samedi 28 novembre 2009 Dernière mise à jour 23h41


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Autobiographie - Le temps d'Hubert Reeves

Alexandre Shields   19 avril 2008  Livres
Hubert Reeves, tel qu’il ap-paraît dans le film Hubert Reeves: conteur d’étoiles, de Iolande Cadrin-Rossignol
Hubert Reeves, tel qu’il ap-paraît dans le film Hubert Reeves: conteur d’étoiles, de Iolande Cadrin-Rossignol
On aime l'entendre, apprendre de cet homme doué d'un formidable sens de la vulgarisation scientifique. C'est que l'astrophysicien Hubert Reeves a une passion communicative pour la connaissance, étant lui-même avide de comprendre toujours un peu plus ce qui, ici et ailleurs, a permis ce formidable incident de l'histoire qu'est la vie sur la Terre. Et nul besoin d'être un féru de sciences pour apprécier ses mémoires, qui constituent d'abord et avant tout une invitation à se laisser prendre au jeu de la curiosité jamais rassasiée.

Habitué à naviguer dans un univers où le temps se mesure le plus souvent en millions d'années, il a pourtant choisi d'orner la couverture de ses mémoires d'un «Je n'aurai pas le temps». «Aujourd'hui, je suis confronté au chiffre de mon âge, souligne d'entrée de jeu le Montréalais d'origine, né en 1932. Il augmente sans répit. Il me rappelle que cette quête de savoir ne se prolongera pas au-delà de quelques années, au mieux quelques décennies. Je me sens empreint de tristesse à l'idée que je n'aurai plus accès à la poursuite de cette fascinante exploration du cosmos.» La planète s'ennuiera elle aussi un jour d'un de ses amants les plus sincères.

Hubert Reeves se lance ici dans un périple qui permet de mieux saisir comment ce scientifique humaniste s'est formé. Le terreau familial, on peut s'en douter, favorisait l'épanouissement de cette curiosité originelle, cette fièvre qui le lançait à l'aventure durant les vacances d'été sur les rives du lac Saint-Louis.

Il est aussi intéressant de voir l'influence qu'a eue sur lui un certain père Louis-Marie, trappiste et botaniste, qui a joué un rôle central dans son choix d'une carrière scientifique. En plus des balades dans la nature, à la recherche de diverses plantes à inclure dans un herbier, c'est par cet ami de la famille que le jeune Reeves entre en contact avec un laboratoire, où il s'émerveille de l'invisible rendu visible grâce à la magie du microscope.

Dès son plus jeune âge, il dévore tous les ouvrages qui lui tombent sous la main. C'est ainsi qu'il parcourra inlassablement les pages du livre d'astronomie D'où venons-nous, de l'abbé Moreux. «Je découvrais l'existence merveilleuse de ce monde de l'astronomie, des photos des planètes, des nébuleuses, des galaxies, explique-t-il. Je relisais chaque page plusieurs fois pour m'assurer de bien la comprendre mais surtout pour me conforter dans l'idée que j'étais en train d'accéder à un monde bien réel, au-delà du quotidien, et qui méritait que je lui accorde la plus grande attention et les plus grands efforts. Un peu, j'imagine, ce que ressentaient les explorateurs abordant des îles vierges, prêts à se confronter aux plus grandes difficultés pour en découvrir les richesses.»

Merveilleuses mathématiques

Étudiant au collège Jean-de-Brébeuf, établissement alors intensément catholique, il se passionne pour les mathématiques. Le déclic survient lorsqu'il doit trouver à quelle distance placer deux lentilles dans un télescope pour discerner les astres avec netteté. «Le fait qu'une simple formule algébrique puisse nous donner le mode d'emploi pour accomplir un tel exploit provoqua en moi comme un sentiment de vertige. Je n'en revenais pas. Et d'ailleurs, je n'en suis jamais revenu.»

Hubert Reeves, fermement convaincu que la science fera toujours intimement partie de sa vie, mène de brillantes études et pousse un jour l'audace jusqu'à demander à un observatoire astronomique de la région de Boston de l'accueillir. Il y passera un mois à prendre part aux différents travaux nocturnes d'observation. Inscrit à la faculté des sciences de l'Université de Montréal, il obtient un baccalauréat es sciences en physique en 1953, avant de décrocher une maîtrise puis un doctorat en astrophysique nucléaire à l'université Cornell, aux États-Unis. Entre les murs de cet établissement, il prend conscience que la science est en marche et qu'il peut y prendre part, au lieu de se contenter d'un rôle d'observateur.

Il y côtoie de grands physiciens qui ont pris part à l'avance accélérée de différentes branches de la physique au cours du XXe siècle. Parmi ses enseignants, des scientifiques du projet Manhattan de fabrication de la bombe atomique. Sa propre carrière de professeur universitaire est par la suite couronnée de succès et l'amène un peu partout dans le monde. Il travaillera même pour la NASA.

Lui qui aurait pu se contenter du rôle du professeur respecté et admiré opte plutôt pour la perpétuelle nouveauté. «J'ai systématiquement refusé toute proposition de postes qui [...] auraient risqué de ne pas me laisser tout le temps nécessaire pour mes insatiables envies de connaissances».

Transmettre le savoir

À lire ses mémoires, on a parfois l'impression de découvrir un de ses scientifiques joviaux et assoiffés de connaissances inventés par Jules Verne. Il se présente aussi en ardent défenseur de la «communication entre les générations» de scientifiques, lui qui a d'ailleurs dirigé à maintes reprises des étudiants dans la rédaction de leur thèse de doctorat. Une sorte de «filiation universitaire» qu'il juge essentielle.

