D'une journée à une semaine - L'Université de Montréal se sent responsable de défendre et de faire progresser le français
Les dictionnaires sont des outils indispensables dans le milieu universitaire
Photo : Jacques Grenier
L’Université de Montréal a été la première à se doter d’une politique linguistique qui encadre l’usage du français dans l’administration et chez les étudiants.
L'Université de Montréal organise encore une fois la Semaine et la Journée des dictionnaires. Cette institution porte le flambeau de ces ouvrages, au rayonnement desquels elle participe. L'établissement universitaire de langue française le plus important en Amérique du Nord pose un geste de plus dans la reconnaissance et l'affirmation de cette langue.
Joseph Hubert, vice-recteur à la recherche et professeur titulaire à l'Université de Montréal (UdeM), situe cet événement dans son contexte historique: «On a commencé à y réfléchir en 2003. Monique Cormier, professeure de linguistique et traduction, avait eu l'idée d'une journée pendant laquelle on pourrait discuter des dictionnaires. Il faut préciser qu'elle-même est extrêmement active dans le domaine de la recherche autour de ces livres. On a trouvé que c'était là une bonne idée et, finalement, il y a eu durant cette même année la tenue de la Journée des dictionnaires, dont le succès nous a très agréablement surpris à cette époque.»
De telle sorte que, deux ans plus tard, Mme Cormier est revenue à la charge en avançant la proposition de tenir une semaine des dictionnaires, après avoir discuté de cette idée avec les gens du milieu: «On est parti d'une simple journée de discussion entre scientifiques pour élargir ce débat sur nombre d'activités variées, ce qui a donné lieu à différentes choses: des tables rondes, des représentations auprès des jeunes publics dans les librairies, etc. En même temps, les différentes régions ont à leur tour participé, car le Québec possède tout de même une très, très longue expertise de recherche sur la langue et les dictionnaires; celle-ci émane de plusieurs endroits.»
La Semaine de 2005 a été tout autant couronnée de succès que la Journée de 2003. «Mme Cormier est donc revenue à la charge et, en 2008, on jumelle les deux en tenant à la fois une Journée et une Semaine des dictionnaires. En parallèle, on a trouvé que c'était une bonne idée de mailler le 400e anniversaire de Québec avec cet événement.»
La Journée des dictionnaires aura donc lieu dans la Vieille Capitale et l'UdeM en profitera pour remettre un doctorat honoris causa au père du Petit Robert, Alain Rey, et une médaille universitaire à la secrétaire perpétuelle de l'Académie française, Hélène Carrère d'Encausse: «On a trouvé que le fait de poser ce geste à Québec avait une valeur symbolique très forte.»
L'impact dans la vie universitaire
Joseph Hubert a conduit une carrière universitaire dans le domaine des sciences dites pures et dures; il est un chimiste de formation et de profession. À ce titre, il tient ces propos: «Quand cette idée a été lancée, il a été assez intéressant de voir que les gens de ce milieu, où l'anglais est souverain et où on éprouve parfois quelques difficultés à préserver le vocabulaire scientifique en français, se sont engagés très vite. Très rapidement, un de mes collègues en astrophysique, François Wesemael, s'est investi là-dedans pour montrer qu'il était toujours possible de faire de la science en français; si on trouve le bon vocabulaire, il n'y a aucun problème à utiliser cette langue.»
Il dégage un autre élément relatif à l'importance des dictionnaires dans la vie universitaire: «Si, de manière un peu simpliste, je compare la culture anglophone à la culture francophone, je constate que les francophones accordent beaucoup d'importance aux dictionnaires. Lorsque quelqu'un dit, au cours d'une réunion, que c'est écrit dans le dictionnaire, on considère que c'est une vérité absolue. Et, soit dit en passant, je n'en dirais pas autant avec les variantes nouvelles comme Wikipédia ou autres.» Il fait ressortir un autre point: «C'est évident qu'il s'agit toujours d'un outil de référence, d'un ouvrage que l'on doit consulter constamment. Je crois que c'est l'une des raisons pour accorder de l'importance aux dictionnaires; il n'y a aucun doute à ce sujet et il en sera ainsi pour encore un bon bout de temps.»
