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Essai - De Cornellier à Foglia

Michel Lapierre   13 septembre 2008  Livres
Rien ne rapproche plus le sérieux Louis Cornellier, qui tient la chronique sur les essais québécois dans le cahier «Livres» du Devoir, de Pierre Foglia, le chroniqueur anticonformiste et désinvolte de La Presse, que leur attitude à l'égard des intellectuels hautains. Chacun «défend la culture devant ceux qui la refusent et la désacralise devant ceux qui bavent devant elle et s'en servent à des fins de distinction»

Par le style pédagogique empreint de chaleur et de bonhomie, on aura reconnu ici un passage de l'éloge que Cornellier fait de Foglia dans son essai Lire le Québec au quotidien. Republié avec une mise à jour substantielle du quart de la première édition (2005), ce «petit manuel critique et amoureux à l'usage de ceux qui souhaitent bien lire les quotidiens québécois» confirme que le jugement s'applique aussi à l'auteur.

Un peu comme Foglia, mais avec plus de constance, de générosité, de rigueur et de limpidité, Cornellier, journaliste d'un naturel désarmant, sait démasquer l'exagération et l'artifice chez beaucoup d'intellectuels québécois. Ceux-ci se piquent d'avoir une haute culture à l'européenne en oubliant qu'ils sont les produits d'une histoire collective incapable de justifier cette prétention.

Au Journal de Montréal, à La Presse ou au Devoir, les chroniqueurs que l'essayiste admire brillent par le franc-parler, l'indépendance d'esprit et l'enracinement, ces qualités qu'il place au-dessus de tout. On comprend que le regretté Pierre Bourgault, l'incontournable Foglia, la tenace Lise Payette font, à ses yeux, figure de modèles.

Cornellier n'est pas dupe du dogme de la liberté de la presse. Les éditoriaux, nombre de chroniques et parfois les informations reflètent les tendances politiques, économiques et sociales des propriétaires de journaux. L'auteur n'a pas de peine à nous convaincre que cela caractérise éminemment le quotidien La Presse.

Il donne aux mots «gros bon sens» une acception péjorative lorsqu'il remet en cause le populisme journalistique, celui de Richard Martineau et de Patrick Lagacé, puis, par une incursion dans la critique autant de la radio que de la télévision, celui de Paul Arcand et de Jean-Luc Mongrain. Mais le bon sens n'illustre-t-il pas la démarche de Cornellier lui-même, à titre de journaliste et d'essayiste? Un bon sens d'un registre supérieur et d'une efficacité rare, bien entendu!

***

Collaborateur du Devoir

***

LIRE LE QUÉBEC AU QUOTIDIEN

Louis Cornellier

Typo

Montréal, 2008, 144 pages
 
 
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