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Québec, côté bouquin

Isabelle Paré   12 avril 2008  Livres
Côté bouquin, Québec est choyé. La Vieille Capitale est la Mecque québécoise des librairies indépendantes, le nid de trois des quatre revues littéraires du Québec et un terrain béni pour les jeunes maisons d'édition, qui y ont le vent en poupe. Portrait d'une ville bibliomane.

À quelques jours de l'ouverture du Salon international du livre de Québec, la Vieille Capitale s'apprête à déballer ses stands et à dérouler le tapis rouge aux éditeurs, lecteurs et amoureux de la chose littéraire. Et ils sont nombreux.

Car Québec, faut-il le rappeler, est la ville qui compte le plus de librairies par habitant, devançant Montréal d'une bonne brasse. Une situation qui, à n'en pas douter, n'est pas sans lien avec l'effervescence dont jouit la scène littéraire à Québec.

De son petit boudoir dans le quartier Saint-Jean-Baptiste, Antoine Tanguay, éditeur chez Alto, une jeune maison d'édition née il y a trois ans, multiplie les succès et a déjà vendu les droits de son premier grand succès, Nikolski de Nicolas Dickner (25 000 exemplaires), à plus d'une demi-douzaine de pays. «Ce n'est pas parce qu'on est à Québec qu'on ne peut pas faire d'alliances avec l'Europe. Québec, c'est une petite place où on peut faire de grandes choses», lance l'éditeur, qui s'enthousiasme de la bonne santé du milieu de l'édition à Québec.

Chaque automne, les éditeurs de la région marquent d'ailleurs la rentrée littéraire par une série d'événements destinés à susciter l'intérêt pour les livres et auteurs d'ici. «Il n'y a pas la même compétition ici qu'à Montréal. Il y a un côté tissé serré ou tout le monde se connaît», affirme-t-il.

Gilles Pellerin, de la maison d'édition L'Instant même, abonde dans ce sens. «C'est vrai qu'on est choyés ici. Nous avons un lectorat très instruit, fervent de littérature, avec la présence du gouvernement et d'entreprises de haute technologie. En ce moment, on vit une période dorée pour la littérature et l'édition», croit-il. Ce doyen du milieu littéraire croit que la ville fondée par Champlain n'a jamais abrité autant d'écrivains ni compté autant de lectures publiques et de maisons d'édition qu'à l'heure actuelle. Le milieu littéraire est en pleine ébullition avec la montée en flèche d'Alto, dit-il, mais aussi de Nota Bene, une jeune maison d'édition dédiée aux essais en sciences humaines et sociales, qui vient s'ajouter à L'Instant même, qui occupe plutôt la sphère du roman, de la nouvelle et du livre d'art.

On vend d'ailleurs pour plus de 80 millions de bouquins chaque année dans la Vieille Capitale, devenue le porte-étendard des librairies indépendantes. L'icône de la vieille ville, l'incontournable Librairie Pantoute, trône en tête de liste, avec à ses côtés la Librairie Vaugeois de Sillery et celle du Nouveau-Monde, dans la Basse-Ville. Pour Denis Lebrun, vieux sage du milieu du livre, président de l'Association des librairies indépendantes et propriétaire de la Librairie Pantoute, s'il faut se réjouir du caractère «distinct» de Québec en ce qui concerne le livre, la situation des librairies indépendantes n'en demeure pas moins fragile. «Le marché bouge beaucoup avec la concurrence des grandes surfaces. On a beau avoir beaucoup d'indépendants à Québec, si on ne civilise pas le marché par des règles, ces librairies vont finir par disparaître», alerte-t-il.

Jean-Marc Gagnon, des Éditions Multimondes, abonde dans ce sens. Si le milieu littéraire de Québec vit une période faste, il n'en subit pas moins les contrecoups de l'arrivée d'Internet et de l'engouement pour le tout multimédia. «Heureusement, nous avons à Québec un des plus beaux salons pour rencontrer notre public», croit-il.

Philippe Sauvageau, aux commandes du Salon international du livre de Québec (SILQ) depuis 10 ans, se targue d'ailleurs de faire de ce rendez-vous annuel un événement littéraire et culturel, plutôt qu'une simple foire commerciale.

Loin de se gargariser des seuls succès locaux, le Salon a choisi de s'ouvrir à l'international, en recevant l'an dernier toute une délégation d'auteurs et d'éditeurs serbes. 400e oblige, le Salon du livre de Québec consacre cette année tout un espace à la francophonie, en recevant 27 écrivains d'Europe, d'Afrique, du Proche-Orient, des Antilles et d'Amérique du Nord. Le vendredi 18 avril, sur la scène des Rendez-vous littéraires, les amoureux de littérature pourront notamment rencontrer Andrei Makine (L'Amour humain), Patrick Chamoiseau (Un dimanche au cachot) et André Velter (Midi à toutes les portes).

Pour célébrer la Ville et son passé, une série de spectacles hors Salon, intitulée Québec la muse, célébrera la fusion de la littérature, de la poésie, de la musique et du théâtre, au Palais Montcalm, à la Chapelle historique du Musée de l'Amérique française et à l'Observatoire de la Capitale.

«Moi, ma conception d'une bibliothèque ou d'un salon, c'est que ce doit être un lieu d'animation culturelle. Je ne devrais pas dire cela, mais notre principal souci est de répondre aux attentes des visiteurs, pas seulement de plaire aux éditeurs. On met d'ailleurs un accent important sur les jeunes, même si ça fait du bruit et que ça dérange certaines personnes», note l'ex-directeur de la bibliothèque Gabrielle-Roy (une autre institution phare de la ville).

Au Salon même, des événements clés viendront ponctuer les dix jours de l'événement. À retenir: une déferlante d'activités pour le public jeunesse, un café-rencontre BD et de la bande dessinée en direct, l'événement Les Auteurs et la Ville (19 avril), la rencontre Femmes de tête, entre Marie Laberge et Pauline Marois, des tables rondes sur la littérature coup-de-poing, les librairies indépendantes, et bien d'autres choses encore. Et quand le rideau tombera sur le SILQ, les amoureux du livre pourront continuer à bouquiner dans les 50 librairies de la ville bibliomane.

***

Salon international du livre de Québec

Du 16 au 20 avril, Palais des Congrès, silq.org






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