Aimé Césaire n'est plus
Le célèbre poète martiniquais Aimé Césaire est mort hier à l'âge de 94 ans. Homme politique, écrivain, penseur, il incarnait à lui seul plus d'un demi-siècle de l'histoire de la Martinique. Son influence sur les différents mouvements de la décolonisation, notamment au Québec, a été majeure. Figure type de l'intellectuel engagé, il aura mis ses lettres au service d'un combat de toute une vie pour l'émancipation des damnés du monde.
Hier, à l'occasion de sa mort, l'UNESCO a déclaré avoir perdu un de «ses plus estimables amis», qui a été de «tous les combats contre le colonialisme et le racisme». Le directeur général de l'organisation, Koïchiro Matsuura, a rendu hommage à Aimé Césaire en soulignant «la portée universelle de son appel à la dignité humaine, à la vigilance et à la responsabilité».
Dès ses premiers textes, dans les années 1930, Aimé Césaire a chanté la «négritude», concept littéraire autant que sociologique prônant le retour à l'identité et à la culture noires, et dénoncé l'oppression colonialiste blanche.
Dans ses poèmes (Cahier d'un retour au pays natal, Les Armes miraculeuses, Et les chiens se taisaient, Soleil cou coupé, Corps perdu, Cadastre) ou dans ses essais, notamment le célèbre Discours sur le colonialisme, il aura défendu par les mots la fierté et le droit à l'égalité du peuple noir. Il n'est pas anodin de signaler que certains de ses livres avaient été repris en tout ou en partie par des éditeurs québécois.
«La négritude est la simple reconnaissance du fait d'être noir, l'acceptation de ce fait, de notre destin de Noirs, de notre histoire et de notre culture», écrivait-il. Il a également écrit pour le théâtre (La Tragédie du roi Christophe, Une saison au Congo, Une tempête).
Avec Léopold Sédar Senghor, autre homme de lettres noir rencontré à son arrivée à Paris en 1931, il aura développé au fil du temps la négritude comme un pont littéraire, culturel et historique entre les Noirs des Antilles et ceux de l'Afrique, notamment par l'intermédiaire de L'Étudiant noir, la revue qu'ils avaient fondée dans les années 1930. «Le mouvement de la négritude affirme la solidarité de la diaspora avec le monde africain», expliquait-il.
Influence au Québec
Aimé Césaire a eu une influence considérable au Québec, surtout dans les années 1960, notamment par l'entremise de Gaston Miron, qui contribua à le faire connaître ici.
Dans un article sur l'influence du poète martiniquais au Québec, publié dans le recueil Soleil éclaté, Max Dorsinville explique que la réception de l'oeuvre d'Aimé Césaire au Québec a alors lieu dans un univers social qui éprouve durement le colonialisme, au moment aussi où triomphent les idées tiers-mondistes de Frantz Fanon, lui-même formé par Aimé Césaire. À l'époque, l'écrivain Paul Chamberland, qui rencontrera Césaire, lui dédie un poème intitulé Méridien de la colère. Dans Le Devoir, Chamberland écrivait en 2006 que c'est à tort qu'on pourrait croire dépassée aujourd'hui la lucidité des vues de l'auteur du Discours sur le colonialisme.
«Les écrivains québécois, à la suite de Gaston Miron, reçoivent et sont influencés par l'oeuvre d'Aimé Césaire, dans une conjoncture historique où elle correspond à des attentes», écrit Dorsinville.
Toujours au Québec, le cinéaste Jean-Daniel Lafond a pour sa part consacré un film et un récit au poète martiniquais. Ces deux oeuvres, diffusées respectivement en 1991 et en 1993, s'intitulent toutes deux La Manière nègre - Aimé Césaire, chemin faisant. C'est d'ailleurs dans ce livre fortement marqué au sceau de la pensée d'Aimé Césaire que Jean-Daniel Lafond, désormais à Ottawa auprès de la gouverneure générale, écrivait: «Alors, un Québec souverain? Un Québec indépendant? Oui, et j'applaudis des deux mains et je promets d'être de tous les défilés de toutes les Saint-Jean.»
Aimé Césaire aura également traversé l'histoire politique de la France et de la Martinique depuis l'après-guerre. Homme de gauche, il a été député de la Martinique pendant près de 50 ans, d'abord sous l'étiquette communiste avant d'intégrer le groupe socialiste. Il était maire honoraire de Fort-de-France, ville qu'il a administrée de 1945 à 2001.
En 2007, il avait soutenu Ségolène Royal à l'élection présidentielle. En décembre 2005, il avait refusé de rencontrer Nicolas Sarkozy à Fort-de-France en raison de la polémique autour de la loi sur le «rôle positif» de la colonisation. Il avait finalement accepté de recevoir le ministre de l'Intérieur de l'époque le 10 mars 2006 lors de la visite de ce dernier en Martinique. En janvier 2007, M. Sarkozy avait fait rebaptiser l'aéroport de Fort-de-France/Le Lamentin aéroport Martinique/Aimé Césaire.
Aimé Césaire avait reçu en 2004 le prix Toussaint Louverture de l'UNESCO, «destiné à couronner l'engagement pour la reconnaissance de l'égalité des hommes et des cultures et la lutte contre les discriminations et l'exclusion», a rappelé le directeur de l'organisation.
