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Essais québécois - Le remue-méninges de Jean-François Lisée

Louis Cornellier   15 novembre 2008  Livres
Jean-François Lisée est un penseur hyperactif dont le regard sur le Québec est à la fois lucide et très enthousiaste.
Jean-François Lisée est un penseur hyperactif dont le regard sur le Québec est à la fois lucide et très enthousiaste.
Si j'étais premier ministre du Québec — n'ayez crainte, cela n'arrivera pas —, je ferais du nouvel essai de Jean-François Lisée un de mes livres de chevet. Riche catalogue d'idées originales visant à faire du Québec un paradis de la qualité de vie pour tous, Pour une gauche efficace constitue, en effet, un très stimulant remue-méninges qui pourrait faire office de programme gouvernemental de centre gauche.

Qualifié de «puissante machine à idées» par Gérald Larose et de «solidaire qui essaie d'être lucide» par l'économiste Pierre Fortin, Jean-François Lisée est un penseur hyperactif dont le regard sur le Québec est à la fois lucide et très enthousiaste. Aux esprits chagrins de la droite qui se complaisent dans un discours sur la médiocrité du Québec, il réplique qu'ils ont tout faux. «Que le Québec, écrit-il, soit la nation nord-américaine avec le niveau d'inégalité sociale le plus faible, que son taux de pauvreté et d'intensité de la pauvreté soit le plus faible sur le continent, que ses villes soient les plus sécuritaires du continent, avec des taux de criminalité parmi les plus bas, tout cela n'a pas d'importance à [leurs] yeux, alors qu'il s'agit de réalisations considérables.» Notre pouvoir d'achat, ajoute-t-il, dépasse celui des Ontariens et notre niveau de scolarisation a fait un bond considérable. Notre situation globale, somme toute, est plutôt enviable, mais les défis qui nous attendent nous imposent de poursuivre avec audace le «processus constant d'amélioration et de réforme» enclenché dans les années 1960.

La droite, obsédée par le seul objectif de la création de la richesse, a son plan: réduction de l'État, démantèlement syndical et recul du filet social. L'approche américaine, qui crée de la richesse ne profitant qu'à quelques-uns, n'est pas loin. Lisée la rejette radicalement. Inspiré par «le progressisme pragmatique» de Jacques Parizeau, «celui qui a vu tous les trains partir», le journaliste et chercheur affirme réfléchir dans une logique d'économie de marché avec intervention publique dans laquelle «la création et la distribution de la richesse vont de pair». En ce sens, explique-t-il, «la gauche efficace ne vise pas la création de richesse comme une fin en soi, mais la qualité de vie, dont la prospérité durable est une variable essentielle».

Pour illustrer l'esprit de cette gauche efficace, Lisée parle d'un «pacte entre l'économique et le social». Parce qu'elle est «largement imbriquée dans le commerce mondial», l'économie québécoise doit être concurrentielle. Aussi, un gouvernement de la gauche efficace prônerait un allégement fiscal et réglementaire (sauf social et écologique) en échange duquel les entreprises s'engageraient à respecter «le cadre juridique et réglementaire le plus favorable du continent aux droits des salariés [...] et le plus rigoureux du continent en matière de protection de l'environnement et des consommateurs».

Par exemple, au lieu d'augmenter les impôts sur les sociétés, qui affectent ou les prix ou les salaires, il faut plutôt faire payer «les individus riches». En échange d'une abolition de la taxe sur le capital, les entreprises doivent s'astreindre à de nouvelles normes minimales du travail (meilleure conciliation travail-famille, par exemple) et à une gestion plus participative. Selon cette même logique du «donnant-donnant», Lisée propose une réduction conditionnelle de la taxe sur la masse salariale. Les entreprises peuvent en bénéficier si elles présentent un plan général d'augmentation de la productivité qui protège les salariés. De la même manière, une entreprise qui licencie moins pourrait cotiser moins à l'assurance chômage (mais il s'agit ici d'un dossier fédéral).

Faire payer les riches

Ces propositions plutôt techniques, présentées à la chaîne parmi tant d'autres, peuvent finir par donner le tournis au lecteur non spécialiste, mais elles suivent une logique facile à retenir: il s'agit de réduire les coûts de production des entreprises, mais en protégeant les travailleurs-consommateurs, voire en améliorant leur sort. L'un ne doit pas aller sans l'autre.

Ces réductions de taxes affecteront les revenus de l'État. Pour renflouer la caisse, Lisée avance plusieurs solutions visant à faire payer les riches. Les amendes, par exemple, devraient être alignées sur le revenu, comme c'est déjà le cas dans quelques pays. «Une contravention pour avoir grillé un feu rouge? L'équivalent d'une demi-journée de revenu», suggère Lisée. Après une consommation de base, les tarifs d'électricité devraient augmenter. Les tarifs gouvernementaux (SAAQ, garderies) devraient aussi être modulés en fonction du revenu. Les produits de luxe pourraient être lourdement taxés. Lisée propose même de légaliser et de réglementer la vente de marijuana et la prostitution, mais il reconnaît que la souveraineté serait nécessaire pour ce faire.

