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Obama, McCain, dites-moi ce que vous lisez!

25 octobre 2008  Livres
À diverses occasions, Barack Obama et John McCain ont fait, au fil des ans, quelques confidences, et nous avons ainsi pu découvrir quels romans avaient marqué leur adolescence, mais aussi quels essais ils avaient lus durant les dernières semaines.

Tous deux sont de grands admirateurs d'Ernest Hemingway. Mais pour John McCain, Hemingway, l'aventurier romantique et solitaire, est plus qu'un auteur de prédilection, c'est l'écrivain fétiche, le compagnon de toute une vie, des bons et des mauvais jours.

À 13 ans, l'adolescent fougueux s'est choisi pour modèle Robert Jordan, le héros antifasciste de Pour qui sonne le glas. Ce dernier avait tout pour plaire à M. McCain: esprit chevaleresque, sens du devoir, expertise reconnue dans les opérations secrètes, maniement des explosifs et art de la guerre en général. Jordan est animé par une hantise de la capitulation et préfère mourir ou se suicider plutôt que de tomber entre des mains ennemies.

De même, John McCain est persuadé, nonobstant les amalgames, d'être engagé dans une lutte existentielle contre ce qu'il estime être un nouveau «fascisme». Comme Jordan, John McCain méprise les troisièmes voies et ne perçoit d'autre solution à la reddition qu'un combat jusqu'à ce que mort s'ensuive. En dehors de Hemingway, John McCain apprécia les romans d'espionnage de Somerset Maugham et les nouvelles du très militariste Kipling, dont Orwell disait qu'il fut le «prophète de l'impérialisme britannique».

Barack Obama fut quant à lui marqué par Philip Roth, qui a «aidé à former [sa] personnalité», par le John Steinbeck des luttes sociales, ainsi que par les oeuvres de l'écrivain engagé et catholique tourmenté Graham Greene, surnommé le «Mauriac anglais», et surtout par les fresques historiques empreintes de critique sociale d'Edgar Lawrence Doctorow, l'auteur de Ragtime.

Chacun à sa manière, Steinbeck, Greene et Doctorow dépeignent un univers sombre et réaliste. Le monde n'y est jamais en noir et blanc, mais fait de maintes ambivalences, de multiples nuances de gris, entre lesquelles il faut militer inlassablement pour choisir la plus claire.

Obama fut également pénétré par la lecture d'auteurs radicaux ou d'essayistes empêcheurs de penser en rond. Il a dévoré les oeuvres de Nietzsche, de Frantz Fanon, de Soljenitsyne, de William E. Burghardt Du Bois, ainsi que l'autobiographie de Malcolm X. Mais il est également imprégné par la pensée d'auteurs ayant transcendé la colère dans l'humanisme, comme Primo Levi, Toni Morrison, Doris Lessing, Nelson Mandela, ou encore le pasteur et philosophe moral Reinhold Niebuhr. Ses lectures révèlent une conscience aiguë des problématiques postcoloniales, une curiosité intellectuelle, ainsi qu'un authentique ancrage à gauche, tempéré par un pragmatisme et une réelle ouverture d'esprit.

Pour ce qui est des lectures récentes, McCain a lu Le Retour de l'Histoire et la fin des rêves (Plon), le dernier livre de Robert Kagan, alors que M. Obama s'est plongé dans celui de Fareed Zakaria, intitulé The Post-American World (W.W. Norton & Company).
 
 
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