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Place aux poètes

Caroline Montpetit   24 mai 2008  Livres
Elle est poète. L'une des plus connues de sa génération. Bardée d'honneurs et de prix, Hélène Dorion offre, recueil après recueil, une inlassable interrogation sur la condition humaine. Patiente observatrice du monde, elle a le pouvoir particulier de nommer à la fois l'infiniment grand et l'infiniment petit. Récemment, les Éditions de l'Hexagone ont publié une rétrospective de ses oeuvres. Et son dernier recueil, Ravir: les lieux, a obtenu le Prix du Gouverneur général en 2006.

Il est professeur et aussi essayiste. Depuis l'adolescence, la poésie nourrit sa pensée. Depuis, Normand Baillargeon en a publié des traductions, des anthologies. Récemment, il a rassemblé des poèmes «de révolte et d'espoir», sous le titre Sève et sang, aux Éditions Mémoires d'encrier.

Tous deux sont les invités d'honneur du 9e Marché de la poésie de Montréal, qui se tiendra du 29 mai au 1er juin prochain, place Gérald-Godin, au métro Mont-Royal. L'une l'écrit et la lit. L'autre la lit et la traduit. Tous deux sont, à leur façon, profondément épris de poésie.

C'est alors qu'elle terminait ses études en philosophie qu'Hélène Dorion a commencé à écrire de la poésie. «Juste à temps», dit-elle. Si la poésie permet d'intégrer ses préoccupations philosophiques, elle est plus proche des sensations, du corps, des émotions, et du mouvement de l'être humain à travers ses émotions.

«La philosophie, c'est plus cérébral», dit-elle. Comme la philosophie, cependant, la poésie correspond chez elle à un «désir de trouver du sens». «Peut-être n'ai-je qu'un désir / de vivre l'univers entier / À travers toi n'ai-je qu'une histoire / marcher du désastre au commencement», écrivait-elle dans Les Corridors du temps, en 1988. La terre, l'univers, le temps, la vie, la mort sont autant de notions avec lesquelles Hélène Dorion ne cesse de jongler, férue qu'elle est de sauts dans le vide, de vertiges, en exploration du sens de la vie. Naissant au milieu des paradoxes, des tensions, des oppositions, l'écriture a cette volonté d'unir et de réconcilier, dit-elle, de faire en sorte que l'on s'accorde, que l'on trouve l'harmonie, avant d'être déstabilisé de nouveau.

Poésie et résistance

Pour Hélène Dorion, la poésie est et demeure une façon de résister. Résister aux modes, qui trop souvent nous emportent avec elles. Résister au courant social qui reste beaucoup à la surface, «dans la rapidité, les reflets, les illusions». Pourtant, Hélène Dorion est tout à fait de son temps et ne craint pas d'englober le monde tout entier dans son oeuvre, qui se dresse comme une dentelle fragile au milieu du tumulte. Son prochain recueil, attendu à l'automne, s'appellera Le Hublot des heures; il s'intéresse notamment aux avancées technologiques. C'est un appel à la lucidité devant cette forme d'instrumentalisation de la vie.

«Je considère que la poésie peut tout rejoindre, dit-elle, tout englober. Pour moi, c'est la part du risque, c'est comme se jeter en haut d'une falaise, éprouver le vertige de rejoindre le plus grand que nous, et que le plus grand porte le plus petit.»

Pour Normand Baillargeon, la poésie est «quelque chose d'irremplaçable, quelque chose d'extrêmement puissant. C'est un art qui réussit à produire un maximum d'effets avec un minimum de moyens». Et s'il a tenu, avec Sève et sang, à publier un recueil de poèmes engagés, Normand Baillargeon s'abstient bien de faire un lien systématique entre poésie et engagement.

«C'est un lien que je fais, mais c'est un lien prudent, dit-il. Il est absolument possible pour une poésie de ne pas être engagée du tout et d'être une excellente poésie. Certains poètes, en voulant s'engager, ont produit des horreurs sans nom. Les poèmes d'Éluard à la gloire de Staline, par exemple, c'est absolument imbuvable.» Pour Baillargeon, il y a cependant, dans certains cas, un miracle qui se produit, celui d'allier la grande poésie à la grandeur d'un engagement. Les poèmes de Sève et sang proviennent autant de l'époque de la Renaissance que de poètes contemporains. Souvent découverts à l'adolescence, ils ont accompagné Normand Baillargeon tout au long de sa vie.

«Personnellement, je suis militant. Je me bats et la poésie a toujours été une compagne. Quand je cherche des mots pour dire pourquoi le monde ne me satisfait pas, la poésie m'aide à le faire», dit-il.

Normand Baillargeon a fait ses premières expériences de lecture poétique durant l'adolescence, accompagné d'un ami tout aussi passionné de poésie que lui, avec qui il partageait ses découvertes. Depuis, il s'est penché sur des poèmes de tous les genres. Il s'apprête à publier une traduction des aphorismes de l'écrivain mystique indien Rabindranath Tagore et se passionne pour Omar Khayam, poète perse et mathématicien du XIe siècle.

«Quand je le lis, dit Baillargeon au sujet de Khayam, je rencontre quelqu'un qui est tout près de moi, avec qui j'ai des affinités.»

Méconnue, voire mal-aimée, la poésie n'a pas toujours l'attention qu'elle mérite auprès du public. Pour Hélène Dorion, elle est nécessaire parce qu'elle investit le rêve et l'imaginaire dans un monde matérialiste, où l'on confond rêve et réalité virtuelle. Il faut donc la faire connaître, dire aux gens qu'elle existe.

«La poésie est par nature en marge de tout cela, et propose une façon différente de voir et de regarder», dit-elle.

Normand Baillargeon rappelle par ailleurs qu'il y eut une époque pas si lointaine où les journaux publiaient des poèmes et où les écoliers apprenaient par coeur des poèmes à l'école. Il y va de trois conseils pour amadouer la poésie et en faire son alliée: d'abord, en lire à voix haute; ensuite, tenter d'en apprendre par coeur; et enfin, respecter ses intuitions et ses goûts dans les poètes choisis.

***

Pour plus d'information sur le marché de la poésie et sa programmation: www.maisondelapoesie.qc.ca.
 
 
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