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    Portrait vivant du Montréal souterrain

    15 novembre 2008 |Emmanuelle Vieira | Livres
    Fabien Deglise, sociologue et journaliste au Devoir
    Photo: Mata Hari Fabien Deglise, sociologue et journaliste au Devoir
    Dans son livre Montréal souterrain, Fabien Deglise nous livre un portrait vivant des développements successifs d'une ville intérieure qui, il n'y a pas si longtemps, faisait dire de Montréal qu'elle serait la métropole du XXIe siècle.

    Comportant peu d'images, mais bien documenté, le livre Montréal souterrain se présente sous forme de sept chapitres aux titres évocateurs: Rêver, Creuser, Inaugurer, Consommer, Aseptiser, Voyager et Inspirer. Voilà sept mots qui résument assez bien un concept unique de ville souterraine, que les Japonais et les Américains ont tenté de reproduire en vain... Au fil des chapitres, Fabien Deglise, sociologue et journaliste au Devoir, décortique les mythes, les espaces et les fonctions de cette ville cachée dont il dresse le portrait humain. À la fois réaliste et romancée, l'image de la ville stratifiée enfouie est passée au peigne fin. Elle se redéfinit à travers des regards multiples et des points de vue à la fois scientifiques, sociologiques, urbanistiques, etc., qui mettent évidence la complexité et la richesse de cet univers souterrain.

    Au milieu de chaque chapitre, un petit texte sur fond gris s'ouvre comme une parenthèse vivante dans le récit. Il s'agit d'une réflexion ou de l'approfondissement d'un point en rapport direct avec le thème du chapitre. Par exemple, dans la section Rêver, la parenthèse s'ouvre sur le grand penseur du Montréal souterrain: Vincent Ponte. «Oui, Ponte a toujours vu grand. [...] Sa passion pour l'urbanisme arrive dans cette suite logique. [...] C'est là qu'il imagine alors pour Montréal une ville à multiples niveaux où les édifices seraient interconnectés.»

    Du mythe à la réalité

    À travers les sept chapitres de son livre, Fabien Deglise entreprend une interrogation critique de la société. En ce point, son oeuvre se rapproche du célèbre récit Les Villes invisibles, d'Italo Calvino. La démarche des deux auteurs est similaire et vise un même objectif: modifier la perception du lecteur fasse à la ville et à lui même. «Il existe dans les villes une architecture visible porteuse d'une mémoire "plastique" et [...] Il existe aussi dans les villes une architecture invisible, masquée par les parcours individuels des hommes qui l'ont traversée. À une mémoire collective se mêlent des souvenirs personnels qui la modifient. [...] C'est par le regard qu'ils posent sur elle que la ville peu à peu se transforme et se construit», dit Italo Calvino. Or c'est ce que Fabien Deglise essaye de faire en partie avec son livre, en aiguisant notre regard sur le Montréal souterrain.

    Ce livre a le mérite de nous donner les outils pour défricher tout ce sous-sol... Après l'avoir lu, nous ne devrions plus lui tourner le dos ou l'ignorer, comme nous le faisons aujourd'hui, mais rêver et imaginer des améliorations et des évolutions souhaitables! La transformation physique d'une ville commence par le regard, un changement d'attitude, et ça, Fabien Deglise l'a parfaitement compris.

