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    Nouvelles - Amours de secours

    Tout n'est que vases communicants dans l'ouvrage de Martin Vézina

    3 janvier 2009 |Suzanne Giguère | Livres
    «Écrire ou aimer, voilà peut-être deux façons de retrouver une pureté dont la vie veut nous dépouiller en nous tirant du paradis de l'enfance. Il faudrait donc écrire avec le même plaisir et la même obstination que l'enfant met à construire des royaumes imaginaires sur le tapis de sa chambre; aimer avec la même intensité que l'enfant qui, en s'absorbant dans la vérité inventée de son jeu, échappe à la grisaille d'une réalité qui n'est peut-être pas plus vraie que son jeu, qui n'est peut-être qu'un rêve moins bien réussi.»

    L'auteur de ces lignes, Martin Vézina, âgé de 39 ans, a terminé une maîtrise en philosophie, débuté un doctorat en littérature, puis abandonné la recherche universitaire pour se consacrer à l'écriture, tout en continuant d'exercer le métier de barman à Québec, où il est né et vit toujours. Dans son premier recueil de nouvelles, L'Escalier et autres amours de secours, les personnages, en quête d'eux-mêmes, sont forcés d'admettre qu'ils n'y parviendront pas sans faire un détour par l'autre, chemin souvent inquiétant et déroutant. Comme des funambules, ils refont sans cesse le périlleux pari de traverser le fil de leur vie en trouvant le difficile équilibre entre la fidélité à soi-même et les compromis nécessaires à la rencontre de l'autre.

    Un écrivain à la veille d'emménager avec sa compagne ressent une tension entre la soif de l'autre et le goût de la solitude (Deux ultimatums pour un déménagement); une étrangère vient mettre en relief la propre étrangeté du narrateur et bouscule son insouciance quotidienne (Le sous-sol n'est jamais fini); un homme devenu hypersensible à toutes les manifestations de fausseté, d'hypocrisie et d'insincérité balaie de sa vie toutes les relations artificielles et mensongères, jusqu'à ce qu'une jeune femme lui insuffle un soupçon de confiance en l'humanité (Le secours de l'escalier).

    Le plaisir des mots

    Il y a des livres difficiles à résumer et ce recueil de nouvelles en fait partie. On s'attarde aux phrases profondes et lumineuses en écoutant Lester Young, Duke Ellington ou Bessie Smith, qui les accompagnent, on les relit pour bien s'en imprégner. Elles parlent de l'amour (le seul sentiment qui puisse nous protéger d'un monde hostile et primitif), de l'érotisme (l'ultime volupté, ouverture entre les ouvertures pour accéder un tant soit peu au vide insaisissable de la mort), de la mélancolie, de la solitude, de la beauté du monde, du temps qui passe et rend incertaine l'identité du «moi» présent avec ce même «moi» d'hier, de la mort («La place vide nous touche plus que la présence parce qu'elle nous blesse») et de l'écriture, sortie de secours imaginaire pour échapper à la cruauté du réel.

    Le nouvelliste interroge les oeuvres de Kundera, de Nietzsche, de Maurice Blanchot, de Georges Bataille, de Jacques Brault, de Sergio Kokis et bien d'autres dans sa tentative de trouver des éclats de sens à sa démarche littéraire et philosophique. Tout n'est que vases communicants dans cet ouvrage d'une grande sensibilité.

    Expérience de pensée, expérience de vie, plaisir des mots lancés comme des bouées ou comme des perches, L'Escalier et autres amours de secours, c'est l'enfance enfin retrouvée. Mais l'enfance qui gouvernerait aurait-elle une vérité?

    ***

    Collaboratrice du Devoir

    ***

    L'escalier et autres amours de secours

    Martin Vézina

    La Pleine Lune

    Montréal, 2008, 180 pages












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