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2008 a propulsé la BD francophone vers de nouveaux sommets

Fabien Deglise   6 janvier 2009  Livres
François Mayeux, propriétaire de la librairie spécialisée Planète BD, à Montréal.
Photo : Jacques Nadeau
François Mayeux, propriétaire de la librairie spécialisée Planète BD, à Montréal.
Au rythme de dix nouveaux albums publiés chaque jour de 2008 — dimanche compris —, l'univers de la bande dessinée a une fois de plus confirmé son dynamisme l'an dernier partout sur la planète francophone. Et cette effervescence n'a pas épargné le Québec et deux de ses bédéistes, Delaf et Dubuc, alors que le troisième tome de leurs aventures des Nombrils (Dupuis) s'est classé dans le «top 20» des meilleurs tirages de l'année qui vient de s'achever, indique l'Association des critiques et journalistes de bande dessinée (ACBD) dans son bilan annuel dévoilé la semaine dernière.

Avec 4750 titres, dont 3600 pures nouveautés livrées aux bédéphiles l'an dernier, les bulles continuent donc de pétiller dans le 9e art, et ce, pour une 13e année de croissance consécutive, révèle cette radioscopie annuelle du monde de l'édition de la bande dessinée. Cela représente, pour les nouveaux albums seulement, une augmentation de 8,5 % par rapport à 2007, mais aussi de... 215 % comparé à l'an 2000, époque à laquelle les histoires en cases, sous toutes leurs formes, ont commencé à s'emballer dans la francophonie.

«L'année a été tonique», a résumé hier au Devoir, depuis sa résidence de Limoges en France, Gilles Ratier, secrétaire général de l'ACBD et auteur de ce rapport devenu au fil des années une référence dans le milieu de la bédé. «Malgré la situation actuelle de crise financière mondiale, la bande dessinée semble pour le moment bien s'en sortir. La diversité des catalogues, la force des titres pour la jeunesse, mais aussi le faible prix d'un album, y sont sans doute pour beaucoup. Toutefois, sans annoncer de crise, on peut quand même s'attendre, vu la conjoncture, à une stagnation dans le nombre de titres à paraître en 2009.»

Ce changement de ton, loin d'être envisagé comme un drame, selon lui, pourrait toutefois être confirmé dès mars prochain avec la publication des états de vente du dernier trimestre de 2008, une période «qui, avec décembre, pèse lourd dans l'économie du secteur» et durant laquelle des signes de ralentissement se sont fait sentir. «Mais, en même temps, les éditeurs devraient encore pouvoir profiter des nouvelles parts de marché qu'ils ont réussi à s'approprier avec leurs nouvelles niches commerciales», poursuit l'auteur du rapport. Des niches dont la diversité est d'ailleurs démontrée une fois de plus dans le bilan 2008 de l'ACBD.

Mangas, classiques et romans graphiques

Dans les grandes lignes, sur l'ensemble des nouveaux titres lancés l'an dernier en France, en Belgique, en Suisse et au Québec — entre autres pays —, 1453 appartenaient en effet à la famille très énergique des séries asiatiques (mangas, manhwas, manhuas et consort). C'est 25 albums de plus qu'en 2007. Cela représente aussi 40 % du marché de la bédé francophone, juste derrière les traditionnels albums de l'école franco-belge (Astérix, Tintin, Schtroumpfs, Bidochon, Titeuf et compagnie), dont 1547 nouveautés (43 % des parts de marché) ont fait leur apparition sur les étagères des librairies francophones l'an dernier.

Par ailleurs, les romans graphiques — la série Paul, de Michel Rabagliati, peut par exemple revendiquer une appartenance à ce genre — ont poursuivi sur la lancée des dernières années. Ce type de bédé a représenté en 2008, avec 353 nouveautés, soit presque une par jour, 10 % du marché. Les comics américains (dans la tradition des superhéros comme Spiderman) se portent aussi très bien: 240 récits de cet acabit ont été lâchés dans la nature l'an dernier.