L'UdeM et le français
Il est reconnu que la langue française trône au sommet des valeurs en terre québécoise. À partir de cette considération, comment l'Université de Montréal tient-elle compte de ce fait dans ses interventions? «Celle-ci se targue de s'appeler la plus grande université francophone en Amérique du Nord, ce qui est vrai. À ce titre, on se sent certainement responsable de défendre et de faire progresser cette langue et son utilisation; on le fait par nos enseignements et nos recherches. On essaie aussi de transmettre cette approche dans nos classes et dans nos communications écrites. Je dirais, bien sûr, que le monde n'est pas parfait, mais nos profs et nos chargés de cours prennent cela très au sérieux. Je souligne que, en 2001, notre institution a été la première à se doter d'une politique linguistique qui encadre l'usage du français dans l'administration et chez les étudiants; c'était avant que la Charte de la langue française nous oblige à le faire. Il serait prétentieux de dire que c'est un succès à 100 %, mais c'est une bataille à livrer constamment, ce que l'on fait.»
M. Hubert cite une autre application pratique qui vise à assurer la pérennité du français: «On n'est pas les seuls à le faire, mais on agit de la sorte par la préservation des Presses de l'Université de Montréal. Ces organismes-là se chargent de la publication des livres, ce qui a été réalisé dans des conditions difficiles, mais on en a fait une priorité et on maintient celles-ci, dans le but de témoigner de la vitalité de la production scientifique universitaire en français.»
Fiabilité et miroir de la société
Pour illustrer l'importance des dictionnaires, il revient sur Wikipédia, un site sur lequel il ne jette pas complètement le discrédit, mais qu'il conseille d'aborder de façon prudente: «Il faut surtout être critique et savoir qu'il existe d'autres outils qui, eux, sont préparés de manière plus professionnelle et rigoureuse; ce sont les dictionnaires.» Ils existent maintenant en format électronique et papier, et sont devenus parfaitement adaptés dans les deux modes de consultation.
Ces livres sont en constante évolution: «Ce sont des outils dynamiques et ils ne sont pas figés dans le temps. On y retrouve en quelque sorte le portrait de la société et ceux-ci essaient toujours de transmettre de l'information qui est exacte et actuelle.» Joseph Hubert n'est pas embarrassé par un certain déphasage qui se produit entre une évolution sociale très rapide et leur diverses éditions: «Ce n'est pas mauvais et ça sert même à relativiser l'information.» En fonction de leurs caractéristiques mêmes, ils font partie intégrante des savoirs universitaires: «L'université, d'une part, a pour rôle d'intégrer, de transmettre et de développer les connaissances. On a donc des gens qui travaillent sur les théories linguistiques, les corpus de textes, etc. Il y a donc des volets qui font que les transferts des informations aux dictionnaires font partie de la mission de l'université, en partenariat avec les milieux.»
Collaborateur du Devoir
Joseph Hubert, vice-recteur à la recherche et professeur titulaire à l'Université de Montréal (UdeM), situe cet événement dans son contexte historique: «On a commencé à y réfléchir en 2003. Monique Cormier, professeure de linguistique et traduction, avait eu l'idée d'une journée pendant laquelle on pourrait discuter des dictionnaires. Il faut préciser qu'elle-même est extrêmement active dans le domaine de la recherche autour de ces livres. On a trouvé que c'était là une bonne idée et, finalement, il y a eu durant cette même année la tenue de la Journée des dictionnaires, dont le succès nous a très agréablement surpris à cette époque.»
De telle sorte que, deux ans plus tard, Mme Cormier est revenue à la charge en avançant la proposition de tenir une semaine des dictionnaires, après avoir discuté de cette idée avec les gens du milieu: «On est parti d'une simple journée de discussion entre scientifiques pour élargir ce débat sur nombre d'activités variées, ce qui a donné lieu à différentes choses: des tables rondes, des représentations auprès des jeunes publics dans les librairies, etc. En même temps, les différentes régions ont à leur tour participé, car le Québec possède tout de même une très, très longue expertise de recherche sur la langue et les dictionnaires; celle-ci émane de plusieurs endroits.»
La Semaine de 2005 a été tout autant couronnée de succès que la Journée de 2003. «Mme Cormier est donc revenue à la charge et, en 2008, on jumelle les deux en tenant à la fois une Journée et une Semaine des dictionnaires. En parallèle, on a trouvé que c'était une bonne idée de mailler le 400e anniversaire de Québec avec cet événement.»
La Journée des dictionnaires aura donc lieu dans la Vieille Capitale et l'UdeM en profitera pour remettre un doctorat honoris causa au père du Petit Robert, Alain Rey, et une médaille universitaire à la secrétaire perpétuelle de l'Académie française, Hélène Carrère d'Encausse: «On a trouvé que le fait de poser ce geste à Québec avait une valeur symbolique très forte.»
