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Poésie Québécoise - Cigarette au bec

François Tétreau   20 septembre 2008  Livres
Composé de huit chapitres et divisé par la force des choses en trois parties, le plus récent recueil de Martin-Pierre Tremblay, Médecine vive, se distingue d'emblée par une simplicité de ton qui, si elle ne force pas l'admiration, prédispose le lecteur à la meilleure curiosité. Le tout s'ouvre sur des souvenirs d'enfance et d'adolescence à Port-Cartier, puis se poursuit avec des pérégrinations autour du globe, à Cuba, en Amérique latine et au coeur du continent africain, sous forme de notes prises sur le vif, même si l'on sait que l'art aime à ruser en ces matières.

Au milieu, un cahier imprimé sur papier beurre-frais, intitulé Faire défaut, ne présente aucune pagination, de sorte que l'éditeur annonce un ouvrage de 138 pages, mais nous offre en fait un livre qui en comprend 90 de plus. Signé par Da Sain't axe (pseudonyme de l'auteur), un «spécialiste du comportement des poissons hors de l'eau», ce cahier se lirait dans la foulée s'il ne se distinguait lui-même par une rupture de ton des plus catégoriques. Une rupture d'ordre syntaxique justement. Au point que l'on ne sait pas toujours à quelle enseigne on loge ni à quel saint se vouer: «El / Par le / Qui monte dedans le / Tedande-le / De». On se laisse mener en bateau cependant, comme Céline et Julie, on se retrouve tantôt sur un ring de boxe, tantôt en pleine course à Monza, où l'on pilote soi-même. Parfois, on a l'heureuse surprise de croiser Élodie Bouchez après une rencontre au sommet avec — pourquoi pas? — une lanceuse de javelot paraguayenne...

Mais tout n'est pas à la fantaisie débridée dans ce recueil «documentaire». Tristesse et amertume s'y côtoient, beaucoup de pauvres gens aussi, des prostituées, des garagistes, pas toujours malheureux du reste, fumant des havanes ou «travaillant le bois». C'est souvent cru, avec des coups de gueule et un certain esprit sarcastique (on songe au poème France chérie). On sent que l'auteur connaît bien son Cendrars et son Vanier. Vers la fin, les souvenirs se mêlent aux instantanés. Tremblay ne répond pas à une question chère à Podalydès, à savoir si Castro est un tyran ou un héros. Il la pose en tout cas, et finit par avouer qu'il aimerait quand même mourir dans l'île du révolutionnaire. Mais «très vieux et plissé». D'ici là, il se promène avec Dimanche et prend à juste titre soin de le noter pour le plaisir des initiés.

Cinéaste et peintre, lauréat du prix Émile-Nelligan en 1993, Martin-Pierre Tremblay signe une toile qui rehausse la couverture de son recueil.

***

Collaborateur du Devoir

***

Médecine vive

Martin-Pierre Tremblay

Le lézard amoureux,

coll. «Quelqu'un marche»

Québec, 2008, 138 [228] pages






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