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Essai - Ce show que l'on qualifia d'« ossti »

Sylvain Cormier   7 juin 2008  Livres
«C'était ça, c'était exactement ça», s'est exclamé mon ami Jean-Guy, à qui je montrais mon exemplaire tout frais arrivé de L'Osstidcho ou le désordre libérateur, essai de l'expert en chanson québécoise Bruno Roy à propos du légendaire et révolutionnaire spectacle fomenté en 1968 par les Robert Charlebois, Louise Forestier, Claudine Monfette (Mouffe) et Yvon Deschamps avec le Quatuor du Nouveau Jazz libre du Québec. «Un désordre libérateur, c'est tout à fait ce que j'ai vécu», témoignait mon ami, qui était fin mai 1968 au Quat'Sous pour L'Osstidcho première mouture, puis à la Place des Arts pour L'Osstidcho meurt en janvier 1969. Bon titre, donc, puisqu'il dit l'essentiel.

Et bon livre, foi de fada des années 60 depuis longtemps fasciné par ce spectacle, d'autant fantasmé et mythifié qu'il n'a pas laissé de traces ailleurs que dans les mémoires, à l'exception des quelques secondes d'images sans son tournées par Michel Brault et d'un enregistrement amateur révélé en ces pages il y a cinq ans (encore et toujours inédit). Bon livre factuel qui répond à travers tout un tas d'entrevues avec les intéressés et les spectateurs à la question: comment c'était, sur place? Bon livre d'essayiste qui dépasse l'anecdotisme et attaque de front la dimension symbolique de l'événement: pourquoi fait-on à ce point un plat de L'Osstidcho? Pourquoi l'émoi à l'époque? Pourquoi le culte depuis?

Fort en contexte, l'auteur brosse d'abord un portrait de la «chanson canadienne» telle qu'elle existait avant L'Osstidcho (c'est seulement après L'Osstidcho qu'on parlera de chanson québécoise, la coupure est à ce point nette). Chanson de variétés, mouvement chansonnier, l'un et l'autre pôles, note-t-il avec justesse, excluaient le rock'n'roll: on ne trouve pas d'équivalent local à Elvis, au contraire de la France qui a son Johnny dès 1960. Société fermée sur elle-même, réfractaire au rock, musique du diable, le Québec ferme pour ainsi dire ses frontières aux rages électriques jusqu'à l'arrivée des Beatles, et encore: Charlebois sera finalement notre Elvis, douze ans après Hound Dog, rejoignant le train rock psychédélique en marche au moment de L'Osstidcho.

Suit la genèse de L'Osstidcho, complexe, qui passe par l'École nationale de théâtre (d'ou sortent Charlebois, Forestier, Mouffe), les boîtes à chansons (où ils rencontrent Yvon Deschamps), les revues satiriques que Charlebois présente avec Mouffe et Jean-Guy Moreau (Yéyés vs. chansonniers, Terre des bums et surtout Peuple à genoux, avec la participation du Jazz libre), la fréquentation de l'Esquire Showbar par Charlebois et sa passion grandissante pour le rhythm'n'blues, le voyage initiatique du même Charlebois en Californie en plein «Summer of Love», l'émergence d'une contre-culture dont le quartier général était la Casa Pedro Jusqu'à l'opportun concours de circonstances qui libéra le joli mois de mai 1968 au Quat'Sous, trou providentiel rempli par L'Osstidcho.

Horlogerie et mécanique

Judicieusement, Roy laisse les protagonistes se contredire dans leurs versions de la naissance dudit show: la vérité prend forme toute seule dans ce flou artistique. On apprend par exemple que Paul Buissonneau avait «proposé une espèce de chorégraphie avec des parapluies qui devait devenir par la suite Les Parapluies de Sherbrooke». Charlebois, lui, voulait un «happening». Happening il y eut. Roy décrit, longues citations à l'appui, le déroulement à géométrie variable, l'ambiance, les costumes sacerdotaux des gars du Jazz libre, le décor d'échafaudage, le «free for all» de L'Osstidcho. On apprend aussi que le spectacle fut rapidement rodé. «C'est devenu une espèce d'horlogerie», résume Charlebois. Le «désordre devient ordre», mais comme on dit au hockey, «le dommage était déjà scoré».

Révolution dans le langage (en chanson, en monologue, jusque dans son titre, le joual triomphe, en écho stéréo aux Belles-soeurs de Tremblay), révolution dans la façon de se présenter sur scène (il s'agit d'un «spectacle total», ni récital, ni revue), révolution au sens premier de changement radical de l'ordre établi, «violation d'une norme instituée», L'Osstidcho a pour Bruno Roy «valeur de manifeste»: le Québec y «exorcise ses tabous» après huit ans de Révolution tranquille, à grands coups de sacres. «Lieu de convergence exceptionnel, le spectacle de L'Osstidcho contenait presque à lui seul l'esthétique chansonnière de l'avenir.» Beau Dommage, affirme Michel Rivard, «n'aurait pas existé sans L'Osstidcho». Ferland n'aurait pas osé son Jaune. Rien ne sera plus pareil, de fait. L'Osstidcho, comprend-on, est le big-bang de la chanson moderne au Québec: l'ouverture simultanée de toutes les portes. De quoi justifier un culte.

***

Collaborateur du Devoir

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L'OSSTIDCHO OU LE DÉSORDRE LIBÉRATEUR

Bruno Roy

XYZ éditeur, coll. «Documents»

Montréal, 2008, 200 pages






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  • Hélène Pisier
    Inscrite
    vendredi 17 octobre 2008 11h34
    Un Octobre mémorable
    « Je suggère en complément ce bel hommage rendu à Raymond Lévesque à l'occasion de son 80e anniversaire de naissance, en cet octobre de 2008 : http://www.soreltracy.com/liter/2008/oct/16o.htm

    On y fait référence notamment au 40e anniversaire de l'événement dont nous entretient cet article "festif"... »

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