Autre constat: l'humour domine toujours dans le monde des phylactères avec 527 albums entrant dans cette catégorie l'an dernier, soit 200 de plus qu'en 2007. Les récits historiques fascinent aussi toujours les créateurs d'histoires en boîte qui ont livré en 2008 près de 300 nouveaux titres exploitant le passé pour séduire au présent. Les polars (283 titres), le fantastique (267 albums) et «les ouvrages destinés aux plus petits» (173 titres, soit 116 % de plus qu'en 2007) complètent ce tableau des genres pour l'année qui vient de se terminer.

«La recherche de nouveaux lecteurs a été importante pour les éditeurs dans les dernières années, confirme l'expert en bandes dessinées et propriétaire de la librairie spécialisée Planète BD à Montréal, François Mayeux. Année après année, nous nous retrouvons devant une plus grande diversité d'oeuvres, mais également devant un morcellement du lectorat qui nous permet de sortir du carcan des années 80: aujourd'hui, l'amateur de bande dessinée n'est plus seulement un homme, jeune, qui se concentre sur les classiques.» C'est aussi une femme — de plus en plus —, une personne âgée, un jeune professionnel, un père de famille... «Les temps ont changé», ajoute-t-il.

Un milieu concentré

En 2008, pas moins de 265 éditeurs de bande dessinée se sont d'ailleurs engagés dans le divertissement de ce lectorat, indique l'ACBD qui souligne toutefois que 70 % de la production de bulles littéraires est concentrée dans les mains d'une quinzaine de groupes à peine. Delcourt, avec 413 nouveautés mises en marché l'an dernier, domine. Média Participations (Dargaud, Dupuis, Lombard...) avec 408 titres, Groupe Glénat (286 albums), Soleil et compagnie (243 titres) et Groupe Flammarion, qui regroupe Casterman (192 titres), suivent de près.

Ces grands empires sont d'ailleurs à l'origine de plusieurs grands succès commerciaux en 2008: 95 séries ont en effet été tirées à plus de 50 000 exemplaires l'an dernier, résume l'Association. Et le gagnant toutes catégories est sans doute le petit héros impertinent du dessinateur Zep, Titeuf, dont les douzièmes aventures — souvent et naïvement situées en dessous de la ceinture — ont été tirées à 1,8 million d'exemplaires, peut-on lire dans ce rapport. Viennent ensuite le 18e chapitre de Blake et Mortimer (600 000 exemplaires), le Lucky Luke d'Achdé et Laurent Gerra (535 000 exemplaires), mais aussi Largo Winch, tome 16 (490 000 exemplaires).

Au rayon des plus de 50 000 exemplaires, le duo québécois Delaf et Dubuc trouve facilement sa place avec les 146 000 exemplaires mis en vente l'an dernier du troisième volume des Nombrils, cette série délicieusement méchante qui fait rire la francophonie depuis son lancement il y a trois ans. Régis Loisel et Jean-Louis Tripp entrent également dans ce club des bédéistes à succès par leur Magasin Général, succulente escapade historique dans le Québec profond des années 30, dont le quatrième tome a été tiré à 110 000 exemplaires. Le 26e volume des Schtroumpfs, Putain de guerre de Tardi, Kid Paddle de Midam avec son Game over, Le Combat ordinaire de Larcenet (tome 4) sont autour d'eux. Pour ne citer qu'eux.

Fait à noter toutefois: le coup de coeur 2008 du libraire montréalais n'apparaît pas dans cette liste des meilleures ventes recensées par l'ACBD. «C'est Tout seul (Vents d'Ouest) de Christophe Chabouté», lance François Mayeux qui précise que le tableau des best-sellers peut parfois varier un peu au Québec où la série Paul, par exemple, dont un nouveau chapitre doit s'écrire en 2009, fait plus sensation ici que dans le reste de la francophonie. Une particularité que reconnaît indirectement l'Association en plaçant la maison d'édition montréalaise La Pastèque, qui a donné naissance au personnage, dans sa liste des éditeurs dynamiques en 2008. Aux côtés des FLBLB, La Vache qui médite, Diantre ou Sarbacane qui, avec des moyens similaires, ont eux aussi, comme les grands, fait briller une fois de plus les planches du 9e art l'an dernier.






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