Couillard. Je trouve qu'il n'a pas eu le traitement qu'il méritait, ce ministre de la Santé qui modifie la loi juste avant de partir. Ce gros visage joufflu, bon enfant. Il y a des personnages chez Tolstoï comme ça; il pourrait devenir un personnage, je le vois déjà», dit l'écrivain, sourire aux lèvres.
Beauchemin veut transmettre ici, outre son amour de la vie, de l'humour et des animaux, sa profonde méfiance envers les politiciens. «Ce n'est pas drôle [...] d'être un politicien, dit Renard Bleu. Il faut toujours faire semblant. Et on n'arrête jamais de courir. Comment voulez-vous réfléchir?» Car Beauchemin aime aussi jouer au polémiste. Il n'hésite pas à sortir ses griffes et sa plume pour dénoncer la médiocrité dans les lettres ouvertes des quotidiens. Au Devoir comme ailleurs, on a pu lire ses critiques de la gestion de la forêt, des lois du système de santé ou des fêtes du 400e de Québec. Des critiques nourries par une indignation qui ne se retrouve qu'en traces infinitésimales dans ses romans. Les doubles visages de Beauchemin sont-ils inconciliables? «C'est un défi que j'aimerais relever: être capable d'intégrer, de donner forme à cette angoisse et à cette colère de Québécois tout en faisant oeuvre littéraire. Parce que j'ai une certaine méfiance à l'égard du roman à thèse, qu'on utilise pour servir une autre cause que celle de la littérature. Mais les raisons qui alimentent ma colère sont loin d'avoir diminué, même qu'elles augmentent», tonne-t-il, avant de nommer la situation politique, le recul du français à Montréal et le désastre écologique annoncé parmi les causes qui le déclenchent. «Je ressens beaucoup de colère, par exemple, pour un dénommé Couillard. Je trouve qu'il n'a pas eu le traitement qu'il méritait, ce ministre de la Santé qui modifie la loi juste avant de partir. Ce gros visage joufflu, bon enfant. Il y a des personnages chez Tolstoï comme ça; il pourrait devenir un personnage, je le vois déjà», dit l'écrivain, sourire aux lèvres.
Un autre tome de Charles le Téméraire séduirait aussi Beauchemin. Car Charles demeure le livre qui lui est le plus cher. Même si le public semble rester amoureux du Matou, ce deuxième roman qui a été «une explosion nucléaire dans [sa] carrière». Une explosion qui lui a permis de considérer vivre de sa plume. «[Avec l'expérience], l'écriture devient plus facile, mais nos exigences s'élèvent. Et au fil des ans, le nombre de choses à dire diminue, puisque tu les as déjà dites. Avec Renard Bleu, j'attaque un registre que je n'ai jamais touché. D'ailleurs, j'ai un peu le trac. Ça veut dire que pour moi, vraiment, c'est du nouveau.» Du matou des villes au renard des champs, Beauchemin découvre encore.
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Renard bleu
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