Le président du conseil exécutif de l'UNESCO, le Béninois Olabiyi Babalola Joseph Yaï, a de son côté salué hier la «voix des sans-voix».
«Un grand baobab est tombé, comme on dit chez nous», a-t-il déclaré.
Hier, à l'occasion de sa mort, l'UNESCO a déclaré avoir perdu un de «ses plus estimables amis», qui a été de «tous les combats contre le colonialisme et le racisme». Le directeur général de l'organisation, Koïchiro Matsuura, a rendu hommage à Aimé Césaire en soulignant «la portée universelle de son appel à la dignité humaine, à la vigilance et à la responsabilité».
Dès ses premiers textes, dans les années 1930, Aimé Césaire a chanté la «négritude», concept littéraire autant que sociologique prônant le retour à l'identité et à la culture noires, et dénoncé l'oppression colonialiste blanche.
Dans ses poèmes (Cahier d'un retour au pays natal, Les Armes miraculeuses, Et les chiens se taisaient, Soleil cou coupé, Corps perdu, Cadastre) ou dans ses essais, notamment le célèbre Discours sur le colonialisme, il aura défendu par les mots la fierté et le droit à l'égalité du peuple noir. Il n'est pas anodin de signaler que certains de ses livres avaient été repris en tout ou en partie par des éditeurs québécois.
«La négritude est la simple reconnaissance du fait d'être noir, l'acceptation de ce fait, de notre destin de Noirs, de notre histoire et de notre culture», écrivait-il. Il a également écrit pour le théâtre (La Tragédie du roi Christophe, Une saison au Congo, Une tempête).
Avec Léopold Sédar Senghor, autre homme de lettres noir rencontré à son arrivée à Paris en 1931, il aura développé au fil du temps la négritude comme un pont littéraire, culturel et historique entre les Noirs des Antilles et ceux de l'Afrique, notamment par l'intermédiaire de L'Étudiant noir, la revue qu'ils avaient fondée dans les années 1930. «Le mouvement de la négritude affirme la solidarité de la diaspora avec le monde africain», expliquait-il.
Influence au Québec
Aimé Césaire a eu une influence considérable au Québec, surtout dans les années 1960, notamment par l'entremise de Gaston Miron, qui contribua à le faire connaître ici.
Dans un article sur l'influence du poète martiniquais au Québec, publié dans le recueil Soleil éclaté, Max Dorsinville explique que la réception de l'oeuvre d'Aimé Césaire au Québec a alors lieu dans un univers social qui éprouve durement le colonialisme, au moment aussi où triomphent les idées tiers-mondistes de Frantz Fanon, lui-même formé par Aimé Césaire. À l'époque, l'écrivain Paul Chamberland, qui rencontrera Césaire, lui dédie un poème intitulé Méridien de la colère. Dans Le Devoir, Chamberland écrivait en 2006 que c'est à tort qu'on pourrait croire dépassée aujourd'hui la lucidité des vues de l'auteur du Discours sur le colonialisme.
«Les écrivains québécois, à la suite de Gaston Miron, reçoivent et sont influencés par l'oeuvre d'Aimé Césaire, dans une conjoncture historique où elle correspond à des attentes», écrit Dorsinville.
Toujours au Québec, le cinéaste Jean-Daniel Lafond a pour sa part consacré un film et un récit au poète martiniquais. Ces deux oeuvres, diffusées respectivement en 1991 et en 1993, s'intitulent toutes deux La Manière nègre - Aimé Césaire, chemin faisant. C'est d'ailleurs dans ce livre fortement marqué au sceau de la pensée d'Aimé Césaire que Jean-Daniel Lafond, désormais à Ottawa auprès de la gouverneure générale, écrivait: «Alors, un Québec souverain? Un Québec indépendant? Oui, et j'applaudis des deux mains et je promets d'être de tous les défilés de toutes les Saint-Jean.»
Aimé Césaire aura également traversé l'histoire politique de la France et de la Martinique depuis l'après-guerre. Homme de gauche, il a été député de la Martinique pendant près de 50 ans, d'abord sous l'étiquette communiste avant d'intégrer le groupe socialiste. Il était maire honoraire de Fort-de-France, ville qu'il a administrée de 1945 à 2001.
En 2007, il avait soutenu Ségolène Royal à l'élection présidentielle. En décembre 2005, il avait refusé de rencontrer Nicolas Sarkozy à Fort-de-France en raison de la polémique autour de la loi sur le «rôle positif» de la colonisation. Il avait finalement accepté de recevoir le ministre de l'Intérieur de l'époque le 10 mars 2006 lors de la visite de ce dernier en Martinique. En janvier 2007, M. Sarkozy avait fait rebaptiser l'aéroport de Fort-de-France/Le Lamentin aéroport Martinique/Aimé Césaire.
Aimé Césaire avait reçu en 2004 le prix Toussaint Louverture de l'UNESCO, «destiné à couronner l'engagement pour la reconnaissance de l'égalité des hommes et des cultures et la lutte contre les discriminations et l'exclusion», a rappelé le directeur de l'organisation.
Le président du conseil exécutif de l'UNESCO, le Béninois Olabiyi Babalola Joseph Yaï, a de son côté salué hier la «voix des sans-voix».
«Un grand baobab est tombé, comme on dit chez nous», a-t-il déclaré.
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