    L'imparfaite

    qui fonctionne

    Le Montréal souterrain est un amalgame de tunnels gris et d'avenues éclairées, d'escaliers mécaniques, de places intérieures où règnent la restauration rapide et les commerces en tout genre. Cette ville en couches successives est décousue, imparfaite, mais elle tient et s'étend même sur 30 kilomètres du nord au sud et d'est en ouest. Elle est à l'image de notre société: vivante, multiple et créative, intimement liée à la société de consommation. Dans Montréal souterrain, Fabien Deglise nous explique que l'idée de vivre en souterrain est très ancienne et que déjà au XVIIe siècle les moines se déplaçaient ainsi dans le Vieux-Montréal. Mais la ville souterraine a pris la forme et la taille que nous lui connaissons dans les années 60. «C'est qu'après avoir été contrainte à penser petit, durant la Grande Noirceur du Québec de Maurice Duplessis, Montréal se met depuis quelques années à voir grand. Elle veut gratter le ciel avec des constructions gigantesques, elle veut s'éloigner des embouteillages qui congestionnent son vieux centre-ville, elle veut aussi ouvrir les portes du futur immédiat avec les clefs que lui donne alors ce milieu de siècle pour appréhender l'avenir: consommation, performance, propreté et grandeur», dit très justement l'auteur. Voilà comment sont nés, dans l'ordre, la Gare Centrale, le majestueux hôtel Reine Elizabeth et la Place Ville-Marie, le trio fondateur et coeur historique de la ville souterraine. Et plus Montréal grandissait dans les hauteurs, plus les galeries s'étalaient en profondeur et à l'horizontale. Miroir en profondeur de la surface qui vise le ciel, les couches de la ville intérieure se présentent au début sous forme d'îlots isolés qui s'appuient autour de stations de métro et de gratte-ciel stratégiques. Il faut attendre l'arrivée du Quartier international, en 2001, pour voir apparaître un autre genre de galeries, plus architecturales, contemporaines et aériennes. Situé sur un axe est-ouest, ce nouveau réseau de galeries permet de relier les deux immenses complexes à l'est et à l'ouest, bouclant ainsi la ville souterraine.

    Le Montréal souterrain est un amalgame de tunnels gris et d'avenues éclairées, d'escaliers mécaniques, de places intérieures où règnent la restauration rapide et les commerces en tout genre. Cette ville en couches successives est décousue, imparfaite, mais elle tient et s'étend même sur 30 kilomètres du nord au sud et d'est en ouest. Elle est à l'image de notre société: vivante, multiple et créative, intimement liée à la société de consommation. Dans Montréal souterrain, Fabien Deglise nous explique que l'idée de vivre en souterrain est très ancienne et que déjà au XVIIe siècle les moines se déplaçaient ainsi dans le Vieux-Montréal. Mais la ville souterraine a pris la forme et la taille que nous lui connaissons dans les années 60. «C'est qu'après avoir été contrainte à penser petit, durant la Grande Noirceur du Québec de Maurice Duplessis, Montréal se met depuis quelques années à voir grand. Elle veut gratter le ciel avec des constructions gigantesques, elle veut s'éloigner des embouteillages qui congestionnent son vieux centre-ville, elle veut aussi ouvrir les portes du futur immédiat avec les clefs que lui donne alors ce milieu de siècle pour appréhender l'avenir: consommation, performance, propreté et grandeur», dit très justement l'auteur. Voilà comment sont nés, dans l'ordre, la Gare Centrale, le majestueux hôtel Reine Elizabeth et la Place Ville-Marie, le trio fondateur et coeur historique de la ville souterraine. Et plus Montréal grandissait dans les hauteurs, plus les galeries s'étalaient en profondeur et à l'horizontale. Miroir en profondeur de la surface qui vise le ciel, les couches de la ville intérieure se présentent au début sous forme d'îlots isolés qui s'appuient autour de stations de métro et de gratte-ciel stratégiques. Il faut attendre l'arrivée du Quartier international, en 2001, pour voir apparaître un autre genre de galeries, plus architecturales, contemporaines et aériennes. Situé sur un axe est-ouest, ce nouveau réseau de galeries permet de relier les deux immenses complexes à l'est et à l'ouest, bouclant ainsi la ville souterraine.

    Écrit dans un style fluide et poétique, une langue franche et pleine d'humour, ce livre s'adresse aussi bien aux décideurs qu'à ceux qui construisent la ville ou qui la parcourent. On pourrait simplement regretter le manque de croquis, dessins ou images, qui auraient pu enrichir le récit. Dans l'ensemble, l'auteur livre une analyse intelligente et prend du recul pour expliquer les raisons sociales, historiques et économiques qui ont poussé l'apparition de cette ville fascinante. En s'appuyant sur des exemples bien choisis, en citant les univers de l'architecture, du cinéma, de la presse ou de la politique, l'auteur enrichit le récit d'anecdotes croustillantes qui donnent au livre un air de roman. L'oeuvre fluide et vivante se lit passionnément tout en nous obligeant à porter un regard différent sur ce monde souterrain qui n'est, en fin de compte, que le miroir parfait de notre société...

    ***

    Collaboratrice du Devoir

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    Montréal souterrain - Sous le béton, le mythe

    Fabien Deglise

    Heliotrope
     
     
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