Une augmentation importante des tarifs d'électricité pour tous, accompagnée d'une baisse d'impôt à l'avenant et d'un remboursement pour les ménages à faible revenu, engendrerait aussi, selon lui, un cercle vertueux. Sa démonstration, trop détaillée pour être reprise ici, est spectaculaire et fait réfléchir, même si le volet d'une privatisation partielle (25 %) d'Hydro-Québec convainc peu.

Le chapitre que Lisée consacre à la lutte contre la pauvreté est un des plus stimulants de cet ouvrage. La pauvreté, rappelle-t-il, coûte très cher. Le Québec, dans ce dossier, fait bonne figure par rapport à ses voisins, mais il doit faire mieux. Pour y arriver, il doit de toute urgence généraliser les services de garde pour les enfants pauvres (et ne surtout pas remettre des chèques directement aux parents), privilégier la scolarisation précoce, mieux payer les enseignants, particulièrement ceux qui travaillent en zones défavorisées, combattre l'analphabétisme à tout âge et imposer une obligation de formation aux jeunes assistés sociaux aptes au travail. Cette lutte, on le voit, passe essentiellement par l'éducation. À l'université, une augmentation des droits de scolarité pourrait s'accompagner d'un «contrat citoyen». En s'engageant à oeuvrer au Québec pendant 12 de ses 20 premières années de travail, un étudiant bénéficierait d'un important remboursement.

Véritable électron libre de la social-démocratie québécoise, Lisée, qui s'affiche clairement en faveur de Pauline Marois, se livre, même quand il pousse le bouchon un peu loin, à une brillante et nécessaire entreprise de désintoxication idéologique. Il nous invite, avec une audace qui parfois s'emballe, à être riches, de moyens et de temps, ensemble. «Que ceux qui ont du cran, lance-t-il, engagent le débat et prennent des décisions. Que les autres rénovent leur sous-sol.» Lui, de toute évidence, préfère la parole publique au marteau privé.

***

Pour une gauche efficace

Jean-François Lisée

Boréal

Montréal, 2008, 280 pages






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  • Mathieu Demers
    Inscrit
    samedi 15 novembre 2008 00h43
    Questions à M. Lisée
    « Comment M. Lisée détermine-t-il le "taux de pauvreté" ?

    Si c'est par le taux de chômage et par l'addition du fardeau fiscal lourd, nous sommes les pires en Amérique du nord !

    A-t-il des données "socio-économiques" magiques à sortir de son chapeau pour poursuivre le culte du "parfait modèle québécois" ?

    M. Lisée réalise-t-il que de contraindre (d'utiliser la violence de l'État pour espérer voir certains comportements) encore plus des individus ou des personnes morales incitent ceux-ci à quitter le Québec ?

    Réalise-t-il qu'il y a toujours place au dialogue entre un employeur et son employé, sans avoir besoin de nouvelles lois ? L'un a besoin de l'autre pour le bien de chacun. »

  • Richard Gauthier
    Abonné
    samedi 15 novembre 2008 07h33
    La motivation elles?
    « Dans ce résumé de monsieur Cornelier, il me semble qu'il manquait un élément important - la démotivation vis à vis l'état centralisateur. Ou est l'analyse du principal élément qui freine le développement de notre nation? Nous avons bâtit un état centralisé comme une maman qui s'occupe de tout quant son enfant est en bas âge. Mais voilà, nous sommes maintenant un peuple plus instruit et beaucoup plus mature. On aime bien maman, mais on étouffe sous sa jupette. Sans une décentralisation fiscale, la démotivation et le développement économique ne se fera que dans l'imaginaire des politiciens au prix d'une assemblée de citoyens émasculés et démotivés. Sans avoir lu cet essais pour le moment, j'espère que monsieur Lisée a traité de cette problématique ou nous fera le plaisir d'en traiter ultérieurement! »

  • Guy Lemieux
    Abonné
    samedi 15 novembre 2008 11h48
    Livre de chevet
    « Je vous conseillerait le livre (Morale ouverte ou fermée)de H.Bergson..nobel 1956 ...ou bien (le hasard et la nécéssité)de Monod comme premier ministre . »

  • Réjean Grenier
    Abonné
    samedi 15 novembre 2008 11h53
    Simplifier un peu, pourquoi pas!
    « A vous M. Cornelier comme à M. Lisée je dit: quand beau
    terme ces choses là sont dites. Bien sûr j'ai compris l'essence des propos de M. Lisée et j'y adhère entièrement.
    Mais combien, dans notre société peuvent en dire autant.
    Ces choses là, même si doivent être dites, elles sont tout de
    complexes.
    Complexes au point ou ce matin, au réveil, nous avions la preuve que nous ne nous sommes pas entendus par les résultats
    des sondages. Charest en avance. C'est incroyable que le peuple francophone de souche n'est pas encore compris ce
    que vous avez écrit, et, si je comprend bien entre les lignes; une moitié ne veux pas élire une femme. Délirant.
    Et, sans réfléchir, par le fait même on élira des fédéraliste qui ne font qu'affaiblir la nation Québécoise.
    Réjean Grenier. »

  • Michel Leclaire
    Abonné
    samedi 15 novembre 2008 12h26
    L'imagination au pouvoir
    « Article TRÈS intéressant. Je vais lire l'essai de M. Lisée avant que de donner mes réflexions qui seraient basées sur le vide. »

  • jacques noel
    Inscrit
    samedi 15 novembre 2008 15h05
    L'extrême-centre de Jean-François Lysée
    « Depuis la Révolution tranquille, la gauche est au pouvoir au Québec. En tout cas à Québec. Exit le Noblet, welcome Lesage.

