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Anthropologie - Le nationalisme mène-t-il au génocide ?

David Dorais   31 mai 2008  Livres
Dans son livre précédent, Après le colonialisme, Arjun Appadurai montrait les conséquences culturelles de la mondialisation économique. Le professeur d'anthropologie de l'Université de Chicago soulevait notamment des doutes sur l'avenir de l'État-nation, un concept dépassé, selon lui, dans le contexte global qui est le nôtre.
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  • Claude Bariteau
    Abonné
    samedi 31 mai 2008 09h58
    Nationalisme versus indépendantisme
    « Appadurai cerne bien, comme d'autres l'ont fait, les dérives du nationalisme, ce dont rend très bien compte David Dorais. À la toute fin de son commentaire, Dorais se demande si on peut «maginer à l'inverse une majorité assez sûre d'elle pour s'adapter aux nouvelles règles mondiales et en même temps être inclusive envers ses minorités».

    Bien sûr qu'on peut en imaginer. Mais là n'est pas la question. Appadurai ne présente pas une lecture d'un monde imaginaire. Il montre plutôt que l'État-nation, qui n'est qu'une forme prise par l'État souverain dans le sillage de l'industrialisation (voir Ernest Gellner), est en porte-à-faux dans le monde actuel et le demeurera si ses dirigeants poussent sur l'axe identitaire et la culture de la majorité plutôt que sur la structure de l'État souverain et les liens sociaux que génèrent des institutions qui rapprochent les citoyens.

    C'est là une façon différente de poser le problème. L'une renvoie à l'anthropologie culturelle, l'autre à l'anthropologie sociale. Il est impossible de le faire dans une lecture culturelle et nationaliste, car poser différemment le problème c'est fondamentalement ne pas penser en majorité-minorité, mais dans une perspective citoyenne, ce qui peut se faire sans pour autant nier l'histoire.

    Or, c'est précisément ce dont sont incapables les têtes dirigeantes du Parti québécois, obnubilées et aveuglées qu'elles sont par les propos culturalistes et nationalistes des Beauchemin, Bock-Côté et bien d'autres qui les invitent à se renfermer plutôt qu'à s'ouvrir, à cloisonner plutôt qu'à décloisonner, à hiérarchiser plutôt qu'à chercher à créer du commun, du solidaire et de l'égalité.

    L'indépendance du Québec ne se réalisera avec des approches culturelles et nationalistes, car ces approches repoussent plus qu'elles n'attirent et conduiront à un leur enlisement dans le Canada.

    Claude Bariteau, anthropologue. »

  • Dominique Garand
    Abonné
    samedi 31 mai 2008 14h14
    confusion
    « À la fin de votre texte, il me semble que vous posez mal la question. Vous appuyant sur Appadurai, vous présupposez que tout «nous» est forcément ethnique, sectaire, intolérant. Du coup, l'identitaire devient forcément quelque chose de dangereux. Mais renversez un instant la perspective : peut-on imaginer la politique, voire même une vie humaine, sans la mise en jeu d'une identité et d'un nous. Peut-on imaginer le politique sans identification d'un groupe à un projet? Pouvez-vous vous concevoir comme humain en dehors de tout pôle d'identification (famille, amis, option idéologique, religion, etc.)? N'est-il pas contradictoire (pour ne pas dire pychiquement nocif) de s'interdire la référence à un «nous» sous prétexte qu'on est tenu moralement d'accueillir le «nous» d'autrui? Ma proposition est qu'on cesse de poser la question sur le plan moral en établissant des équations précipitées du genre : «Le «nous» est forcément national et le nationalisme conduit au génocide; donc, revendiquer un nous est le premier pas vers le génocide». Dans le cas de la pensée indépendantiste, l'idée du «nous» est claire et ne repose pas sur l'ethnie : font partie de ce nous tous ceux qui veulent l'indépendance. Mais, bien sûr, ce désir d'indépendance tire sa première impulsion du sentiment vécu par une population spécifique de partager une histoire, des valeurs surtout, un même désir d'accomplissement. Est-ce si dangereux? Dans ce cas, on peut dire de toute affirmation individuelle (devenir quelqu'un) qu'elle est potentiellement dangereuse. Après tout, on risque toujours de prendre la place que l'autre voudrait pour soi. Alors, pourquoi ne pas la lui céder dès le départ dans un beau geste pusillanime? Collectivement,celui qui se définit comme Québécois se pousse vers le suicide par pure peur d'être amené à tuer. Si c'est ce que nous souhaitons, disons-le haut et fort. Mais si nous croyons qu'il y a un avenir pour la langue française au Québec et pour la culture québécoise(une tradition en mouvement, en perpétuelle redéfinition), alors il faut reconnaître le caractère incontournable d'un «nous» qui se fonde contre le «n'importe quoi». Vous ne voulez pas faire ça aux autres, ne pas créer un «eux»? Votre angélisme n'aura pour conséquence que de vous laisser absorber par le «nous» de ces «autres». L'angélisme, c'est de croire qu'on peut créer une communauté politique sans susciter de l'autre, du différent, de l'inassimilable. »

  • Roland Berger
    Abonné
    samedi 31 mai 2008 15h47
    Les méchants Québécois
    « Commentant Appadurai, David Dorais affirme que le nationalisme ethnique mènerait alors tout droit au génocide. Dans ce sens, comme le pensait Trudeau et ses disciples, si les Québécois parvenaient à se donner un pays, ils ne pourraient résister à la tentation de la pureté ethnique et écraseraient sans merci sur son territoire les ethnies autres que la sienne. Méchants Québécois, qui ne sauraient avoir « la maturité assez sûre d'elle pour s'adapter aux nouvelles règles mondiales et en même temps être inclusive envers ses minorités ». De quelle côté est l'imagination déchaînée ?
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • Patrick Desrosiers
    Abonné
    samedi 31 mai 2008 16h25
    Oui
    « Sauf le canadien, bien sûr. »

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