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    Philosophie - L'État sans la nation...

    ... ou comment chanter l'hymne national américain en espagnol

    15 mars 2008 |Dalie Giroux | Livres
    Manifestation de travailleurs illégaux mexicains à Los Angeles
    Photo: Pascal Ratthé Manifestation de travailleurs illégaux mexicains à Los Angeles
    Payot & Rivages nous offre sous le titre L'État global la transcription d'une rencontre en séminaire entre Judith Butler et Gayatri Spivak, tenue à l'Université de Californie (Irvine) en 2006 et portant sur la question du post-nationalisme. On y trouve les interventions successives des oratrices, suivi d'un court échange avec le public.

    Ce texte, qui n'est malheureusement pas représentatif de la qualité du travail de la théoricienne du genre ni de celui de la penseuse de l'écoféminisme postcolonial, pose néanmoins une question très importante de la philosophie politique contemporaine: quel est l'avenir de l'État-nation comme forme politique? Et plus précisément: comment penser l'État sans la nation? Selon Butler et Spivak, deux phénomènes historiques convergents font de cette question une urgence politique et philosophique.

    Dangers et caducité de l'État-nation

    Premièrement, comme le propose Butler dans son analyse qui reprend largement les propos de Hannah Arendt, l'État national a été, au XXe siècle, synonyme d'exclusion et d'apatridie. En effet, le mode d'appartenance national à l'État a historiquement fondé la capacité des États à refuser l'accession à la citoyenneté de personnes et de groupes — c'est-à-dire que ce lien entre État et nation a été la formule politique qui a rendu possible le dépouillement du «droit d'avoir des droits». C'est au premier chef l'État-nation, vicié dans son fondement même, qui a créé les conditions contemporaines de l'apatridie. Cette analyse pousse Butler, fascinée par les travailleurs illégaux mexicains en Californie qui ont manifesté en chantant l'hymne national américain en espagnol, à poser la nécessité et l'urgence de réfléchir à des «modes non nationalistes d'appartenance».

    Deuxièmement, c'est Spivak qui cette fois le pose ainsi, les conditions actuelles du capitalisme global rendent doublement impossible le lien entre l'État et la nation. D'abord, phénomène connu, les migrations en masse des travailleurs minent la cohérence culturelle des nations. Ensuite, les États se sont déjà de facto dégagés de la nation comme creuset des demandes politiques en devenant des «États gestionnaires aux priorités régulées par la globalisation». Ces États, qui trouvent l'impulsion de leur action politique dans le marché et non dans la nation, créent des conditions dans lesquelles certaines demandes, par exemple «des demandes d'eau potable pour les pauvres», ne sont pas formulées.

    Dans ces conditions, Spivak suggère que les entités culturelles pertinentes pour articuler ces demandes sont régionales plutôt que nationales, et que ce contexte est propice à une reformation des identités politiques autour d'une critique du capitalisme global et de la revendication d'un nouveau rôle pour l'État dénationalisé: «L'État est une structure abstraite minimale que nous devons protéger parce qu'elle est notre alliée. Ce devrait être l'instrument de la redistribution. Cette fonction fondamentale a été tronquée dans l'État global.» C'est ce que la théoricienne et militante appelle le régionalisme critique.

    Ce dialogue, quoique riche de possibilités théoriques et politiques, nous arrive en un médiocre vaisseau. Le texte des interventions présente des argumentations mal ficelées, des réflexions non abouties, et fait un usage parfois obscur des auteurs. Le texte présente par ailleurs tous les défauts littéraires de la transcription d'une joute orale, de surcroît traduite de l'anglais au français (absence de style, confusion des propos, sens ambigu de certaines phrases). Sans doute l'importance des interlocutrices en présence dans le monde anglo-saxon en général, qui est inversement proportionnelle à la pénétration de leurs écrits chez les publics francophones, justifie-t-elle, à elle seule, la publication de cet ouvrage (il faut tout de même noter que Payot & Rivages, Amsterdam et La Découverte ont fait ces dernières années un travail appréciable à cet égard).

    Et par-delà les textes, les questions demeurent.

    Collaboratrice du Devoir

    ***

    L'ÉTAT GLOBAL

    Judith Butler et Gayatri Chakravorty Spivak, Traduit de l'anglais par Françoise Bouillot, Payot & Rivages, Paris, 2007, 112 pages
     
     
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