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La petite chronique - La mort avec ou sans rimes

12 avril 2008  Livres
La mort, il en est question dans les deux romans dont je rends compte cette semaine. De façon complètement différente. Alors qu'Amos Oz, dans Vie et mort en quatre rimes, ne traite ce thème qu'à la façon experte d'un romancier aguerri, Henry Bauchau nous offre un livre complètement habité par l'irrémédiable.

Le Boulevard périphérique est avant tout une lente méditation sur la mémoire et sur les derniers jours d'une femme. Paule est atteinte d'un cancer. Tous les jours, son beau-père, le narrateur, lui rend visite à l'hôpital. S'il y a un espoir de rémission, il est mince. Henry Bauchau a 95 ans, le regard qu'il porte sur la vie est forcément teinté d'un certain détachement, que n'atténuent certes pas la fascination qu'a sur lui le taoïsme et sa formation de psychanalyste.

«Je suis dans un bureau où je reçois mes patients... J'écoute le mieux que je peux et comme il y a en moi une forte présence de la mort j'entends leur parole de mort, de condamnation d'eux-mêmes qui s'élève en majeur sur un fond d'amour et d'espoir en mineur. C'est bien d'être heureux, c'est bien de jouir. Mais il n'y a pas de devoir de jouir, pas de devoir d'être heureux.»

Le vieil homme, qui ne peut manquer d'être l'auteur, assiste à la patiente descente vers la mort de sa belle-fille à la façon d'un observateur, sans doute ému mais plutôt stoïque. Lao-Tseu a inscrit en lui les traces d'une sagesse profonde. On retrouve la même attitude chez l'agonisante, qui a décidé «de ne plus vouloir». Elle se laisse glisser dans la mort.

En même temps que se déroulent les jours d'une agonie, le narrateur revoit la mort d'un ami de jeunesse. Cet ami, Stéphane, l'a initié jadis à ne pas craindre la peur. Impossible pour le narrateur de se débarrasser des images du meurtre de Stéphane aux mains d'un officier nazi.

Cette partie du roman, l'obsession du passé, semble moins réussie. Beaucoup plus convaincant est le récit d'une agonie. Sans quelque recours que ce soit à une recherche d'effets, au contraire toute en retenue, la manière de Bauchau est efficace au plus haut point. L'angoisse de la mort est rendue avec une pudeur exemplaire.

Il s'agit à n'en pas douter d'un roman d'une très haute densité. L'amour de la vie, l'acceptation de la mort y sont évoqués dans des pages d'une étonnante lucidité.

Vie et mort en quatre rimes dérange mais d'une façon fort différente. Un écrivain israélien a accepté de participer à une soirée au sujet de son oeuvre organisée par un club littéraire. Il ne s'y rend qu'à contrecoeur. Rien que de très normal. Les écrivains acceptent rarement d'avouer qu'ils aiment les marques d'adulation. Le romancier dont il est ici question n'est d'ailleurs pas plus fat qu'un autre. L'originalité est ailleurs.

Amos Oz, dans ce court roman, s'amuse surtout à créer des pistes, qu'il abandonne, mêlant relation purement réaliste et imagination débridée. Le lecteur saura-t-il si Rochale Reznik, qui a lu en public des extraits du dernier roman de l'auteur, a vraiment cédé à ses avances? Et le petit étudiant si timide au fond de la salle, est-il dangereux? Et la serveuse si sensuelle au slip si visible, l'a-t-il vraiment abordée?

En somme, un roman habile, finement ciselé, qui dans l'oeuvre de l'auteur apparaît comme un amusement intelligent, amusant, une sorte de halte, une oasis. Sans plus.

***

Collaborateur du Devoir

***

Le boulevard périphérique

Henry Bauchau, Actes Sud, Paris, 2007, 255 pages

Vie et mort en quatre rimes

Amos Oz, Gallimard, «Du monde entier», Paris, 2007, 132 pages
 
 
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