    Depuis un demi-siècle, la droite mange ses bas, souffre et paie la note en silence. Jusqu'à ce que Jeff Fillion débarque de la Floride républicaine et parte la révolution à la fin du siècle dernier dans le sous-sol d'une radio fm de Québec.

    Dumont, qui se cherchait de la matière grise une fois le référendum à Monsieur largué, est plongé dans la potion Fillion à deux mains. Depuis, la droite à une antenne et plane très haut sur l'affiche (jusqu'à la débandade récente, due surtout à la pauvreté de l'équipe)

    La montée spectaculaire de Mario a révélé d'étonnants coming out. Celui de Dubuc entre autre. Ancien ML il y a deux décennies à peine, Dubuc est devenu plus à droite que Fillion et Dumont réunis.

    Pour marquer des points et passer à TLMP, on n'y est pas allé avec le dos de la cuillère. Le modèle Québécois est un échec spectaculaire, de A à Z. A leurs yeux, rien ne mérite la moindre considération. Drette à poubelle de l'humanité. Faut tout refaire.

    On est les plus pauvres du continent après quelques Newfies, on est les plus taxés, on est les plus plus grands ratés que la civilisation n'a jamais produit. Nos routes sont des pistes africaines, nos hopitaux partiquent la médecine de corridors où nos vieux agonisent de la C-Difficile tellement ils sont sales, nos élèves ne savent ni lire ni écrire le français, encore moins l'anglais. Bref, le rêve américain s'est transformé en véritable cauchemar pour les Tremblay d'Amérique, poignés avec les maudits gauchistes au pouvoir depuis un demi-siècle.

    Or quel plaisir de lire du Lysée qui ramène les pendules à l'heure. Loin d'être les pires, on a moins de pauvres qu'aux USA, beaucoup moins de violence, on peut se faire soigner gratuitement, faire garder nos enfants pour 7$ à peine, étudier au Cegep gratis et à l'université pour à peine 2k. Nos enfants clanchent les p'tits Américains les deux doigts dans le nez dans les tests PISA et devinez quoi? On vit 3 ans de plus que les Ricains!!

    Manque juste les palmiers de la Floride... »

  • Brun Bernard
    Inscrit
    samedi 15 novembre 2008 15h23
    De gauche???
    « En Allemagne, ce social-démocrate vieux principe serait vite remis aux études sur le gauchisme réformateur. Tout le monde est de gauche depuis un certain temps, depuis que cette notion n'a plus court au 21ième siècle. Misère de misère. C'est trop caricaturale pour être vrai. Avant d'être de gauche, il serait bon d'être démocrate et J-F Lisée n'est pas un démocrate. À lire son intervention d'aujourd'hui et ce qu'il dit des partis mis à la porte du débat public. Il ne se bat pas comme un homme de gauche pour laisser s'exprimer 2 partis (Solidaire et les Verts) pour qu'ils puissent dire ce qu'une grande partie des citoyens pensent et désirent. Dans ce sens il est loin de penser à ce qu'une "gauche efficace" signifie. Voir être de gauche serait dese débarrasser du système anglais afin de penser au système allemand adapté au Canada: "Comme dans tout système mixte le système électoral allemand est basé sur l'élection d'une partie des représentants au scrutin majoritaire dans des circonscriptions et du reste au scrutin proportionnel sur une liste électorale." là ce serait une mise à l'épreuve pour le côté "gauche" de M J-F Lisée. pour l'heure aucune actions ne suivent pur le démontrer. Mordecai Richler était plus de gauche que ne l'est Lisée par exemple. »

  • André Marceau
    Abonné
    dimanche 16 novembre 2008 18h02
    Bravo, un homme politique à l'horizon
    « JEAN-FRANÇOIS LISÉE sera le futur homme politique instruit et sérieux de la nation québécoise, à succéder à LANDRY, à PARIZEAU et à LÉVESQUE. C'est lui qui excelle le mieux à vulgariser la situation politique du Québec. BRAVO »

  • Dr. Dr. ULRICH
    Inscrit
    samedi 14 février 2009 07h04
    Ces toujours méchants têtes carrées ontarierns et têtes octogonale québeciens
    « Notre pouvoir d'achat, ajoute-t-il, dépasse celui des Ontariens et notre niveau de scolarisation a fait un bond considérable. »

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