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Essais québécois - Comprendre le duel américain

Louis Cornellier   20 septembre 2008  Livres
Les candidats démocrate Barack Obama et républicain John McCain tels qu’ils apparaissaient sur une affiche lors d’un récent congrès de caricaturistes.
Photo : Agence Reuters
Les candidats démocrate Barack Obama et républicain John McCain tels qu’ils apparaissaient sur une affiche lors d’un récent congrès de caricaturistes.
«Le premier mardi de novembre de chaque année bissextile, nous rappelle Élisabeth Vallet, les États-Unis désignent leur président. Compte tenu du poids qu'occupe désormais ce pays dans le monde, fort de son économie, de son armée, de sa prépondérance culturelle, c'est un moment déterminant de la politique mondiale et une année cruciale de la vie politique américaine.» Ce constat fera bien sûr l'unanimité. Si l'élection présidentielle américaine intéresse tant les Québécois, ou du moins bon nombre d'entre eux, ce n'est pas seulement à cause de son caractère spectaculaire. C'est aussi parce que son issue risque d'avoir un impact sur le sort du monde en général et sur la zone d'influence américaine directe, dont le Québec fait partie, en particulier.

Or, malgré l'avalanche d'informations à ce sujet qui déferlent dans les médias québécois depuis le début de l'année, l'affaire n'est pas facile à suivre pour autant. Le système électoral américain, en effet, avec ses primaires, son Congrès, son Sénat et ses grands électeurs est très complexe et fort différent du nôtre. Nous aider à nous y retrouver est un des mandats de l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand (UQAM) auquel collabore la géopolitologue Élisabeth Vallet. Dans un «petit guide» intitulé Le Duel. Les dessous de l'élection présidentielle américaine, cette dernière nous propose donc une foule de clés «pour comprendre le déroulement du scrutin de novembre et les enjeux de la campagne électorale de l'automne, pour appréhender le poids de l'argent, des influences, des lobbies, et préciser l'état de la démocratie américaine, en plein coeur de cette course électorale qui peut, on le sait, changer la face du monde».

L'objectif d'Élisabeth Vallet, dans cet ouvrage, n'est pas de prendre parti pour l'un ou l'autre de deux principaux candidats en lice, mais d'expliquer aux lecteurs québécois les tenants et aboutissants de ce fascinant duel, mission qu'elle remplit avec clarté et efficacité.

Les Américains, remarque-t-elle, «ont conservé de l'époque où ils se sont violemment détachés de la Couronne britannique une réelle méfiance des élites, de la centralisation et du gouvernement». Cela explique en grande partie le caractère hétéroclite et complexe de leur système politique. À l'origine, par exemple, «le président ne devait pas nécessairement être l'institution prédominante du système politique américain». Les événements (guerre de Sécession, dépression des années 1930, attaque de Pearl Harbor, crise des missiles en 1961 et, bien sûr, attentats du 11 septembre 2001), cependant, ont changé la donne et en ont fait «l'un des symboles les plus puissants des relations internationales».

Symbole de «l'unité de la nation américaine», le président a le pouvoir de négocier des traités, de déclarer la guerre ou la mobilisation générale de la garde nationale, de nommer les juges à la Cour suprême et de préparer le budget. Son rôle, c'est une évidence, est devenu prédominant, au point

que certains ont évoqué une «dérive impériale de la présidence».

Dans ces conditions, poser la question du caractère démocratique du processus qui mène à son élection devient d'autant plus fondamental. Selon Vallet, «l'absence de normes nationales et surtout l'inexistence d'un véritable contrôle pour encadrer les élections sur tout le territoire américain ont parfois mené à des errements surprenants». Ces responsabilités, en effet, reviennent à chacun des États, avec les dérives qui s'ensuivent: listes électorales incomplètes, attente interminable dans certains bureaux de vote des quartiers pauvres, bulletins parfois illisibles, technologie défaillante, nombre astronomique de bulletins écartés en 2000, etc. Le système électoral «est en réalité un véritable patchwork de normes électorales hétérogènes».

Malgré tout, précise Vallet, et contrairement à une idée reçue, «le taux de participation aux États-Unis est l'un des plus élevés des démocraties occidentales». S'il apparaît comme étant bas, c'est qu'il est calculé en fonction de la population en âge de voter et non, comme presque partout ailleurs, en fonction de la population inscrite sur les listes électorales. Aux élections primaires, toutefois, dont le complexe processus est aussi expliqué dans cet ouvrage, le taux, en hausse cette année, reste nettement plus faible.