Hubert Reeves croit aussi fermement à l'«importance pédagogique et civilisatrice de l'astronomie dans l'éducation», à laquelle il faut être attentif, d'autant plus que «notre présence ici et aujourd'hui est liée à un ensemble de phénomènes dans lesquels tout le cosmos est impliqué. C'est notre généalogie que l'astronomie aujourd'hui nous révèle». L'humanité doit en prendre conscience, répète-t-il depuis plusieurs années. Nous qui sommes «une espèce éminemment périssable» qui s'acharne à détruire son milieu de vie.

Et même après toutes ces décennies, son éternel questionnement demeure intact, tout comme sa grande et sincère humilité: «Que celui qui a vécu dans un milieu où il a pu bénéficier d'une ouverture sur la culture, les arts et la science porte un regard sur l'ensemble de la population mondiale. Il réalisera alors qu'il appartient à une infime minorité et s'apercevra de la chance qui fut la sienne. Un quart de la population mondiale vit en dessous du seuil de la pauvreté. Pour ces gens, l'urgence quotidienne imposée par la survie est infiniment plus pressante que l'intérêt pour la vie sur d'autres planètes ou pour la création artistique. Je peux prendre conscience de l'immense privilège qui est le mien. Je suis né et j'ai été élevé dans un environnement qui m'a laissé le loisir de me passionner pour ces questions. Mais pourquoi moi, et pourquoi vous aussi, qui lisez ces lignes? Y a-t-il une réponse?»

***

Je n'aurai pas le temps

Hubert Reeves, Éditions du Seuil, Paris, 2008, 330 pages






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Nicolas St-Gilles
    Inscrit
    samedi 19 avril 2008 09h02
    Un « Devoir » à la manière de « La Presse »
    « Un « Devoir » à la manière de « La Presse »

    Hubert Reeves est un homme que j'apprécie et respecte.

    Mon intervention portera toutefois sur la « manière » de l'auteur de l'article.

    On y lit que M. Reeves est d'origine montréalaise, qu'il a habité sur les rives du lac Saint-Louis (comme Gilles Vigneault depuis de nombreuses années, si je ne m'abuse ?), qu'il a fréquenté le collège Brébeuf...

    Or, à l'instar de Radio-Canada ou des journaux de Gesca, par exemple, pour qui un olympien d'« ici » est toujours canadien (lavallois, gaspésien ou gatinois, dans le meilleur des cas), et pour lesquelles entreprises (de propagande ?) le mot « Québécois » semble le plus souvent un vocable tabou. Comme s'il s'agissait d'une maladie que l'on qualifiait autrefois de « honteuse ».

    Aussi je suis extrêmement déçu de lire des « abstentions volontaires » de cette sorte jusque dans « Le Devoir ». Je me serais cru soudain lisant « La Presse » d'André Pratte et de Lysiane Gagnon ou « Le Droit » de Pierre Jury...

    La chose est d'autant plus regrettable - et ce, jusqu'à l'injure même à l'endroit de cet homme d'exception qui vit en France depuis de nombreuses années - que celui-ci a toujours revendiqué haut et fort sa québécitude.

    Y compris à la faveur du référendum du 30 octobre 1995 !

    Aussi, bonne réflexion, M. Alexandre Shields.
    Et mes salutations les plus cordiales à vous, M. Reeves ! »

  • Claude Boire-Lavigne
    Abonné
    samedi 19 avril 2008 12h05
    Beau message
    « J'ai toujours été un admirateur de ce scientifique. j'achèterai son livre aussitôt de retour chez moi.

    Bel article félicitations
    Claude Boire-Lavigne »

  • Nadeau Béa
    Inscrite
    samedi 19 avril 2008 13h22
    Le cosmos intérieur
    « Quoique née en 1954 donc plus jeune que Hubert Reeves, je re-naîs à chaque âge qui grandit sans répit. Moi non plus, je n'aurai pas le temps de conscientiser ce formidable incident de l'histoire qualifiant la vie sur terre. Le cycle éternel de la vie naître, mourir, renaître est celui de l'ordre naturel des choses et du vivant. Il ne manque aux humains que la solidarité de leurs consciences. Le temps de vous dire merci pour tout ce beau travail accompli et bravo à tous les vulgarisateurs scientifiques de la planète des terriens. Nul doute qu'ils ont une conscience planétaire. »

  • Pierre Ferron
    Inscrit
    samedi 19 avril 2008 17h30
    Bravo pour l'influence de Louis-Marie
    « Je suis aussi né en 1932 et j'ai eu comme professeur ce brillant trappiste, le Père Louis-Marie. Il a même influencé mon premier choix de carrière en me permettant de donner quelques cours de botanique aux élèves du cours professionnel agricole qui se donnait à l'Institut agricole d'Oka à l'époque. J'ai enseigné l'agriculture dans les écoles moyennes d'agriculture durant 18 ans. Pierre Ferron, agronome et retraité actif »

  • Jean-Paul Gosselin
    Inscrit
    samedi 19 avril 2008 23h11
    M. Reeves...
    « J'aime beaucoup M. Reeves. J'ai eu le plaisir d'acheter et de lire quelques-uns de ses livres, tels que: Patience dans l'azur, L'Heure de s'enivrer, Malicorne et Mal de terre.

    Il n'y a aucun doute que je vais me procurer son récent ouvrage, son autobiographie. »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
5 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres

Articles les plus commentés

Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009