L'impact dans la vie universitaire
Joseph Hubert a conduit une carrière universitaire dans le domaine des sciences dites pures et dures; il est un chimiste de formation et de profession. À ce titre, il tient ces propos: «Quand cette idée a été lancée, il a été assez intéressant de voir que les gens de ce milieu, où l'anglais est souverain et où on éprouve parfois quelques difficultés à préserver le vocabulaire scientifique en français, se sont engagés très vite. Très rapidement, un de mes collègues en astrophysique, François Wesemael, s'est investi là-dedans pour montrer qu'il était toujours possible de faire de la science en français; si on trouve le bon vocabulaire, il n'y a aucun problème à utiliser cette langue.»
Il dégage un autre élément relatif à l'importance des dictionnaires dans la vie universitaire: «Si, de manière un peu simpliste, je compare la culture anglophone à la culture francophone, je constate que les francophones accordent beaucoup d'importance aux dictionnaires. Lorsque quelqu'un dit, au cours d'une réunion, que c'est écrit dans le dictionnaire, on considère que c'est une vérité absolue. Et, soit dit en passant, je n'en dirais pas autant avec les variantes nouvelles comme Wikipédia ou autres.» Il fait ressortir un autre point: «C'est évident qu'il s'agit toujours d'un outil de référence, d'un ouvrage que l'on doit consulter constamment. Je crois que c'est l'une des raisons pour accorder de l'importance aux dictionnaires; il n'y a aucun doute à ce sujet et il en sera ainsi pour encore un bon bout de temps.»
L'UdeM et le français
Il est reconnu que la langue française trône au sommet des valeurs en terre québécoise. À partir de cette considération, comment l'Université de Montréal tient-elle compte de ce fait dans ses interventions? «Celle-ci se targue de s'appeler la plus grande université francophone en Amérique du Nord, ce qui est vrai. À ce titre, on se sent certainement responsable de défendre et de faire progresser cette langue et son utilisation; on le fait par nos enseignements et nos recherches. On essaie aussi de transmettre cette approche dans nos classes et dans nos communications écrites. Je dirais, bien sûr, que le monde n'est pas parfait, mais nos profs et nos chargés de cours prennent cela très au sérieux. Je souligne que, en 2001, notre institution a été la première à se doter d'une politique linguistique qui encadre l'usage du français dans l'administration et chez les étudiants; c'était avant que la Charte de la langue française nous oblige à le faire. Il serait prétentieux de dire que c'est un succès à 100 %, mais c'est une bataille à livrer constamment, ce que l'on fait.»
M. Hubert cite une autre application pratique qui vise à assurer la pérennité du français: «On n'est pas les seuls à le faire, mais on agit de la sorte par la préservation des Presses de l'Université de Montréal. Ces organismes-là se chargent de la publication des livres, ce qui a été réalisé dans des conditions difficiles, mais on en a fait une priorité et on maintient celles-ci, dans le but de témoigner de la vitalité de la production scientifique universitaire en français.»
Fiabilité et miroir de la société
Pour illustrer l'importance des dictionnaires, il revient sur Wikipédia, un site sur lequel il ne jette pas complètement le discrédit, mais qu'il conseille d'aborder de façon prudente: «Il faut surtout être critique et savoir qu'il existe d'autres outils qui, eux, sont préparés de manière plus professionnelle et rigoureuse; ce sont les dictionnaires.» Ils existent maintenant en format électronique et papier, et sont devenus parfaitement adaptés dans les deux modes de consultation.
Ces livres sont en constante évolution: «Ce sont des outils dynamiques et ils ne sont pas figés dans le temps. On y retrouve en quelque sorte le portrait de la société et ceux-ci essaient toujours de transmettre de l'information qui est exacte et actuelle.» Joseph Hubert n'est pas embarrassé par un certain déphasage qui se produit entre une évolution sociale très rapide et leur diverses éditions: «Ce n'est pas mauvais et ça sert même à relativiser l'information.» En fonction de leurs caractéristiques mêmes, ils font partie intégrante des savoirs universitaires: «L'université, d'une part, a pour rôle d'intégrer, de transmettre et de développer les connaissances. On a donc des gens qui travaillent sur les théories linguistiques, les corpus de textes, etc. Il y a donc des volets qui font que les transferts des informations aux dictionnaires font partie de la mission de l'université, en partenariat avec les milieux.»
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