Grands électeurs et financement

Qui sont, maintenant, ces grands électeurs dont on entend tant parler le jour du vote quand la lutte est chaudement disputée? N'importe qui peut l'être, nous apprend Vallet, puisqu'il s'agit essentiellement d'un rôle de figurants. Nommés par leur parti pour services rendus, ces grands électeurs, «dont le nom ne figure parfois même pas sur le bulletin de vote», ne font qu'entériner, sauf rares exceptions sans conséquence, le vote populaire.

En matière de financement des partis, Vallet souligne que certaines restrictions ont été apportées au fil des années, mais qu'elles sont habilement contournées par l'entremise de groupes soi-disant non partisans qui s'invitent, eux, quasi sans restrictions (pas de publicité négative 60 jours avant la présidentielle), dans les campagnes. En 2004, par exemple, le Swift Boat Veterans for Truth a tenté de salir la réputation d'ancien combattant de John Kerry. L'argent, donc, reste souvent le nerf de la guerre, même si, en 2008, les résultats des primaires obligent à relativiser cette affirmation puisque «les plus riches des candidats au début de l'année ont perdu l'investiture». Pour compléter le portrait, Vallet se penche aussi sur le rôle de la télévision, de la publicité et d'Internet dans cette lutte sans merci. Les votes des jeunes, des Noirs, des Hispaniques et des groupes religieux, de gauche comme de droite, pèseront-ils sur le résultat? se demande-t-elle aussi.

En opposant un Noir — Obama — à un septuagénaire — McCain —, le duel de cette année innove, même si «ni l'un ni l'autre n'incarne véritablement "les États-Unis d'en bas"». Si l'élection avait lieu au Québec, il semble que le premier remporterait les honneurs haut la main. Mais les États-Unis ne sont pas le Québec et, pour les comprendre un peu mieux, l'éclairant essai d'Élisabeth Vallet ne sera pas de trop.

***

Le Duel

Les dessous de l'élection présidentielle américaine

Élisabeth Vallet

Septentrion

Sillery, 2008, 180 pages






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  • Gervasoni Cariteau
    Inscrite
    samedi 20 septembre 2008 18h23
    Tout devient clair!
    « Je suis en train de lire ce bouquin et je le trouve vraiment super! je commence enfin a comprendre la complexite du systeme d'election americain, c'est facile a lire, facile a comprendre surtout pour quelqu'un qui n'est pas du tout dans le milieu de la politique mais qui s'interesse tout simplement a ce qui se passe dans le monde. Alors merci Mme Vallet de mettre a la portee de tous un sujet complique mais si interessant... »

  • Murielle St-Jean
    Abonné
    samedi 20 septembre 2008 22h33
    Seulement aux années bissextiles?
    « Loin de moi l'envie de m'adonner à des tracasseries autour d'un livre qui paraît fort intéressant et utile, mais je me permets de souligner une nuance sur les années bissextiles.

    La citation qui ouvre cet article nous dit qu'il y élection à la présidence à chaque année bissextile. É. Vallet a utilisé une belle astuce pour expliquer la périodicité de cette élection, mais on peut facilement être porté à croire qu'il n'y a élection que lors d'une année bissextile. Si cela était, il n'y aurait pas eu d'élection en 1800 (T. Jefferson selon Wikipédia) et 1900 (W. McKinley selon Wikipédia) et il n'y en aurait pas avant 2400 aux années correspondant aux fins de siècle.

    Pour référence, voici ce que nous dit Wikipédia sur les années bissextiles:

    Depuis l'instauration du calendrier grégorien, sont bissextiles les années :
    divisibles par 4 mais non divisibles par 100
    ou
    divisibles par 400.
    Ainsi, 2008 est bissextile. L'an 2004 était bissextile suivant la première règle. L'an 1900 n'était pas bissextile, car divisible par 100, ce qui va à l'encontre de la première règle, et non divisible par 400, ce qui va à l'encontre de la seconde. L'an 2000 était bissextile car divisible par 400. »

  • Claude Poulin
    Inscrit
    dimanche 21 septembre 2008 16h19
    Le rôle de la tradition
    « Un phénomène intéressant à observer lorsqu'on compare le contenu des discours des candidats à l'élection fédérale canadienne à celui des candidats à la présidence aux États-Unis, c'est la référence à l'histoire. En effet, on remarque que dans les discours des candidats des deux grands partis américains, on ne manque jamais de rappeler l'héritage laissé pas l'un ou l'autre des présidents qui ont marqué l'histoire de leur pays. Une tradition qui a sans doute l'effet d'alimenter le sentiment d'appartenance. Alors qu'ici on n'entend jamais ce genre de rappel de la part des chefs de parti. C'est dommage, car ce serait là non seulement faire connaître aux électeurs les fondements la pensée politique qui les distingue, mais en même temps de contribuer à la connaissance de l'histoire politique canadienne et à son originalité. Claude Poulin Québec/Sillery »

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