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    Littérature étrangère - Camus révolutionnaire

    1 février 2003 |Ulysse Bergeron | Livres
    «Nous avons fait [...] un journal d'une indépendance absolue et qui n'a jamais rien déshonoré. Je ne demandais rien de plus. Tout porte fruit, un jour ou l'autre.» C'est en ces termes que l'écrivain Albert Camus décrivait Combat, journal pour lequel il a écrit de 1944 à 1947. Camus, c'est L'Étranger, La Peste, Le Mythe de Sisyphe, Caligula, Les Justes. C'est la plume aiguisée d'un humaniste sceptique à l'écriture efficace et prolifique. Et c'est indiscutablement l'auteur d'une oeuvre littéraire marquante de la seconde moitié du XXe siècle. Mais Camus, c'est également, et avant tout, un militant et un journaliste engagé.

    La présidente de la Société des études camusiennes, Jacqueline Lévi-Valensi, propose ici un volumineux recueil de 165 textes de celui qu'on classe — peut-être trop rapidement — parmi les philosophes existentialistes de l'absurde. Dans ce livre, elle regroupe la totalité des éditoriaux et des articles que le Nobel de 1957 a écrits au cours de son passage à Combat. Lévi-Valensi a la délicatesse de s'effacer au profit des articles de Camus et de ne guider le lecteur qu'à l'aide de courtes annotations. Si les textes de Camus sont toujours d'actualité — ils abordent la place et le rôle de l'humain au sein d'une société —, ils sont également un témoignage historique pertinent de l'Occupation allemande, de la Résistance française et de la période de l'après-guerre.

    La IIIe République est envahie en 1940 par l'armée allemande, la Wehrmacht. Des mouvements de résistance s'organisent. L'un d'entre eux, Combat, mis sur pied par l'officier Henri Frenet, tire son nom de son journal, rédigé et distribué clandestinement. «Le titre nous fut inspiré par le Mein Kampf de Hitler. On a d'abord pensé à Notre combat, cela faisait bizarre, on a opté pour Combat», soulignera quelques années plus tard Jacqueline Bernard, membre de la revue.

    Les objectifs du journal étaient alors d'appeler les Français à la lutte, de les unir face à l'ennemi, de les préparer à prendre les armes au nom de la patrie et de vaincre l'esprit de soumission qui régnait en France. Cette mission, l'équipe de Combat la résumait en apposant en manchette des parutions clandestines une phrase de l'homme politique Georges Clemenceau: «Dans la guerre comme dans la paix, le dernier mot est à ceux qui ne se rendent jamais.»

    «La guerre totale est déclenchée et elle demande la résistance totale. Vous devez résister car cela vous concerne et il n'y a pas deux France. Il n'y a qu'un seul combat [...] Prenez-y votre place», écrivait anonymement l'auteur de L'Étranger en mars 1944. Bien que Camus ait participé à partir de 1944 à la rédaction de Combat, c'est surtout après la Libération que son rôle s'accrût au sein du journal.

    «Nous ne croyons ni aux principes tout faits ni aux plans théoriques. [...] Nous voulons réaliser sans délai une vraie démocratie populaire et ouvrière. [...] La France sera demain ce que sera sa classe ouvrière.» Ces propos, Albert Camus les écrivait en éditorial du journal au lendemain de la Libération. Combat, publication clandestine depuis 1943, sortait au grand jour avec pour mission de transmuer l'énergie de la Résistance en énergie révolutionnaire. L'article demandait une «Constitution où la liberté et la justice recouvrent toutes leurs garanties» et où il y aurait «destruction impitoyable des trusts et des puissances d'argents». Comme le soulignait l'éditorialiste: «Dans l'état actuel des choses, cela s'appelle une Révolution.»

    C'est alors que Camus, qui sera rédacteur en chef de Combat jusqu'à son départ le 3 juin 1947, engage sa plume dans l'élaboration d'une IVe République devant idéalement, selon lui, s'appuyer sur la population française et sur la notion de justice humaine. Il s'agit d'une époque où celui qui vient tout juste de publier La Peste aborde de multiples sujets: les politiques nationales et coloniales françaises, l'importance de la morale en politique, la responsabilité de la presse libre, l'élaboration d'institutions internationales efficaces... Camus participe aux débats sociaux et idéologiques de ces années agitées.

    Le ton de ses éditoriaux est vif, rigoureux. Ses articles sont concis. Sa plume, qui est par moments agressive, par moments tempérée, reste toujours efficace. Camus ne se perd pas au jeu d'une dialectique aride. Il reste concret. Sa concision éditoriale, il l'exprime ainsi: «Une idée, deux exemples, trois feuillets.»

    À la suite du départ de Camus de Combat, François Mauriac, alors éditorialiste au Figaro, écrit: «Depuis que M. Albert Camus n'est plus là, les admirateurs de Combat, parmi lesquels je m'honore de figurer, vivent du parfum d'un vase non certes brisé, mais au trois quarts vide.»

    Camus à Combat

    Albert Camus

    Édition établie et présentée par Jacqueline Lévi-Valenti

    «Cahiers Albert Camus»

    Gallimard

    Paris, 2002, 746 pages
     
     
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